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L’Espagne est ingouvernable

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On s’y attendait, on y est. Avec un parlement fragmenté après cette législative du 20 décembre, l’Espagne apparaît ingouvernable. Décryptage.

163 sièges pour la droite du Partido Popular et du mouvement Ciutadanos face aux 161 sièges des Socialistes et des radicaux de Podemos, ce sont donc deux blocs de forces égales qui vont s’affronter afin de choisir un gouvernement pour l’Espagne.

Que va-t-il se passer à partir de maintenant ?

Pour gouverner l’Espagne, il faut que le président obtienne au parlement une majorité absolue de 176 députés. Dans un délai maximum de cinq semaines, à partir du 21 décembre 2015, le roi d’Espagne va demander au parti qui a obtenu le plus de suffrages le 20 décembre de former une coalition et de la présenter devant le Parlement afin d’obtenir les votes nécessaires des députés.

En l’occurrence, ce sont les conservateurs du Parti Populaire (PP) qui devront trouver 176 votes. Mission quasiment impossible car le PP ne dispose que de 124 députés, et seuls les partis Ciudadanos (centre), avec ses 40 députés, et éventuellement les partis régionalistes basques (PNV) et des Canaries avec 7 députés  seraient susceptible d’appuyer les conservateurs. Si une majorité absolue ne se dégage pas lors de ce premier vote, ce qui est plus que probable, ce sera au tour du chef  de l’opposition de tenter de former une majorité.

C’est donc le parti socialiste qui devra obtenir autour de son leader les votes de Podemos, Izquierda Unida, des différents partis indépendantistes ou régionalistes et éventuellement Ciudadanos pour former une majorité. Sans majorité simple (plus de oui que de non) lors de ce second vote, le Parlement disposera de deux mois pour trouver une majorité. Dans le cas contraire, des élections anticipées seront automatiquement déclenchées.

La date maximale pour que l’Espagne puisse avoir un nouveau gouvernement serait le 14 mars.

En attendant, c’est le gouvernement de Mariano Rajoy qui reste “en fonction”, c’est-à-dire qu’il gère les affaires courantes mais ne peut présenter aucune loi.

Coalition impossible pour la droite, coalition difficile pour la gauche

Sur le papier, si l’on additionne les voix socialistes, de Podemos, de l’extrême-gauche et des régionalistes ou indépendantistes, quasiment tous d’accord pour faire barrage au PP, on arrive au chiffre de 181 sièges, largement suffisant pour donner une majorité aux socialistes.

Dans les faits, ça risque d’être beaucoup plus compliqué.

Déjà parce que le Parti Socialiste réalise le pire score de son histoire avec seulement 90 sièges. Difficile avec un tel score de mener une grande coalition.

Ensuite parce que les conditions pour faire un pacte avec Podemos vont être très chères. Avec ses 69 députés le parti de Pablo Iglesias vaut cher et pèse lourd. Les revendications de Podemos ont souvent été jugées inacceptables par les socialistes. Le parti de gauche alternative réclame déjà une reforme du système électoral (forcement préjudiciable pour les socialistes et conservateurs), un référendum indépendantiste en Catalogne (sujet on ne peut plus compliqué chez les socialistes) et de nouveaux droits sociaux (difficile à mettre en place faute de moyens financiers). Autrement dit l’accord avec Podemos peut déraper à n’importe quel moment.

Le reste des partis qui pourraient appuyer un gouvernement socialiste sont les partis indépendantistes et notamment catalans. Ici aussi ça coince. Les séparatistes catalans expliquent depuis des semaines qu’ils se déconnectent de l’Espagne, qu’ils ne font plus parti du pays, etc… Comment expliquer à leurs électeurs qu’ils vont appuyer un gouvernement socialiste qui s’est toujours montré hostile à l’indépendance? De plus, le parlement de Catalogne n’a toujours pas réussi à élire un président de la Generalitat, les négociations étant bloquées par le parti anti-capitaliste La Cup. On peut imaginer que celui-ci verrait d’un très mauvais oeil un soutien aux socialistes de Madrid. La porte de sortie pourrait être une grande coalition à l’allemande entre le PP et les socialistes. D’autant plus que l’Europe soutiendrait plus facilement ce type d’alliance centriste.


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