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JY Leconte : « le projet de déchéance de nationalité était complètement aberrant »

senateur français de l'étranger

Le sénateur des Français de l’étranger Jean-Yves Leconte (Parti Socialiste) sera ce soir à l’Institut français de Barcelone pour un débat sur la menace terroriste et les outils juridiques disponibles pour y faire face. Interview.

Photo : A. Chamerois/Equinox

Equinox : Le débat initialement prévu ce soir à Barcelone portait sur le projet de déchéance de nationalité aux Français condamnés pour terrorisme, mesure qui a finalement été abandonnée par François Hollande, ce revirement est-il une bonne nouvelle?

JY Leconte : Oui, c’est bien d’avoir tourné la page, que l’on n’aurait jamais dû ouvrir. Je crois que nous n’avions rien à attendre de cette mesure qui n’apportait absolument rien à la lutte contre le terrorisme. La façon dont ce débat a stigmatisé par exemple les binationaux, qui se sont sentis moins Français que les autres, ce n’était vraiment pas utile dans un moment où l’on avait besoin de cohésion nationale.

Rien n’était à attendre de cette mesure. Au contraire, pour nos partenaires dans la lutte antiterroriste, dire que l’on pouvait déchoir un Français de sa nationalité pour le renvoyer dans son éventuel deuxième pays était contre-productif. C’est-à-dire qu’un franco-marocain aurait pu être renvoyé au Maroc, mais comment voulez-vous construire une coopération antiterroriste avec ces pays dans de telles conditions? C’était complètement aberrant.

Revenons aux fondamentaux, c’est-à-dire à la coopération internationale en matière de terrorisme, donner le bon arsenal en Europe à la lutte antiterroriste plutôt que d’ouvrir des débats qui ne font qu’encourager la méfiance entre Français, et entre la France et ses partenaires. C’est ce que veulent les terroristes et nous étions tombés dans le piège.

Quel est aujourd’hui cet arsenal juridique dont nous disposons en Europe pour lutter contre le terrorisme?

L’arsenal juridique, nous l’avons déjà. La question est de savoir ce que l’on doit rajouter, et en particulier pour prévenir. Car pour la lutte antiterroriste, ce qui compte d’abord ce ne sont pas les lois mais l’opérationnel c’est-à-dire l’action des services, les moyens des services, la capacité des services à coopérer entre eux à niveau européen et international

Au niveau français, tout le débat tourne sur les actions de prévention, donc donner à la police ou au juge des capacités d’agir, non pas face à un acte commis, mais face à la supposition qu’un acte pourrait être commis. C’est une manière d’introduire le principe de précaution dans le code pénal, c’est un gros risque pour notre Etat de droit.

La Catalogne, qui met au point un protocole pour que les enseignants puissent détecter les jeunes en risque de radicalisation, est-elle un exemple à suivre? 

L’école, l’éducation, la connaissance sont absolument essentielles pour combattre le terrorisme. Bien entendu pas sur le très court terme, mais sur le moyen et long terme, pour que le nombre de jeunes qui partent en Irak ou en Syrie ne puisse pas continuer à augmenter. Il faut renforcer l’écoute auprès des jeunes.


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Il semblerait de plus que l’Espagne ait réussi sa lutte antiterroriste face à ETA notamment. Il faut donc tirer le maximum de l’expérience et du savoir-faire espagnol. Je pense notamment au rôle de la justice. Donner des moyens à la police pour empêcher les attentats, c’est essentiel mais il ne faut pas considérer que c’est dans le renforcement des moyens de la police que sur le moyen et le long terme, on trouvera la solution. C’est la justice et la recherche de la vérité, qui permettront de régler le problème sans que ne s’installe un sentiment d’injustice ou de soupçon qui renforcerait le terreau du terrorisme.

 

Débat : la menace terroriste et l’arsenal juridique pour y faire face

Lundi 4 avril à 19h30 à l’Institut français de Barcelone, carrer Moia 8 – Accès libre