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Pourquoi y-a t-il encore autant de monuments du dictateur Franco en Espagne ?

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La dictature du général Franco a pris fin il y a plus de 40 ans en novembre 1975. Pourtant de nombreux monuments à la gloire du régime sont encore présents dans les rues d’Espagne. Décryptage d’un phénomène unique en Europe.

Tortosa a fait les gros titres des journaux catalans au début de l’été. Un des monuments phares de cette ville à une heure au sud de Barcelone est une tour avec un aigle inauguré en 1964 par le régime franquiste pour célébrer la bataille du fleuve de l’Ebre. Cinquante ans plus tard, le monument est toujours là et n’a pas changé de signification officielle. Le maire de la ville, pourtant un indépendantiste catalan proche d’Artur Mas, n’a pas voulu prendre la décision de « démonter » le monument ou  changer sa signification. Il a organisé un référendum sur le thème pour savoir ce que Tortosa devait faire de son aigle. Résultat : 68,36% des habitants de la ville ont voté en faveur du maintien du monument, avec toutefois la demande de changer son interprétation d’origine.

Le coup de projecteur sur Tortosa a mis en lumière les turpitudes de certaines institutions du sud de la Catalogne. Les mairies de Reus, l’Ametlla de Mar i Santa Bàrbara près de Tarragone ont retiré au début de l’été le titre de maire honoraire perpétuel qui avait été octroyé en 1956 au général Francisco Franco.

Dans les colonnes du pure-player indépendantiste catalan El Món l’historienne Montserrat Duch explique que la région de Tarragonne est un peu différente du reste de la Catalogne. Une timidité face au franquisme que l’historienne explique par le fait que la région de l’Ebre fut la première conquise par les troupes franquistes en Catalogne. Le poids de l’histoire pourrait expliquer ces complexes face aux vestiges du franquisme.

La compliquée mémoire historique

La gestion de la mémoire historique en Espagne commence juste après la dictature en 1977, avec la loi d’amnistie qui a pour but de remettre les compteurs à zéro. Les responsables franquistes ne seront pas poursuivis pour leurs actes, et les opposants au régime qui étaient condamnés par la justice franquiste voient leurs peines amnistiées. La transition espagnole, ce changement de régime passant de la dictature à la démocratie d’une manière pacifique, est d’un commun accord jugé comme une réussite.

En revanche, les effets secondaires de cette transition peuvent se faire ressentir comme un certaine timidité envers l’héritage franquiste. Du coup il a fallut attendre 2006 pour que soit votée la loi dite de la « mémoire historique » qui indique que « écussons, insignes, plaques et autres objets ou mentions commémoratives qui exaltent le soulèvement militaire, la Guerre civile ou la répression de la dictature » devront être retirés des édifices et espaces publics. Le retrait « ne pourra être effectué lorsque […] il y a opposition avec des raisons artistiques, architecturales ou artistico-religieuses protégées par la loi ».

Une loi qui a suscité pas mal de polémiques et qui continue à être contestée. Esperanza Aguirre, ancienne leader du PP de Madrid, regrette par exemple que le gouvernement de Mariano Rajoy « n’ait pas supprimé cette loi qui enlève l’esprit de concorde espagnol ».

Le monument franquiste qui a fait polémique à Tortosa

Pourtant, cette loi reste très timide et n’oblige pas automatiquement les villes ou les communautés autonomes à supprimer les symboles. Souvent, les institutions font de la résistance et l’affaire se retrouve devant les tribunaux. C’est le cas d’Olmedo, commune de Castille-et-León dans le centre de l’Espagne, a dû, suite à un jugement, « retirer immédiatement les écussons, insignes, plaques, droits et honneurs qui commémorent l’exaltation de la révolte militaire et la répression lors de la dictature ».

Mais dans un pays qui subit l’influence de 40 ans de dictature qui a touché les arts, la culture, tout ne peut pas être manichéen. Dans la commune catalane de Torreta, c’est une croix qui fait polémique. La mairie est en train de compiler toutes les informations pour savoir si ce monument est une éloge au franquisme ou non. La croix est composé de trois étages : une tour médiévale, un sacré-cœur et la croix elle-même. Si la mairie obtient la certitude que c’est une oeuvre franquiste, elle sera démontée sur le champ assure le premier édile.

Le dispositif autour de la loi sur la mémoire historique est actuellement en sommeil avec la droite au pouvoir qui a réduit les budgets d’une manière drastique. Les socialistes et la gauche de radicale Podemos ont promis de réactiver la mémoire s’ils accèdent au pouvoir.