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J. Clotet : « Le référendum unilatéral d’indépendance n’est pas encore envisagé »

diada catalogne barcelonePour la 5e année consécutive, indépendantistes de tous bords se réuniront pour de grandes manifestations le dimanche 11 septembre, jour de la fête nationale catalane. Un peu moins d’un an après la victoire des indépendantistes aux élections régionales, au prix d’une alliance compliquée entre la coalition droite-gauche Junts Pel Sí et les anti-capitalistes de la CUP, le gouvernement catalan assure qu’il travaille en coulisses pour faire avancer le projet d’indépendance. Rencontre avec Jaume Clotet, directeur de la communication au Palau

Photo : Verónica Pareja

Journaliste et historien de formation, Jaume Clotet a dirigé la rubrique politique du quotidien catalan AVUI et collaboré avec plusieurs médias nationaux avant d’entrer au service presse du gouvernement catalan. Aujourd’hui directeur général de la communication, cet indépendantiste des premières heures nous reçoit dans son bureau de la Place Sant Jaume.

La création d’un nouvel Etat est-elle vraiment possible dans une Europe en paix?

Bien sûr que c’est possible. Ce ne serait ni la première fois que cela arriverait, ni la dernière. Que cela plaise ou non, ce type de processus existe ici et dans d’autres régions de l’Europe, et il faut qu’il y ait une réponse ordonnée, démocratique et respectueuse. Cela s’est fait au Québec ou en Ecosse, même si cela n’a finalement pas fonctionné, mais le processus a eu lieu. Nous sommes contre ceux qui ne sont pas respectueux ni démocratiques, qui violent les droits de certains citoyens, et par conséquent ne sont pas légitimes, comme ce fut le cas de la Crimée. En Catalogne, nous ne voulons pas faire un processus unilatéral, nous voulons un processus négocié avec le gouvernement espagnol, comme cela s’est fait dans d’autres pays. Et celui qui obtient le plus de voix gagne.

Vous n’envisagez donc pas un référendum d’autodétermination unilatéral?

Cela ne fait pas partie de la feuille de route pour l’instant. Il y a une option de référendum unilatéral d’indépendance (RUI), que quelqu’un a proposé, mais au sein du gouvernement catalan, ce n’est pas, pour le moment, une solution envisagée car cela ne fait pas partie de la feuille de route convenue par les parlementaires catalans. Si la CUP par exemple veut en parler, on peut en parler. Un référendum unilatéral aurait ses avantages et ses inconvénients, notamment juridiques, ce n’est donc pas quelque chose que nous allons lancer sans avoir débattu et vérifié que les avantages seraient vraiment supérieurs aux inconvénients.

Avant de devenir directeur de la communication, vous assuriez les relations avec la presse internationale. Quatre ans après la grande manifestation de la Diada 2012, les revendications indépendantistes intéressent-elles toujours à l’étranger? 

J’ai toujours l’impression que cela intéresse moins. Mais finalement, quand on regarde les différents chiffres, on se rend compte que l’intérêt ne s’essouffle pas. Par exemple, nous organisons chaque année deux conférences de presse du président catalan avec les correspondants et journalistes étrangers. L’une pour la Sant Jordi (le 23 avril) et l’autre pour la Diada (le 11 septembre). À chaque fois, je me dis « cette année, il y aura moins de monde », et puis finalement la salle est pleine.

Les médias étrangers semblent toutefois moins présents que lors de la consultation du 9 novembre 2014 ou des dernières élections…

Bien sûr, il y a eu des moments où nous étions davantage relayés par la presse internationale. Plus le processus indépendantiste dure, moins il y a l’effet de nouveauté. Et puis, nous sommes aussi en concurrence avec une actualité européenne très forte : le Brexit, la crise des réfugiés, l’Etat islamique, les élections en Allemagne. C’est une règle médiatique : plus il y a d’actualité dans d’autres pays, moins il y aura de place pour nous. Mais je n’ai pas remarqué une réelle baisse de l’intérêt.

Dans quels pays les médias sont-ils les plus attentifs à l’actualité politique en Catalogne? 

Ceux qui s’intéressent le plus sont, et c’est logique, les pays qui vivent ou ont vécu des situations similaires aux nôtres, comme les républiques baltes, les pays de l’ancienne Yougoslavie, le Royaume-Uni, le Canada. Dans ces pays, la presse s’intéresse à notre actualité malgré l’éloignement. Ensuite, il y a un intérêt géographique logique, notamment en France où il y a un regain d’intérêt depuis quelques années, de la part de certains médias en particulier et peut-être surtout de la part de certains journalistes. C’est le cas du journal Le Figaro, de l’Agence France-Presse, La Tribune, L’Opinion et, dans une moindre mesure, Le Monde. Nous avons aussi remarqué cet intérêt, motivé par la proximité géographique, auprès des autorités françaises. Les médias italiens font également partie de ceux qui font un suivi continu de l’actualité catalane.

Du côté de la mobilisation citoyenne, certaines organisations indépendantistes craignent une baisse de la participation lors de la manifestation de dimanche. C’est aussi votre cas?

Il y a des gens qui sont allés à toutes les autres manifestations et qui ne viendront pas cette année, et d’autres qui ne sont jamais venus et viendront cette année. C’est le cas notamment de la maire de Barcelone Ada Colau et d’autres personnes de En Comú. Le facteur nouveauté s’est perdu, et il y a des gens qui peuvent être fatigués, comme l’a d’ailleurs dit le président de l’Assemblea Nacional Catalana [NDLR : association indépendantiste organisant les grandes manifestations]. Moi aussi je suis fatigué, j’aurais aimé que le processus d’indépendance soit déjà terminé, c’est évident. Mais comme les problèmes qui ont mené vers ce processus n’ont pas été résolus, loin de là, je ne vais pas m’arrêter là. J’ai une fille de 2 ans et une autre de 4 ans. Cela m’importe peu que la route vers l’indépendance dure 5 ou 10 ans, elles seront encore jeunes et pourront avoir une vie meilleure dans un Etat catalan. Il y a un proverbe catalan qui dit « Els cansats fan la feina », qui veut dire que ce sont les gens fatigués qui travaillent, et ils sont fatigués parce qu’ils travaillent. C’est normal de ressentir de la fatigue, d’être impatient. Mais la fatigue ne va pas mener à l’arrêt du processus indépendantiste.