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Mariano Rajoy a fait avec Podemos ce que François Mitterrand fit avec le Front National

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Après 10 mois sans gouvernement, le Parlement espagnol débat jusqu’à samedi pour investir le conservateur Mariano Rajoy président du pays. Les socialistes, à reculons, vont permettre au Partido Popular de conserver le pouvoir. Comme la droite en France face au Front National, la gauche en Espagne se retrouve piégée face à Podemos.

Il y a un an, jour pour jour, on le disait mort électoralement et enterré politiquement. Au terme de 4 années de mandat marquées par l’une des politiques d’austérité les plus dures d’Europe et ravagées par des scandales de corruption plus insolites les uns que les autres, Mariano Rajoy, 61 ans, paraissait démonétisé politiquement. Le vieux guerrier, qui est sur le devant de la scène depuis 1986, allait démontrer à tous les nouveaux impétrants (indignés, centristes et socialistes) qu’en politique on n’est jamais mort. A ceux qui pensaient que les choses changeaient, que l’on gagnait les élections sur Twitter ou en faisant des formules à l’emporte-pièce sur les plateaux de télévision, le chef du PP allait prouver que les vieilles recettes sont celles qui fonctionnent à tous les coups.


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En premier lieu, la stratégie de Mariano Rajoy fut de courir dans son couloir. Pendant que le parti socialiste espagnol galopait derrière Podemos, Mariano Rajoy parlait de stabilité. Pendant que les centristes de Ciudadanos expliquaient qu’il fallait mettre une nouvelle génération au pouvoir, Mariano Rajoy parlait d’expérience. Pendant que le centre-droit catalan indépendantiste (l’ancienne CiU, business-friendly)  arguait qu’il fallait renverser la table de l’unité espagnole, Mariano Rajoy expliquait que sans lui, les investisseurs fuiraient le pays.

Excepté Podemos, tous les partis politiques des élections législatives de décembre 2016 ont offert des programmes politiques qui n’étaient pas dans leur ADN. Les socialistes ont quitté le centre-gauche tranquille des années 80-90 pour tenter de faire du Podemos low-cost, tandis que les amis d’Artur Mas en Catalogne désertaient le pragmatisme de l’ancienne Convergència pour dessiner la révolution indépendantiste.  A l’arrivée, le résultat des urnes du 20 décembre sanctionnait les socialistes avec le pire résultat depuis 1975, donnait pour disparu le centre catalan explosé localement par les gauches, et décevait Ciudadanos qui restait une force marginale. La droite de Mariano Rajoy obtint également un mauvais score, en perdant près de 60 de ses parlementaires. Mais le parti restait en tête, recueillant nationalement le plus grand nombre d’électeurs.

L’adversaire de la droite ne sera plus les socialistes mais Podemos

Le plan du PP est alors simple, une première en Espagne depuis 1975 : organiser de nouvelles élections législatives. Une nouvelle campagne électorale. Cette fois-ci, Mariano Rajoy frappe fort. Les Espagnols devront voter pour lui ou l’Espagne explosera sous les coups de mentons des indépendantistes catalans. En politique, le parti majoritaire choisit toujours son adversaire. Cette fois-ci, l’ennemi du PP ne sera plus le parti socialiste, mais Podemos. Les conservateurs arriveront une nouvelle fois en tête, et la force d’opposition sera la gauche radicale. Mariano Rajoy marginalise à dessein les socialistes afin de les réduire en simple force d’appoint devant s’allier automatiquement avec la droite, car pactiser avec Podemos devient immoral. Avec l’aide de l’ensemble du système médiatique espagnol et de l’intelligentsia madrilène, Mariano Rajoy a fait avec Podemos ce que François Mitterand avait fait avec le Front National.

mitterandPendant des semaines de campagne électorale, le leader des conservateurs espagnols a mis en avant le thème de l’indépendantisme catalan qui galvanise ses électeurs. L’autoritarisme de la droite irrite le votant de gauche, plus axé sur la défense du droit à se prononcer via le concept d’un référendum séparatiste. Là où le piège de M. Rajoy se met en place réside dans le fait que le parti socialiste ne peut pas bénéficier du rejet des manières autoritaires de Rajoy, car il doit sans cesse se justifier sur le rejet d’organiser un référendum en Catalogne. Le résultat fut double. Podemos a capitalisé à fond en proposant d’organiser légalement un référendum catalan. Pendant ce temps, le Parti Socialiste s’est retrouvé coupé en deux, avec une moitié centriste disposée à collaborer avec la droite et freiner l’indépendantisme,  et une autre moitié prête à pactiser avec Podemos.

Comme jadis François Mitterrand mit en avant une politique volontairement permissive en matière d’immigration, de façon à exaspérer l’électeur de droite, le radicalisant et le poussant à voter pour le Front National, Mariano Rajoy fait de même avec l’indépendantisme catalan et Podemos. En divisant la droite et l’extrême droite en ajoutant un cordon sanitaire entre les deux, Mitterrand facilitait l’accès au pouvoir de son parti. Au final, la droite française a dû voter plus d’une fois pour le PS et réciproquement afin de barrer la route au Front National. Tout comme les parlementaires socialistes espagnols, en s’abstenant samedi lors du vote d’investiture, permettront à Mariano Rajoy de gouverner quatre ans de plus. A charge de revanche.