Comment gagne le Real Madrid

Comment gagne le Real Madrid? C’est LA question qui fâche auprès des supporters du Barça à Barcelone. Éléments de réponse sur Equinox.

Photo: Twitter @realmadrid

Le Real Madrid ne laisse personne indifférent à Barcelone. Les victoires merengues sont systématiquement dépréciées par la presse locale, comme celle contre le Bayern Munich mardi dernier. Certains y voient une conspiration arbitrale, d’autres de la chance, les troisièmes un peu des deux. Ont-ils raison? Éléments de réponse avant le Clásico Real Madrid-Barça dimanche soir dans la capitale du pays.

Le jeu

« Ils n’ont aucun plan de jeu » et « ils ont de la chance »: voici deux rengaines qui reviennent dans la bouche des supporters du Barça quand le Real gagne. Pour Pirri, footballeur pendant 16 ans au Real Madrid entre 1964 et 1980, la question n’est pas de savoir si le club de la capitale joue bien. « Ce que les supporters veulent, déclare-t-il à la revue Panenka, c’est que tu donnes tout jusqu’à la dernière minute ». 37 ans après sa retraite, Pirri s’enorgueillit de constater que « la volonté (du Real Madrid) de ne jamais se rendre est toujours la même ».

Sergio Ramos est l’expression même de cet état d’esprit. Ce défenseur central est en effet le spécialiste des buts décisifs marqués en toute fin de rencontre en faveur de l’équipe entraînée par Zidane. En 9 mois, Ramos a marqué 3 fois dans les arrêts de jeu en Supercoupe d’Europe, lors du Clásico au Camp Nou et face au Deportivo La Corogne. A chaque fois de la tête. Les médias madrilènes ont depuis inventé l’expression « Minuto 90 y Ramos », qui résume à elle seule cette force du Real Madrid de ne jamais se rendre.

L’Histoire

Le poids de l’Histoire joue aussi beaucoup en faveur du Real Madrid. Comme explique Pirri dans Panenka « quand je suis arrivé les joueurs en place m’ont expliqué ce que représentait le Club ». Un héritage qui décuple la force de ceux qui l’assimilent et qui intimident les adversaires. Voire les arbitres. Comme lors de la finale du Mondial des Clubs en décembre dernier, quand l’homme au sifflet zambien Janny Sikazwe mit la main à la poche pour expulser Ramos d’un deuxième carton jaune avant de se raviser.

Le poids de l’Histoire du Real Madrid, 11 fois champion d’Europe et meilleur club du XXe siècle, joue alors en sa faveur face aux modestes Japonais de Kashima Antlers. Le club de la capitale terminera à 11 contre 11 et remportera la finale.

L’influence

« Si tu ne peux pas gagner, débrouille-toi pour ne pas perdre ». Cette phrase de Johan Cruyff, mythe du F.C. Barcelone, colle parfaitement à la philosophie du Real Madrid en dehors du terrain. Proche du pouvoir géographiquement, le club Merengue a bénéficié tout au long de son histoire d’appuis importants pour construire sa légende.

En 1953, déjà, il réussit à attirer l’Argentin Di Stefano au nez et à la barbe du Barça avec, selon La Vanguardia, l’aide du pouvoir franquiste. Une acquisition qui fera du Real Madrid l’une des meilleures équipes de l’Histoire du foot en remportant 5 Coupes d’Europe consécutives de 1956 à 1960. Et qui, par la théorie des vases communicants, plongea le F.C. Barcelone dans une crise institutionnelle après la démission du président Enric Martí en protestation contre la décision du gouvernement.

En 2001, alors que le PP est au pouvoir, le Real Madrid obtient la requalification en terrains constructibles de la zone sportive sur laquelle s’érige son centre d’entrainement. Cette opération immobilière permit au club de récolter 501 millions d’euros de sa vente et de renflouer sa dette. C’est là qu’aujourd’hui se dressent les 4 gratte-ciel sur le Paseo de la Castellana, en plein cœur de la capitale.

Le président du Real Madrid est l’un des hommes les plus riches d’Espagne

Enfin récemment des proches du Real Madrid ont tout fait pour déstabiliser le F.C. Barcelone. Comme Marta Silva, avocate générale d’Etat et directrice du service juridique d’Etat de 2012 à 2016. C’est sous son mandat qu’a été maintenue l’enquête contre Messi pour fraude fiscale pour 4,1 millions d’euros alors que le Parquet avait archivé le dossier. Hasard ou coïncidence, cette ex-secrétaire du Comité Directeur du Real Madrid de 2000 à 2006 s’est faite relever de ses fonctions une semaine avant que ne soit révélé au grand jour le détournement par Cristiano Ronaldo de 150 millions d’euros aux Iles Vierges.

Marta Silva est par ailleurs l’une des habituées de la corbeille du stade du Real Madrid, tout comme le premier ministre espagnol Mariano Rajoy ou Jose Maria Aznar. Ce qui a fait dire récemment à Piqué que « les ficelles de l’Espagne se tirent depuis la tribune présidentielle » du Santiago Bernabeu. « Le Partido Popular faisait ses affaires là-bas » a confirmé Barcenas, l’ex-trésorier du parti. Il faut dire que le président du Real Madrid est aussi l’un des hommes les plus riches d’Espagne. Florentino Perez, PDG de l’entreprise de l’entreprise de construction ACS, est considéré par Forbes comme la 17e fortune espagnole selon son classement établi en 2017.


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Les victoires du Real Madrid ne sont donc pas que le fruit de la chance ou d’un complot. C’est beaucoup plus complexe que cela même si sur les terrains d’Espagne on entend depuis 1979 « Así, así, así gana el Madrid” quand les supporters des équipes adverses considèrent que le Real bénéficie d’une aide arbitrale. Malins, les aficionados merengues ont repris cette attaque à leur compte: ils entonnent « Así, así, así gana el Madrid” quand leurs protégés gagnent avec panache.

Olivier Goldstein

Journaliste sportif. Olivier Goldstein couvre depuis un an l’actualité du F.C.Barcelone et du sport à Barcelone. Il a fondé en novembre 2015 Le Blog du Barça, le premier Blog 100% Barça écrit en français depuis Barcelone.