M. Reklau: « La spiritualité est une question de pratique, tout comme le sport »

Par le 21 juillet, 2017 CULTURE

La recherche du bonheur est devenue l’une des priorités absolues de nos sociétés, symbole du déclin des religions au profit d’une spiritualité basée sur la connaissance de soi et l’épanouissement. Sortir du cercle vicieux de l’inaction, de la négativité et de la peur n’est pas toujours chose aisée mais nous pouvons choisir, à tout moment, un chemin de vie qui nous correspond et nous rend heureux. Rencontre à Barcelone avec Marc Reklau, auteur du best-seller 30 DÍAS – cambia de hábitos, cambia de vida.

L’intérêt porté à cette quête du bonheur est grandissant comme en témoignent le marché florissant du développement personnel et la profusion d’ouvrages et d’articles sur le sujet, avec, à la clé, la même promesse : celle de nous révéler les secrets d’une vie heureuse. Beaucoup pontifient sur le sujet sans réellement nous exhorter à l’action. Ce n’est pas le cas de Marc Reklau, coach et auteur du best-seller 30 DÍAS – cambia de hábitos, cambia de vida, livre vendu à 25.000 exemplaires. Un parcours inspirant : en quelques années, il est, en effet, passé du statut de chômeur à celui d’écrivain, de coach et de professeur dans une école de commerce !


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Son livre alterne théorie, citations, conseils succincts et exercices pratiques, sans aucune prétention. Un style léger et direct qui lui permet d’établir un rapport privilégié et sincère avec ses lecteurs. Contrairement à l’adage bien connu «faites ce que je dis, ne faites pas ce que je fais», Marc Reklau fait preuve de congruence et forge sa crédibilité grâce à l’adéquation entre ses paroles, ses actes et ses intentions. Interview.

Comment est née l’idée de ce livre et dans quel objectif?

Lorsque je me suis retrouvé au chômage, j’ai profité de cette période pour suivre une formation afin de devenir coach puis, j’ai étudié le marketing online, et plus précisément la création et à la vente d’e-books. L’un de mes objectifs à moyen terme était d’écrire un livre sur le sujet afin de pouvoir partager mes expériences et apprentissages. Je me suis vite rendu compte que la persévérance devait être l’arme de tout écrivain!

Grâce à ma formation et à la lecture de nombreux ouvrages sur le développement personnel, j’ai réalisé que la clé du changement résidait dans l’application pratique et constante d’exercices quotidiens visant à modifier nos attitudes et croyances limitantes. Le problème est que l’on n’y consacre jamais suffisamment de temps car on est souvent dans l’attente de résultats immédiats ! En expérimentant moi-même l’efficacité de ces exercices, j’ai souhaité transmettre à mes lecteurs les trois idées suivantes: les inciter à agir car c’est la clé du succès, la connaissance sans action s’avère profondément inutile ; écrire un livre simple et distrayant car il est plus facile d’apprendre en s’amusant, aider les gens à améliorer leur vie.

Pensez-vous qu’il y ait encore de nouvelles choses à dire à ce sujet ?

Non, je ne crois pas. Tout a été dit ! D’ailleurs, dans mon livre, je n’énonce rien de nouveau mais je parle depuis la perspective de l’expérience. Le plus important est de mettre en application nos connaissances et apprentissages théoriques ; malheureusement, seuls 3 à 5% des gens le font. J’aspire simplement à partager ma motivation avec ceux qui souhaitent réaliser des changements dans leur vie.

Plus de 25.000 exemplaires vendus sans promotion particulière : existe-t-il une formule gagnante pour écrire un best-seller?

Je me suis posé la même question ! Deux raisons peuvent l’expliquer : d’une part, j’ai toujours cru en ce que je faisais et je n’ai jamais renoncé à mon projet alors que six mois après le lancement de mon livre, seuls 180 e-books avaient été vendus! J’ai également fait l’objet de railleries de la part de certains éditeurs qui affirmaient que mon livre ne valait rien même après être devenu un best-seller. C’est grâce aux premières critiques positives de mes lecteurs, qui me sont parvenues du monde entier (États-Unis, Inde, Afrique du Sud), que j’ai su préserver cette confiance en moi.

D’autre part, je me suis promis de ne jamais véhiculer de discours mensongers et de faire preuve d’honnêteté à leur égard. Pas de fausses promesses : tel est le deuxième facteur qui pourrait expliquer ce succès. Je n’ai jamais prétendu solutionner les problèmes des gens mais je leur apporte des outils et techniques qui leur permettent d’initier un changement.

Existe-t-il une science du bonheur ou s’agit-il d’une escroquerie pseudo-scientifique?

Il existe bien une science du bonheur dont le fondateur est Martin Seligman. En 1998, alors qu’il présidait l’Association américaine de Psychologie, il a lancé le concept de « psychologie positive » en se fondant sur l’étude scientifique des conditions psychologiques d’une vie heureuse et ayant du sens. Ce sujet avait déjà été abordé auparavant mais c’est le premier à avoir évalué cette théorie en la soumettant aux règles de la vérification empirique. Jusqu’à présent, la psychologie était focalisée sur les troubles et dysfonctionnements psychologiques. Peu de psychologues s’attelaient vraiment à favoriser l’optimisme et l’amabilité chez leurs patients. Sa théorie sur le « bonheur authentique » en 2002 repose sur le fait que le bonheur provient de trois niveaux différents : les émotions positives, l’engagement et le sens.

L’aptitude au bonheur est influencée à 50% par nos chromosomes, à 10% par les conditions extérieures et à 40% par notre attitude…

C’est exact, le bonheur est en partie influencé par notre patrimoine génétique dans la mesure où certaines personnes disposent de plus de sérotonine – neurotransmetteur qui constitue une sorte de protection contre la dépression – et ont moins de probabilités de tomber en dépression. Néanmoins, la génétique ne fait pas le bonheur car les 40% restant dépendent d’activités intentionnelles. Notre bonheur est donc déterminé par nos gènes, par nos conditions de vie mais notre activité intentionnelle a une influence considérable que nous ne pouvons mésestimer. Ces activités intentionnelles impliquent engagement et effort et peuvent être comportementales, cognitives ou motivationnelles : faire preuve de bonté, d’altruisme, exprimer de la gratitude, visualiser la meilleure version de soi, etc.

Pourquoi certaines personnes sont-elles plus heureuses que d’autres?

Les facteurs circonstanciels ne permettent pas d’expliquer les différences entre les personnes heureuses et les personnes malheureuses. Il faut aller chercher du côté de l’interprétation de la réalité : les individus heureux tendent à percevoir et à interpréter leur environnement différemment. Des études révèlent que les individus heureux tendent à voir Ie monde de manière plus positive.

L’injonction au bonheur n’est-elle pas contre-productive?

Le bonheur a toujours été à la mode et au centre de toutes les préoccupations, d’Aristote à William James en passant par le Dalaï-Lama. Mais il existe beaucoup de malentendus : le bonheur ne peut pas être un état permanent, nous devons accepter les hauts et les bas car ils font partie de la vie. Nous ne pouvons pas vivre une vie exempte de douleur et d’épreuves. Mais nous pouvons apprendre à mieux gérer nos émotions grâce à certaines techniques et rebondir, ainsi, plus rapidement. Nous ne sommes pas obligés d’être heureux mais faire ce choix peut nous apporter plus de satisfactions au quotidien.

Parmi les principes énoncés dans votre livre, quels sont les plus importants à vos yeux?

Difficile d’y répondre ! Je préfère que le lecteur en choisisse deux ou trois et qu’il commence à les mettre en application. Cependant, si je devais en choisir quelques-uns, j’opterais pour les principes suivants : l’expression de la gratitude, le fait de se fixer des objectifs et d’avoir un journal pour réfléchir sur ses actions quotidiennes. En dépit de leur apparente simplicité, ces exercices permettent d’obtenir les premiers résultats en trois ou quatre semaines.

Pourquoi nous obstinons-nous à chercher des solutions extérieures?

Probablement par commodité. C’est plus facile de rendre une personne extérieure responsable de notre bonheur et de notre bien-être. Et c’est pratique car si les choses ne se déroulent pas comme prévues, on a le parfait coupable !

Peut-être est-ce dû à un manque de confiance en nous ou à la peur d’assumer la responsabilité de nos vies. En nous réappropriant nos vies, on ne plus jouer le rôle de victime. Je suis conscient que je ne peux pas contrôler tout ce qui se passe mais je peux contrôler mon attitude face aux épreuves. Et cette attitude offre de nombreux bienfaits !

Comment entraîner notre esprit pour obtenir ce que l’on souhaite?

La majorité d’entre nous a tendance à être attentive à des événements négatifs. L’exercice “les trois bonnes choses” peut inverser cette tendance. Cela consiste simplement à noter, chaque soir avant de se coucher, trois événements qui se sont bien passés et de ressentir une réelle gratitude. Ce type d’exercices reprogramme notre cerveau afin de se focaliser sur ce qui est positif et sur les opportunités.
Tout est une question de pratique, comme pour le sport, mais ça en vaut la peine ! Fixez-vous de petits objectifs car chaque but atteint permet d’augmenter considérablement la confiance en soi et de prendre conscience de ses ressources intérieures.

Blaise Pascal a écrit : “J’ai découvert que tout le malheur des hommes vient d’une seule chose, qui est de ne pas savoir demeurer au repos dans une chambre”

La connaissance de soi est indispensable. Nous avons en nous tout ce dont nous avons besoin mais il est nécessaire de savoir s’arrêter pour en prendre conscience. Nous changerons notre environnement si nous commençons par nous-mêmes. Pour construire un monde plus heureux, nous devons travailler sur notre propre bonheur. Le processus de changement part toujours de l’intérieur pour rayonner vers l’extérieur.

Audrey Damas

Rédactrice, écrivaine et consultante en communication, Audrey Damas a impulsé des projets sociaux et éducatifs grâce à sa vision profondément humaniste de la réalité. Elle a dirigé pendant cinq ans une fondation visant à promouvoir l’esprit d’entreprise chez les jeunes. Elle est l’auteure d’articles sociopolitiques, de critiques de cinéma, d’interviews de personnalités du monde culturel et entrepreneurial. Elle a également co-écrit un livre sur l’échec entrepreneurial (« He fracasado, ¿y qué ? ») et écrit un livre abordant des thèmes liés à l’éducation, à l’immigration et à l'intégration (« Buscando las Estrellas »).