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Sprint final des indépendantistes catalans

EDITO DE NICO SALVADO, fondateur d’Equinox

Il ne reste que 34 jours avant la célébration du référendum sur l’indépendance de la Catalogne, non autorisé par Madrid. Une consultation qui aura bien lieu. 

Au surlendemain d’une manifestation où le comportement des associations indépendantistes a provoqué un malaise, le camp séparatiste revient à la charge dès aujourd’hui en présentant au parlement la loi de transition juridique censée gérer la transition de l’autonomie vers la république catalane. Il y a deux jours, lors de la manifestation contre le terrorisme, l’association ultra-indépendantiste Assemblée Nationale Catalane (ANC) a cru bon de devoir transformer un hommage aux victimes de la Rambla en démonstration de force contre le gouvernement en distribuant à tout-va des affiches accablant le premier ministre Mariano Rajoy et le Roi Philippe VI. Le tout sous l’apparente bénédiction du président catalan Carles Puigdemont.

L’auteur de ses lignes, qui pour une fois n’était pas dans un carré réservé à la presse mais dans la foule compacte, a trouvé que le citoyen catalan était plus modéré que ses représentants. Les gens étaient venus sincèrement protester contre la barbarie et différencier le terrorisme de l’Islam. Attention : l’entre-soi indépendantiste et les conseillers pas toujours avisés pourraient se retrouver à un moment donné coupés du monde quotidien et de l’aspiration réelle des citoyens de Catalogne. Que ce soit clair, avant que Facebook et Twitter ne se remplissent suite à ses lignes de commentaires outrés, nous ne disons pas que le référendum du 1er octobre n’aura pas lieu.  Il est évident que dans son large ensemble le peuple catalan veut voter, et éprouve une forte sympathie pour le concept d’indépendance de la Catalogne.

Saut d’obstacles pour arriver à l’indépendance de la Catalogne

Quoi qu’il en soit, le rythme de la course indépendantiste reprend aujourd’hui. Dans les obstacles déjà sautés, l’obtention des urnes semble acquis. L’État espagnol a tout fait, en contrôlant les dépenses de la Generalitat, pour que l’exécutif catalan ne puisse acheter ou fabriquer les urnes, indispensables au bon déroulement du vote le 1er octobre. Ce week-end, Carles Puigdemont annonçait à nos confrères du Financial Times que le gouvernement catalan s’était procuré 6000 urnes.

Le travail parlementaire avance également à bon rythme : les députés devraient approuver la loi de transition juridique, cet ensemble de textes censé garantir une stabilité légale pour déclarer unilatéralement l’indépendance du pays. La loi encadrant le référendum serait adoptée au début du mois de septembre. Des lois qui seront automatiquement censurées par la tribunal constitutionnel espagnol. Ça sera à ce moment- là, le grand choc entre l’Espagne et la Catalogne.

Comme l’écrit Jean Boissonat « le pouvoir n’est jamais, longtemps, à deux endroits à la fois : s’il est ici, il n’est plus là ». Pour gagner son bras de fer, la Catalogne devra miser sur une présence massive de son peuple dans les rues. Pas de doute, il sera là. Pour remporter la partie, l’exécutif catalan devra aussi compter sur un soutien des pays influents de l’Union européenne. Pas de doute, ils ne seront pas là. Les manifestations massives qui s’annoncent suffiront-elles pour continuer le processus après le référendum du 1er octobre, c’est la grande inconnue de cette page d’histoire qui est en train de s´écrire.

Par ailleurs, pour réveiller ses pays voisins et obtenir leur soutien, le président Puigdemont va vouloir aller très loin : déclarer officiellement l’indépendance de la Catalogne après le vote du 1er octobre et ne pas quitter la présidence en cas de suspension de la part des tribunaux espagnols. L’équation catalane devra se résoudre à l’intérieur de ce triangle : pouvoir politique catalan, manifestation de rues et réactions des pays de l’Union européenne. Le premier test grandeur nature aura lieu le lundi 11 septembre, jour de la fête nationale catalane. Les citoyens descendent traditionnellement dans la rue pour réclamer l’indépendance. Si la participation de la manifestation du cru 2017 est historique, la dynamique pour aller vers le 1er octobre victorieux sera exaltée.