[REPORTAGE] À Barcelone, on est avares avec les pourboires

Par le 25 septembre, 2017 Economie

Donner ou ne pas donner? Telle est la question de beaucoup de clients après avoir payé l’addition. À Barcelone, la tradition du pourboire se perd de plus en plus.

Pourboire, tip, propina… Largement pratiqué dans le monde entier, le pourboire date de plus de trois siècles. En Espagne, cette habitude vient d’une ancienne coutume qui consistait à boire la moitié d’un verre après avoir trinqué à la santé de quelqu’un puis à offrir à cette personne la fin du verre. Aujourd’hui, le versement de ces petites sommes ne se pratique pas de la même manière dans le monde et n’a pas les mêmes significations partout. Qu’en est-il de Barcelone?

Sur le Guide du routard, il est écrit que le pourboire est conseillé: «Service souvent compris dans l’addition, mais pourboire apprécié». Caroline Bommel*, restauratrice française dans la capitale catalane, est formelle. Ici, les gens donnent de moins en moins. «Les temps sont durs pour tout le monde, le pourboire n’est plus systématique» nous explique-t-elle. Dans son restaurant, elle a pu observer la façon dont les différentes nationalités traitent ce sujet. «Ceux qui laissent un sou sont les personnes en vacances. Les Américains, les Anglais ou encore les Italiens. Pour eux, ça fait partie du budget» assure-t-elle. Sara, Italienne vivant à Barcelone depuis 2 ans, confesse qu’elle laisse assez souvent «50 centimes ou 1 euro, pour ne pas avoir honte». Une situation qu’elle n’aurait jamais imaginé avant de commencer elle-même à travailler: «Plus jeune je ne donnais rien. Aujourd’hui, je connais la valeur du travail et de l’argent. Je trouve ça normal.» La jeune femme espère que les serveurs partagent les pourboires récoltés avec le reste du personnel. «Je pense toujours au cuisinier derrière. C’est quand même sur lui que tout repose !».

© Valeria Boltneva

Plus critique sur les locaux ou les expatriés, la restauratrice française est sans appel: «Le Catalan est rat, il estime que c’est le travail des serveurs. Le Français paye souvent en carte bancaire, donc pas de pourboire.» Une étude anglaise menée auprès de restaurateurs montre que le touriste français est le moins rentable à servir car il y a de forte chance qu’il ne laisse rien à la fin. Interrogée par lefigaro.fr Pascale Hébel, spécialiste de la consommation au Crédoc, admet que le Français trouve que ce qu’il paie est déjà assez cher. Mais c’est aussi une histoire d’ignorance. En 2016, un sondage réalisé par le comparateur de voyages Skyscanner a révélé que 53% des Français ne connaissent pas les habitudes des différents pays en matière de pourboire. Et 65% de ceux qui savent quand il faut en donner un, ignorent quel pourcentage laisser.

Une histoire de culture

Selon les pays, les attentes en matière de pourboire varient. Cela est dû aux différents mode de vie, attitudes ou règles dans le monde. Parfois, le pourboire doit être déclaré et faire partie du salaire. Il est donc pris en compte dans le revenu minimum légal. Dans d’autres cas, le pourboire peut être très mal perçu et considéré comme une insulte. En Espagne, même si les additions incluent toujours le service, il est conseillé de laisser 5 à 10 % en plus, de préférence en espèces sur la table.

Frédéric Galpier*, restaurateur français à Barcelone, résume cette tradition à une histoire de culture. Pour argumenter ses propos, il prend l’exemple des Asiatiques : « Le Japonais soit il donne beaucoup soit il ne donne rien du tout. Il prend souvent ce qu’il y a de meilleur… Des bons restaurants, des bonnes tables, le pourboire est la suite logique. À l’inverse du Chinois, qui lui, ne laisse jamais rien. »

Moins radical que sa consoeur, le jeune homme confesse que le Français donne en fonction du service. «Il peut laisser un bon pourboire, comme rien du tout. Ça va dépendre de beaucoup de choses. C’est vrai que si la serveuse est mignonne ça facilite » ironise-t-il. Frédéric admet que le Catalan est bien celui qui donne le moins. Mais pour lui, rien à avoir avec de la radinerie: «En Espagne, il y a toujours eu le souci des salaires bas. Ce n’est pas une question d’être avare, c’est plus par peur du manque d’argent». Pour les deux restaurateurs, les plus généreux ne sont pas les plus aisés. C’est bien souvent ceux qui en ont le moins qui donnent le plus.

*Les prénoms ont été changés à la demande des témoins

Elisa Casson

Parisienne d'origine. Journaliste Equinox Magazine et Radio.