[PORTRAIT] Puigdemont : celui que personne n’attendait

Le président catalan Carles Puigdemont doit comparaître aujourd’hui devant le parlement catalan pour évaluer les résultats du référendum du 1er octobre. Une séance  qui, selon la feuille de route des séparatistes, devrait déboucher sur une déclaration d’indépendance. Portrait

Carles Puigdemont ne dort pas au  Palau de la Generalitat, dans la casa de los Canonges demeure officielle des présidents de Catalogne. Chaque soir, sa voiture officielle le ramène chez lui, à Gérone. Même en pleine crise du référendum, il est rentré auprès de sa femme et de leurs deux filles presque chaque soir. Carles Puigdemont ne laisse jamais aucune situation le dévier des priorités qu’il s’est lui-même fixé. Cet homme calme fait preuve d’une fermeté et d’une détermination insoupçonnables au premier abord. Lorsqu’il a pris la suite d’Artur Mas à la tête du gouvernement catalan, alors que personne ne l’y attendait, beaucoup de journalistes ont cru voir en cet inconnu l’homme de paille du charismatique leader. Mais en quelques semaines, Puigdemont a complètement oculté Mas de la scène politique. Son discours sans dètour a séduit les independantistes alors en proie à une période de doute. Alors qu’Artur Mas s’était converti au separatisme tardivement , l’engagement historique de Puigdemont a rassuré. Il raconte qu’enfant, il ne trouvait pas de drapeau indépendantiste dans son village d’Amer, près de Barcelone, et exigea de sa grand-mère qu’elle lui en tricote un. Ce fils de pâtissiers se passionnera très tôt pour la culture catalane, et enverra a peine adolescent ses chroniques au quotidien indépendantiste Punt Diari. A 19 ans, il y devient journaliste, puis rédacteur en chef. Deux sujets rythmeront sa carrière de journaliste : l’image de la Catalogne à l’international et l’intégration des nouvelles technologies dans son métier. Il fut l’un des premiers utilisateurs de twitter et s’intéresse constamment aux évolutions du monde de la communication. “Il veut toujours avoir une longueur d’avance, confie un ancien collègue, il n’aime pas se faire prendre de court”.

Toujours accro au réseau social, le désormais président catalan tweete plusieurs fois par jour. Passionné par les langues, il maîtrise le français et l’anglais. En 1994, il compile des articles de la presse internationale dans un ouvrage intitulé “Cata… quoi?” (Cata..què?). Il se rend alors compte d’une profonde méconnaissance de la Catalogne autour du monde. Quatre ans plus tard, il fonde une agence de presse dédiée à l’actualité de la région, l’Agence Catalane d’Information, puis en 2002 il s’implique dans la création du premier quotidien catalan en langue anglaise Catalonia Today. Décrit comme tenace par ses confrères, il réussira à installer durablement ces deux projets dans le paysage médiatique local. “Si un problème l’empêche d’avancer, il ne va pas dormir tant qu’il n’aura pas trouvé la solution” poursuit son ancien collègue. Une determination qui sera déterminante lors du conflit opposant Catalogne et Espagne.

Le cinquième Beatle

 

Jeune homme, Puigdemont s’implique dans la section jeunesse de CiU, le parti de centre-droit catalaniste d’Artur Mas. Mais il attendra 43 ans pour se presenter aux elections et devenir député au parlement catalan. Selon ses amis d’enfance, “la politique a toujours été sa première passion”. Mais Puigdemont estime qu’il aurait pu être  musicien. Ado, il jouait déjà dans son propre groupe. Alors qu’il était déjà président de Catalogne, il n’a pas hésité à monter sur scène pour jouer un titre avec un groupe catalan.  “Je ne renoncerai à la musique pour rien au monde », a-t-il dit dans une interview , certains se défoulent en allant courir, moi c’est avec la musique”. Fan des Rolling Stones mais aussi des Beatles, il n’en faudra pas plus pour que le public, intrigué par son épaisse frange, y voit un hommage au groupe anglais. La presse l’appellera bientôt “le cinquième beatle”. Aucun rapport, répond sa coiffeuse interrogée par plusieurs médias “Il veut toujours la même coupe de cheveux depuis des années, se lamente-t-elle, il refuse de changer, alors que pour sa nouvelle fonction cela aurait été quand même mieux”. Mais pour Carles Puigdemont, la présidence de la Catalogne n’est qu’une étape. Apparemment dénué d’ambition politique, il se voit bien retourner au journalisme ou vers d’autres horizons professionnels une fois son objectif atteint. L’objectif de toute une vie : voir sa nation devenir un Etat indépendant. “Je ne compte pas me représenter à des élections catalanes, ne cesse-t-il d’affirmer, mon unique but est de mener la Catalogne aux portes de l’indépendance”. Un epilogue, qui risque d’arriver aujourd’hui 18h.

Aurélie Chamerois

Journaliste et chroniqueuse dans l'émission "Les News de Barcelone" du lundi au jeudi de 17h à 19h sur Equinox Radio. Cofondatrice d'Equinox et barcelonaise d'adoption depuis 2008, elle couvre l'actualité catalane et espagnole, avec une préférence pour les sujets économie et société. Auteur du guide "Barcelone l'essentiel" aux Editions Nomades.