A 15h, le président du Conseil européen a fait céder Puigdemont





Le président Puigdemont a renoncé hier in-extremis à déclarer unilatéralement l’indépendance de la Catalogne. Toute la journée de mardi, les responsables européens ont envoyé des messages pour faire céder le chef du gouvernement catalan. Donald Tusk, président du Conseil européen a donné le coup de grâce peu avant 18h.

Le discours devait démarrer à 18h. Carles Puigdemont ne se présente pas dans l’enceinte de l’hémicycle catalan. Le président est enfermé dans une salle du parlement avec les députés indépendantistes de la coalition Junts Pel Si et de l’extrême-gauche de la Cup. Ces derniers sont furieux contre le président. Il vient de leur présenter une version suave de son discours qui ne fait pas l’objet d’une claire déclaration d’indépendance. Trahison pour l’extrême-gauche. Finalement, le président devra accepter qu’après la séance officielle de son discours dans le parlement, un document sans valeur juridique soit signé par les 72 députés indépendantistes pour annoncer la création d’une future République Catalane. Un acte purement symbolique.

Maigre consolation pour l’extrême-gauche qui n’entendra pas officiellement le président catalan prononcer que la Catalogne devient indépendante en ce mardi 10 octobre. Entrant dans l’hémicycle avec une heure de retard, le visage blême, l’air assommé, Puigdemont annonce dans une formule alambiquée que la Catalogne devient indépendante, mais ajoute que cette indépendance est de facto suspendue pendant quelques semaines pour négocier un appui d’un pays tiers ou un geste de la part du gouvernement espagnol.

Cette déclaration d’indépendance pétard mouillé s’explique par le fait que le président a été mis sous pression toute la journée par des appels provenant des quatre coins de l’Europe, selon plusieurs sources proche de la coalition indépendantiste. La réaction la plus virulente fut celle d’Emmanuel Macron qui a exposé un triptyque fatal pour la déclaration d’indépendance : pas de soutien de la France envers la Catalogne, non reconnaissance en cas d’indépendance et pas de médiation de la France. Coup dur.

Mais le pire pour Puigdemont était à venir. En pleine séance publique dans l’après-midi au parlement européen, le président du conseil, le polonais Donald Tusk a cité publiquement Puigdemont pour lui dire que l’Europe ne le soutiendrait pas, et refuserait d’assurer une médiation. Coup de grâce pour le chef catalan qui décide de faire marche arrière, suivant les conseils de son parti, le PDeCAT, ce mouvement centriste dirigé par Artur Mas. Le PDeCAT, qui a pris la suite de Convergencia, tuée par la corruption, reste le mouvement de la bourgeoisie et des grandes entreprises. Après que 15% du PIB catalan a pris la fuite avec le changement des sièges sociaux des banques et des grandes entreprises, PdeCat supplie depuis une semaine le président Puigdemont de ne pas déclarer unilatéralement l’indépendance. De l’édulcorer au maximum, en l’assortissant d’un délai de réflexion avant de la rendre effective. C’est donc chose faite. Avec une certaine dose de ridicule. Le conflit repart donc entre le PDeCAT (la bourgeoisie) et la Cup (l’anarchisme) qui avait fait une paix relative ces derniers mois pour mener à bien le référendum.

La Cup est furieuse et laisse 30 jours à Puigdemont pour enfin déclarer l’indépendance. Cet attelage contre nature entre la droite et l’extrême-gauche, cumulé au fait que l’indépendantisme catalan n’a jamais dépassé les 48% dans les urnes, explique aujourd’hui l’impasse dans laquelle se trouve le mouvement.

La réaction de l’Espagne pourrait relancer le processus indépendantiste

Il n’y a pas eu de déclaration d’indépendance en Catalogne hier. Le gouvernement espagnol pourrait donc laisser pourrir l’affaire et attendre que les différents partis catalans s’autodétruisent dans des luttes fratricides.




Ça serait oublier un certain conservatisme revanchard espagnol qui souhaite régler son compte à la Catalogne. Des tribunes incendiaires sortent dans la presse, notamment dans le journal le plus lu en Espagne El Pais, qui explique que la Catalogne a déclaré son indépendance et qu’il faut la sanctionner. Même son de cloche dans les secteurs les plus à droite du Partido Popular (PP) le mouvement du président Mariano Rajoy et chez les libéraux de Ciutadans. Toutes ces franges radicales réclament l’application de l’article 155 de la constitution qui permet au gouvernement central de prendre le contrôle des compétences de la Generalitat : présidence, gouvernement, gestion de la police, des finances, de la justice.

Un conseil des ministres exceptionnel a lieu aujourd’hui à 9h à Madrid pour examiner les mesures à prendre après le discours d’hier au parlement. Une destitution du président Puigdemont pourrait être aussi envisagée. A la veille de la fête nationale espagnole, lors de laquelle Mariano Rajoy doit assister au défilé militaire de Madrid, rester sans réponse face à une provocation catalane le mettrait dans une situation inconfortable.

Rajoy, si il veut stopper définitivement le mouvement séparatiste, devra doser avec justesse sa sanction. Car une punition espagnole trop dure pourra être récupérée en une fraction de seconde par le camp indépendantiste pour provoquer un grand mouvement populaire, avec des dizaines de milliers de gens qui sortent dans la rue pour protester. Alors que les citoyens indépendantistes sont sonnés après la reculade de Puigdemont, la partie reprendrait de plus belle en cas de répression. Attendre une sévérité de l’Espagne et tendre la rue au maximum, peut-être le plan Carles Puigdemont pour sortir du cul-de-sac dans lequel se trouve le mouvement séparatiste.

Nico Salvado

Fondateur d'Equinox, directeur d'antenne et animateur de l'émission "Les News de Barcelone" du lundi au jeudi de 17h à 19h sur Equinox Radio.