L’origine du mot « perroflauta »

Par le 12 octobre, 2017 CULTURE

La langue évolue à la même vitesse que la société. De nouvelles expressions émergent suite à l’actualité. Ce qui est le cas de l’adjectif péjoratif « perroflauta ».

Musiciens de rue accompagnés de chien, rasta et tresses, aspect négligé et peu soigné. Voici le look typique d’un jeune surnommé « perroflauta ». Logique, le mot est la juxtaposition de chien (perro) et flûte (flauta). Souvent utilisé pour décrire les hippies ou encore les punks, le mot perroflauta a une véritable histoire.

Sa popularisation se doit au mouvement des Indignés lors des manifestations non violentes à Madrid le 15 mai 2011. Lors des campements, il n’était pas rare de rencontrer toutes sortes de personnes, bien différentes les unes des autres. Etudiants, travailleurs, personnes âgées, familles mais aussi des perroflautas. Cet adjectif péjoratif a été donné aux jeunes anti-systèmes afin de discréditer les manifestations. Pour se solidariser avec les jeunes, les plus anciens ont d’ailleurs fondé un mouvement qu’ils ont appelé « yayoflauta » ou « iaioflauta ». « Si les politiciens insultent nos enfants en les appelant perroflautas, ils peuvent nous appeler yayoflautas » disaient-ils.

Concentration des indignés à Madrid

La Fundación del Español Urgente, qui a pour objectif de veiller à la bonne utilisation de la langue espagnole dans les médias, a préféré garder la simple définition d’une « personne à l’allure débraillée ».

Mais le terme ne date pas uniquement de 2011. Sur internet, bien avant les évènements de Madrid, les sans-abris ou les personnes aux ressources insuffisantes se faisaient déjà appeler ainsi par certains. Plus tard, dans la rue, les groupes fascistes surnommaient leurs ennemis perroflautas. Josep Anglada, un des leaders de l’extrême droite en Espagne avait qualifié des manifestations antifascismes de « perroflautas ».

Les Catalans ont voulu, eux aussi, introduire l’adjectif dans leur vocabulaire. Ainsi, perroflautas a été traduit par « gosflauta ». Un terme qui n’a pas vraiment eu de succès. Le chien a alors été substitué par la coiffure. Gosflauta est devenu « rastaflauta ».

Elisa Casson

Parisienne d’origine.
Journaliste Equinox Magazine et Radio.