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J.Forn : Le ministre de l’intérieur le plus indépendantiste de l’histoire

Il voulait que les Mossos d’Esquadra défendent la République catalane. La Catalogne n’a jamais connu un ministre de l’Intérieur qui a souhaité aller aussi loin dans le processus indépendantiste. Depuis jeudi soir, Joaquin Form est emprisonné aux côtés de ses anciens collègues gouvernementaux.

Avant son entrée au gouvernement catalan pour occuper les fonctions de ministre de l’Intérieur en juillet dernier, Joaquin Forn n’était pas spécialement connu du grand public. Ce diplômé de droit, né en 1964 à Barcelone, a toujours milité à CDC, devenu PdeCAT, le parti d’Artur Mas et de Carles Puigdemont. Il a passé toute sa carrière politique à la mairie de Barcelone où il a occupé le rôle stratégique de premier adjoint en charge de la sécurité sous le mandat de Xavier Trias. Il a laissé un excellent souvenir au corps de la Guardia Urbana. En mauvais termes avec l’actuelle maire de Barcelone Ada Colau, la police municipale regrette cet homme ouvert au dialogue, conservateur, et proche des agents.


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Indépendantiste depuis toujours au sein de son parti, Forn est depuis longtemps proche de Carles Puigdemont avec qui il se trouve en parfaite harmonie idéologique. Les deux hommes partagent le même jusqu’au-boutisme indépendantiste.

Le poste stratégique de la police pour construire la République

Pour terminer son mandat et mener à terme la déclaration d’indépendance, le président Puigdemont a fait un remaniement ministériel en juillet dernier. Le prédécesseur de Forn, Jordi Jané, dont la tête était demandée par les indépendantistes d’extrême-gauche de la Cup ne tenait plus sur le fauteuil brûlant qu’était celui du ministre de l’intérieur.

Le rôle de la police catalane est déterminant dans l’aboutissement de la feuille de route indépendantiste. Premièrement pour ne pas accomplir les ordres du parquet. Le corps des Mossos est une police judiciaire et doit donc obéir au procureur espagnol. Lorsque la maire de Berga ne s’est pas présentée à l’audience judiciaire pour avoir retiré le drapeau espagnol de l’hôtel de ville, les Mossos sont venus la chercher de force. Fureur auprès de la Cup dont la maire est issue. Démission immédiate de Jané demandée

Deuxièmement, dans le pire des scénarios des indépendantistes, les Mossos auraient dû désobéir d’une manière absolue à tous les ordres venant des tribunaux espagnols, avant, pendant et après le référendum. Inimaginable pour Jané qui a laissé sa place à Forn. Ce dernier ne voit aucun inconvénient à ce que les Mossos d’Esquadra ne respectent pas le cadre de la constitution espagnole. D’ailleurs l’une des premières actions de Forn fut de nommer au poste de directeur des Mossos : Pere Soler, qui est exactement sur la même ligne idéologique.

Le baptême médiatique pour Joaquin Forn se fera au moment des attentats de Barcelone : en direct sur TV3 il sépara les victimes espagnoles des catalanes. Ce qui lui vaudra une animosité permanente dans la presse madrilène et dans les partis unionistes.

Le deuxième clash majeur a eu lieu entre Joaquin Forn et son homologue espagnol lorsque ce dernier a voulu prendre à quelques jours du référendum le contrôle des Mossos d’Esquadra afin de coordonner les opérations pour empêcher le vote. Martial, Forn est apparu à la télévision pour, dans une déclaration institutionnelle, affirmer qu’il empêcherait l’Espagne de prendre le contrôle de la police catalane. Du coup, les Mossos, sont restés passifs le jour du référendum pour empêcher le scrutin et c’est la police nationale espagnole et la Guardia Civile qui ont dû agir. Ce qui a valu une sanction au chef des Mossos Josep Lluis Trapero qui s’est vu confisqué son passeport avec interdiction de quitter le territoire espagnol et placé sous contrôle judiciaire.

Finalement l’Espagne a activé le fameux article 155 de la Constitution et pris le contrôle des Mossos sans difficulté aucune, ce qui a accéléré l’impossibilité de rendre opérative la République catalane. Josep Lluis Trapero et le directeur des Mossos, le soi-disant kamikaze Pere Soler, ont été les premiers à accepter leur destitution par l’Etat Espagnol.

Le ministre déchu a dans un premier temps suivi Puigdemont dans son périple bruxellois, avant de revenir à Barcelone pour assister à son audience devant le tribunal. Un retour qui s’est fait dans la douleur pour Forn, qui a été accueilli à l’aéroport par les insultes d’une vingtaine d’unionistes radicaux.

Comme ses collègues de l’ancien gouvernement catalan, Forn dort aujourd’hui dans la prison d’Estremera à Madrid.