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Fermeture des frontières – L’indépendantisme franchit la ligne blanche

ANALYSE – La gréve générale du mercredi 8 novembre a marqué un tournant dans la crise catalane. « L’opération frontière » visant à fermer la Catalogne renvoie le mouvement indépendantiste aux fondamentaux du nationalisme.

Le front nationaliste, expression volontairement ambiguë, a été utilisé pour la première fois hier par le journal français Le Monde pour décrire les partis indépendantistes catalans. Jusqu’ici, le mouvement indépendantiste revendiquait, à juste titre, une ambiance pacifique, un ton bon enfant et familial.

Lundi, la semaine commençait mal avec un discours particulièrement acide de l’ancien président depuis sa ville-refuge Bruxelles. « L’Espagne n’est pas une démocratie et l’Europe ferme les yeux » s’énervait Carles Puigdemont devant 200 maires catalans ayant fait le voyage pour voir le président déchu. Les accusations répétées à l’infini par les séparatistes expliquant que l’Espagne est un pays à la limite du fascisme vont-elles également désormais être adressées à toutes les nations formant l’Union Européenne?

Retour à Barcelone. La gréve qui était organisée hier avait pour objectif premier de demander la libération des anciens ministres catalans incarcérés pour avoir proclamé l’indépendance de la Catalogne. Mais les actions menées sont entrées dans un autre univers. L’opération lancée sur Twitter par les Comités de Défense de la République (CDR) ayant pour nom #OperacióFronteres avait pour but de « fermer la Catalogne ». L’Opération Frontières s’est traduite par un blocage de la frontière française, sur l’autoroute, les routes et les voies ferrées. Quand un mouvement appelle à défendre son pays en fermant de force et sans raison aucune les frontières, il renvoie automatiquement vers l’imagerie du nationalisme.

« Coupons les frontières imposées, pour construire une République qui permettra de les redessiner! Parce que nous sommes les Pays catalans! » Tweet émis par Le Comité de Défense de la République à Gràcia, l’une des entités organisatrices de la manifestation d’hier.

Puigdemont hausse le ton

Les indépendantistes doivent faire face au pire des scénarios, qu’ils n’osaient pas imaginer dans les prévisions les plus pessimistes : pas le moindre soutien international. Aucun pays, aucune institution ne souhaite appuyer l’indépendantisme. La presse internationale a, dans sa large majorité, condamné les bavures policières du 1er octobre et se désole du manque de dialogue de Madrid, mais reste plus distante quant aux incarcérations des anciens ministres catalans. Le jusqu’au-boutisme de Puigdemont, son refus de reconnaître sa destitution et sa volonté d’exil ne reçoivent également que peu de sympathie dans la presse européenne.

Il semblerait que Carles Puigdemont soit tenté d’entrer dans un cercle vicieux : refus de reconnaissance – radicalisation de son discours – davantage d’hostilité internationale envers l’indépendantisme. Et le soutien des nationalistes de la nouvelle alliance flamande (NVA), souvent jugés xénophobes, n’aidera certainement pas. Si la majorité des indépendantistes restent loin des thèses classiques du nationalisme, cette liaison dangereuse avec la défense de la nation et la fermeture des frontières a semé un large malaise.