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Entre exilés et prisonniers, la Catalogne bloquée

Les candidats à la présidence de la Catalogne Carles Puigdemont et Oriol Junqueras sont en exil ou en prison, une situation qui peut conduire à un blocage sans précédent.

Carles Puigdemont veut restaurer les institutions catalanes telles qu’elles étaient avant leur destitution via l’application de l’article 155 de la Constitution espagnole par Mariano Rajoy. Le premier acte serait de rétablir le bureau du parlement catalan tel qu’il était en octobre dernier. Carme Forcadell, du parti de gauche indépendantiste (ERC), reviendrait donc au perchoir du parlement. Premier problème. Pour investir Forcadell, il faudra un accord entre le parti de Puigdemont (Junts Per Catalunya) et ERC. Ces derniers ont bien compris la philosophie de l’homme de Gérone : rétablir les institutions telles qu’elles l’étaient signifie in fine que Carles Puigdemont devrait être investi une seconde fois président de la Catalogne. Pour la gauche indépendantiste, hors de question de faciliter une investiture de Carles Puigdemont si celui-ci poursuit son exil à Bruxelles. « Nous ne voulons pas un président « Skype » » a clashé cette semaine le sniper d’ERC Gabriel Rufian.

Si Puigdemont ne prend pas le risque de rentrer en Espagne, ce qui entraînerait probablement son arrestation immédiate, le président doit être Oriol Junqueras selon ERC, si toutefois celui-ci parvient à sortir de prison. La date du 4 janvier sera décisive, l’ancien vice-président passera alors devant le juge pour solliciter une mise en liberté sous caution.

La majorité indépendantiste en danger

En attendant, ERC refuse de négocier la présidence du parlement avec Junts Per Cat. Le parlement doit se composer entre les 15 et 19 janvier : les délais sont courts pour le camp indépendantiste. Les incarcérations et exils posent un problème pour composer le bureau du parlement qui est proportionnel au nombre de parlementaires élus.

Après le scrutin du 21 décembre, le camp indépendantiste (Junts Per Cat – ERC – La Cup) dispose de 70 parlementaires. Les non-indépendantistes 57 et les « ni-ni » de Podemos 8.


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Pour le moment, les cinq députés indépendantistes qui sont en exil, Carles Puigdemont, deux anciens ministres d’ERC et deux de Junts Per Cat, ne pourront pas voter lors de la session d’investiture de la présidente du parlement. Trois parlementaires indépendantistes sont incarcérés: Oriol, Junqueras (ERC), Joaquin Form et Jordi Sanchez (Junts Per Cat). Un flou juridique flotte sur la possibilité d’un vote depuis la prison, si la demande de libération conditionnelle n’aboutit pas. Si les élus en question ne peuvent pas voter, et ne démissionnent pas (ce qui permettrait de débloquer leur siège à un remplaçant mais qui assombrirait le futur politique du démissionnaire) le rapport de force deviendrait : 62 parlementaires indépendantistes. 57 non indépendantistes et les 8 de Podemos. Autrement dit, pour investir le président du parlement, il faudrait que les indépendantistes négocient avec Podemos. Ciutadans, la liste la plus voté aux élections avec ses 36 députés, est en embuscade pour tenter de récupérer la présidence du parlement.

Une fois passé le casse-tête de la présidence du parlement (entre le 15 et le 19 janvier), arrivera le casse-cou de l’investiture du président de la Catalogne (début février). Selon le journaliste toujours très bien informé Oriol March de Nació Digital, les chapeaux à plumes du parti de Junts Per Catalunya donnent pour acquis que Carles Puigdemont ne rentrera pas en Catalogne. L’ancien locataire de la Generalitat risque 30 ans de prison si il revient sur le territoire espagnol.

Un des bras droits de Puigdemont, l’ancien porte-parole du gouvernement Jordi Turull a avancé l’idée que le président pourrait se faire investir via une vidéoconférence au parlement, de la même manière qu’il a organisé ses meetings de campagne. Une solution juridiquement impossible, le règlement du parlement demande que l’impétrant à la présidence soit physiquement présent dans l’hémicycle le jour du débat d’investiture.

Plan B

Le plan B, évoqué uniquement en coulisses, prévoit que Puigdemont récupère un rôle symbolique à Bruxelles, tandis que la numéro 2 de Junts Per Cat Elsa Artadi ou une autre personnalité de poids du parti exerce la présidence.

ERC ne suivra pas si Oriol Junqueras est libéré de prison. Du haut de ses 32 députés, le chef de la gauche républicaine réclamera l’appui des 34 parlementaires de Junts Per Cat pour être investi. En cas de maintien en prison de Junqueras, le plan B de Junts Per Cat pourrait toutefois fonctionner.

La situation est tendue, fragile et instable. Chaque jour les plans de la veille peuvent capoter. Les indépendantistes continuent à marcher à tâtons dans un labyrinthe qu’ils ont eux-mêmes créé.