L’argent est-il un frein à la culture à Barcelone?

Par le 28 décembre, 2017 CULTURE

Réussir à démocratiser la culture est encore chose compliquée. À Barcelone, la capitale catalane joue le jeu de la gratuité pour un accès égalitaire.

À l’heure des campagnes électorales, françaises ou espagnoles, tous les thèmes sont abordés. Immigration pour l’hexagone, indépendantisme ici, sécurité partout. Grande absente des débats agités, la thématique de la culture. Celle-ci ne semble pas être une des premières préoccupations.

Pourtant en Espagne presque toutes les pratiques culturelles sont en hausse selon les dernières enquêtes d’INE, institut national de statistiques. Les bibliothèques sont de plus en plus fréquentées, les cinémas presque remplis. La dynamique est lancée.

Barcelone reste toutefois la cinquième ville d’Espagne où les cinémas sont les plus chers. Le Cinesa Diagonal Mar remporte la palme avec un montant de 10 euros la place le week-end.

Pour la nouvelle année, le ministre de la culture espagnol Íñigo Méndez de Vigo a annoncé une baisse de la TVA sur les places de cinéma. Elles pourront perdre jusqu’à 2 euros du prix initial. Et comme une nouvelle ne vient jamais seule, la ministre du travail Fatima Banez a assuré l’augmentation du revenu minimum. Il sera fixé à 736 euros. Une croissance qu’elle souhaite progressive afin d’arriver en 2020 à un montant de 850 euros.

Malgré cet effort, l’économiste José Carlos Diaz estime que “la culture est considérée comme un bien de luxe, et non un bien de première nécessité”. Selon lui, les prix des loisirs culturels s’ajustent davantage à la demande qu’à leur réelle valeur. “Les entreprises culturelles se demandent : quel prix maximum mon public est-il prêt à payer pour venir, explique-t-il, ce qui est très différents d’un fabricant de produits alimentaires par exemple, qui va se demander quel prix minimum il peut proposer pour continuer à faire des bénéfices tout en restant compétitif”.

 

Que fait la mairie? 

Ville d’avant-garde, Barcelone a toujours voulu ouvrir au plus grand nombre l’accès à la culture. Véritable musée à ciel ouvert, la capitale catalane offre une multitude d’activités culturelles gratuites. L’art public, par exemple, est à la portée de quiconque. On croise régulièrement des sculptures datant de la fin du XXe siècle réalisées par des artistes à la renommée internationale. Preuve de son importance, une gigantesque fresque est présente dès l’aéroport El Prat de Barcelone. Le mur extérieur du Terminal 2 est recouvert d’une œuvre en mosaïque réalisée par Miro, artiste catalan emblèmatique de la région. Dès les premiers pas posés sur le sol barcelonais, l’accès à la culture de la ville est immédiate.

Au détour d’une balade dans le quartier de l’Eixample les occasions sont nombreuses pour découvrir le mouvement de l’Art Nouveau Catalan. Ce courant artistique, dont Gaudi est l’un des protagonistes, inonde les rues de Barcelone. Au centre névralgique de la ville, on peut admirer la Casa Pons i Pascual. Plus loin vers le Passeig de Gracia, l’impressionnante Casa Mila appelée aussi la Pedrera, lieu culte de la capitale catalane. Dans cette volonté d’un accès égalitaire, de nombreux musées jouent le jeu. Tous les dimanches après-midi, beaucoup d’institutions culturelles sont gratuites.

La maire de Barcelone Ada Colau a pour sa part indiqué que la culture était “l’un des piliers fondamentaux de l’écosystème social et économique de Barcelone”. Depuis son accession au pouvoir au printemps 2015, elle a fait de la décentralisation culturelle une priorité. Ainsi les grands rendez-vous culturels de la ville ne sont plus seulement gratuits mais également accessibles dans les quartiers les plus excentrés et moins favorisés. Mais au-delà de ces changements géographiques des plus grands événements de l’année, aucune mesure n’a été prise par les pouvoirs publics pour démocratiser l’accès aux institutions culturelles les plus prestigieuses de la ville. “C’est décevant, il n’y a eu aucune initiative nouvelle en faveur de la politique culturelle” déplore l’ancien conseiller à la culture de Barcelone, Jaume Ciurana, désormais dans l’opposition.

Heureusement, même sans l’appui des pouvoirs publics, Barcelone reste une ville naturellement fourmillante de projets culturels. Du festival de cinéma artisanal aux concerts à chaque coin de rue, l’autre ville qui ne dort jamais continue de nous étonner. Et on l’espère, pour longtemps.

Elisa Casson

Parisienne d'origine, Elisa Casson est diplômée Ecole Supérieure de journalisme. Journaliste et chroniqueuse à Equinox Magazine et Radio.