Carles Puigdemont : exil, investiture et prison

Par le 9 janvier, 2018 Crise catalane

Carles Puigdemont tente de se faire investir président de la Catalogne avant de rentrer en Espagne pour être incarcéré. 

Alerte maximale dans le camp indépendantiste. Il faut un président pour la Catalogne et après le résultat électoral des élections du 21 décembre, c’est Carles Puigdemont qui est arrivé en tête des listes indépendantistes.

Contrairement à la France, on ne vote pas directement pour un président, on vote pour des députés. Il y a 135 députés au Parlement catalan, ce sont eux qui votent ensuite pour investir un président. Le candidat à la présidence devra obtenir 68 voix (la majorité absolue des parlementaires) pour devenir président. Carles Puigdemont compte 34 députés sur sa liste Junts Per Catalunya. Avec les 32 élus de la gauche indépendantiste ERC et les 4 des anarchistes de la Cup, Puigdemont est en mesure de former une coalition et de redevenir chef de la Catalogne.

Problème

Carles Puigdemont se trouve à Bruxelles et refuse d’en partir depuis que la justice espagnole l’a convoqué suite à la déclaration d’indépendance du 27 octobre dernier, dans le cadre de poursuites pour sédition et rébellion.

Le Tribunal suprême a clairement expliqué qu’une fois un pied posé en Espagne, Puigdemont filerait en prison rejoindre son ancien vice-président Oriol Junqueras, en détention préventive depuis le 2 novembre dernier.

Solution(s)

Carles Puigdemont réfléchit à se faire investir président lors de la session parlementaire de la même manière qu’il a effectué ses meetings de campagne : via une vidéo-conférence. Un procédé qui ne s’inscrit pas dans la pratique parlementaire traditionnelle, laquelle prévoit que les débats aient lieu physiquement dans l’hémicycle du parlement. Le règlement de la chambre catalane ne dit pas clairement si le candidat à la présidence doit être ou non personnellement dans le parlement pour présenter son programme législatif. Les indépendantistes envisagent de modifier le règlement pour permettre la vidéo-conférence.

Dans le sempiternel mouvement d’actions/réactions qui rythme les relations politiques entre les indépendantistes et les unionistes, ces derniers ont annoncé qu’ils déposeraient un recours de la modification réglementaire devant le Tribunal constitutionnel. Ce qui aurait pour effet de suspendre la session d’investiture.

Devant le blocage, les séparatistes réfléchissent à une solution alternative : qu’un député lise un discours au nom de Carles Puigdemont le jour de la session parlementaire. Sur la manière de procéder, comme souvent, les indépendantistes de gauche (ERC) ne sont pas d’accord avec ceux de la liste de Carles Puigdemont. Les premiers veulent que ce soit les fonctionnaires juristes du parlement qui rendent un verdict pour savoir si ces mesures sont envisageables ou non. Tandis que les amis de Carles Puigdemont souhaitent que ce soit le bureau du parlement (un groupe de députés qui président la chambre) qui prennent la décision.

Dans le premier cas, les juristes donneront une lecture légaliste. Dans le cas d’une décision du bureau, émanerait un point de vue beaucoup plus politique, pas forcément très respectueux de la Constitution espagnole. ERC, qui devrait présider le parlement et probablement en la personne de Carme Forcadell, n’est pas très motivée pour défier une nouvelle fois les tribunaux espagnols. Les peines de prison des responsables indépendantistes qui sont en liberté sous caution planent telles une épée de Damoclès.

Pour tenter de trouver un accord consensuel, Carles Puigdemont a convoqué vendredi prochain à Bruxelles l’intégralité des parlementaires de son parti.

Prison

Carles Puigdemont sort une nouvelle carte dans cette partie de poker. S’il est investi président, il s’engage dans les heures qui suivent à se livrer aux autorités espagnoles et donc faire un séjour en prison. L’idée est que la justice espagnole emprisonne un président catalan en exercice et que Mariano Rajoy en porte tout le poids politique.

Du point de vue séparatiste, au mieux une médiation internationale s’insère dans le conflit, au pire Mariano Rajoy pourrait être fragilisé au point de devoir convoquer des élections législatives espagnoles anticipées.

La mystérieuse photo

Lundi soir, sur son compte officiel Instagram, l’ancien président a publié une photo. On y voit deux personnes marcher sur la route C-38 à la sortie de Camprodon vers Molló. A quelques mètres de la frontière entre la France et l’Espagne.

Carles Puigdemont a simplement ajouté le commentaire “Camins” (chemins en français). L’ancien président a chargé d’émotion cette photo. Elle suggère un retour de sa part avec en fond une caserne de la Guardia Civil qui laisse planer une arrestation. Poids historique : cette route est le chemin qu’ont emprunté les Catalans qui ont fui la dictature franquiste pour se réfugier en France. Une fois de plus, le leader catalan brouille les pistes et continue d’occuper tout l’espace médiatique.  

Camins… ⛰

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Nico Salvado

Fondateur d'Equinox. Dans les médias depuis 1999.