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Pour la première fois, Mariano Rajoy est en danger politiquement

Mariano Rajoy empêtré dans la crise catalane et concurrencé par Ciutadans pourra-t-il aller jusqu’au bout de son mandat? Éléments de réponses.

Mariano Rajoy est un survivant. A 24 ans, l’actuel chef du gouvernement espagnol a eu un accident de voiture qui lui laissa des cicatrices faciales, d’où sa barbe actuelle qui lui recouvre le visage. Sur l’autoroute A-57 en Galice, au volant de sa Seat 127, le jeune Mariano Rajoy, en 1974, a failli perdre la vie. 30 ans plus tard, en 2005 c’est un accident hélicoptère, près de Madrid, qui aurait pu lui être fatal. Dans ces deux tragédies Mariano Rajoy a survécu.

Politiquement, ça fait près de 40 ans que le chef de la droite espagnol rode dans les arcanes du pouvoir. En 1981, année où fut élu François Mitterrand en France, Mariano Rajoy inaugurait sa carrière en devenant député lors des premières élections régionales démocratiques en Galice. En 1996, il devient ministre de José María Aznar. Donné gagnant en 2004 à la présidence du gouvernement, il perdra finalement face à José Luis Zapatero suite à un attentat islamique à Madrid qui changea dramatiquement la donne. Dans l’opposition, Rajoy réussit à éliminer tous ses adversaires à l’intérieur de son parti pour se représenter en 2008. De nouveau battu par le leader socialiste, Mariano Rajoy ronge son frein dans l’opposition mais reste en première ligne, aucun leader n’arrive à lui prendre sa place de chef de la droite. Il faudra attendre la crise économique et un Zapatero acculé pour que Rajoy soit finalement élu chef du gouvernement espagnol en 2011.

Forteresse

Depuis 7 ans, Mariano Rajoy est enkysté dans le Palacio de la Moncloa (le Matignon espagnol). De 2011 à 2015, le mouvement des Indignés, l’un des plus actifs d’Europe, n’a pas fait bouger d’un millimètre la politique de Rajoy. 2015: élections législatives. Déroute pour le Partido Popular (PP) de Mariano Rajoy qui passe de 44,63% des suffrages à 28,71%. Le premier ministre n’a plus de majorité dans le nouveau parlement. Tout le monde opine sur le fait que Mariano Rajoy soit fini. Les socialistes, la gauche de Podemos et le centre-droit de Ciutadans s’affairent pour tenter de former une coalition parlementaire pour dégager une majorité.

Comme le prévoit la Constitution, Mariano Rajoy pendant le temps des négociations parlementaires reste président par intérim. Tout tranquillement, le « président par interim » a regardé les socialistes, Podemos et  Ciutadans s’entre-déchirer pour former une coalition. Au terme du délai légal de trois mois, sans qu’aucun président ne soit élu par la chambre des députés, faute de majorité, de nouvelles élections législatives ont eu lieu. Dopé par l’effet Brexit qui a effrayé l’électorat conservateur, le PP a récupéré quelques députés lors de ce scrutin. Mariano Rajoy, toujours sans majorité absolue, a réussi à tordre le bras de Ciutadans, des socialistes (qui ont implosé au passage) afin de se faire investir pour un nouveau mandat.

De fait, Mariano Rajoy est le seul dirigeant européen (avec Angela Merkel en Allemagne) qui a survécu à la crise économique. Sarkozy, Hollande, Cameron, Remzi font partie du passé, tandis que Mariano Rajoy est encore à la Moncloa, fumant ses célèbres cigares cubains.

Fracture

2018: Mariano Rajoy se retrouve face à un nouveau défi qui, cette fois, s’avère compliqué. L’électorat conservateur est en colère contre le premier ministre. Sa gestion de la crise catalane est pointée du doigt. Le désordre ne sied guerre au socle conservateur d’une société. Entre la fuite des entreprises et Carles Puigdemont qui parade depuis Bruxelles, la perte de contrôle dans les affaires catalanes exaspère le votant traditionnel de droite. Et il a trouvé un substitut au sein du parti Ciutadans (CS).

Le 21 décembre, Inés Arrimadas a éclaboussé Mariano Rajoy en obtenant 34 députés au Parlement catalan, contre 4 pour le PP. Évidemment, cette victoire de Cs a engendré une poussée dans les sondages nationaux qui augurent un transfert des voix du PP vers CS. Sondage n’est pas synonyme d’élections. Mais la différence avec le passé, c’est que pour la première fois la presse espagnole, majoritairement à droite, semble ne plus soutenir Mariano Rajoy mais se dirige vers Albert Rivera le leader de Ciutadans. La presse madrilène est elle aussi est exaspérée par la gestion du conflit catalan et voulait une application de l’article 155 plus vite et et plus forte.

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El País, premier journal d’Espagne, historiquement socialiste penche ouvertement pour Ciutadans à longueur d’éditoriaux. Le journal ultraconservateur ABC a été dénoncé par le PP devant la commission électorale pour avoir publié une interview flatteuse d’Inés Arrimadas la veille de l’élection catalane, ce qui est illégal. Le journal ABC, véritable bible pour l’électorat conservateur, qui entre en bisbille avec le PP au profit de Ciutadans, est du jamais vu dans l’histoire moderne espagnole. Pedro J. Ramirez, le Eric Zemmour espagnol, gourou de la droite, appelle à voter dans les colonnes de son journal El Español pour Ciutadans afin de sanctionner Mariano Rajoy pour ne pas avoir été assez ferme face au séparatisme catalan. Les grandes entreprises de l’Ibex 35, l’ancien premier ministre du PP José María Aznar ne cessent de flirter eux aussi avec Ciutadans. L’amalgame, les mauvais sondages pour le PP et un soutien médiatique pour Ciutadans s’avèrent dangereux pour Mariano Rajoy.

Résistance

En politique, on n’est jamais mort. Et Ciutadans pâtit de faiblesses. Le parti ne dirige aucune autonomie espagnole, ni aucune grande ville. Ce qui engendre un double problème: le mouvement semble virtuel. Il dénonce, opine et critique, mais n’exerce aucune responsabilité. Le second problème découle du premier: à part Albert Rivera le leader du parti et Inés Arrimadas, la chef de l’opposition catalane, Cs n’offre aucune figure connue au grand public, ce qui peut paraître anxiogène.

Plus grand parti d’Espagne en nombre de militants, le PP dispose d’une toile de réseaux sur le terrain réel, que Ciutadans ne possède que sur internet. Albert Rivera se veut le Emmanuel Macron espagnol et souhaite acquérir le pouvoir de la même façon. L’actuel chef de l’Etat français a été soutenu par une myriade de ministres socialistes lui donnant une certaine légitimité institutionnelle. Ce qui est loin d’être le cas avec Ciutadans. Pour le moment, Cs soutien du bout des lèvres le gouvernement de Mariano Rajoy en étant prêt à voter les budgets de la nation en 2018 « afin de ne pas bloquer le pays ». Le PP, histoire d’affirmer sa virilité, qualifie publiquement Cs « d’idiot utile de la gauche ».

Le mandat de Mariano Rajoy est censé prendre fin en 2020. Avant cela, il y aura en 2019 les élections régionales, européennes et municipales en Espagne.