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[REPORTAGE] Ces Barcelonais partis vivre en France

Nombreux sont les Français qui font le choix de quitter la France pour partir vivre à Barcelone et profiter du soleil, d’un style de vie différent, plus détendu. Mais les Barcelonais qui décident de faire le chemin inverse sont tout aussi nombreux. Reportage.

« Mon mari a perdu son travail après vingt ans dans son entreprise. C’était en 2011, c’était la crise et nous sommes rentrés en France » se souvient Isabelle, une Française qui a vécu deux décennies à Barcelone. Beaucoup d’expatriés français avaient alors quitté l’Espagne, et des dizaines de milliers d’Espagnols leur avaient emboîté le pas. Selon les chiffres de l’Institut National de la Statistique espagnol (INE), la France comptait au 1er janvier 2017 plus de 240.000 résidents espagnols en France.

Sol, 55 ans, a quitté Barcelone pour Lyon il y a 4 ans, dans l’espoir d’y trouver davantage d’opportunités professionnelles, « et pour découvrir aussi un peu plus la culture française » ajoute-t-elle. Le changement ne lui fait pas peur. Cette ancienne experte en art contemporain s’était déjà lancée dans l’élevage de chiens de race avant de finalement se consacrer à la décoration intérieure et aux activités de développement personnel. À Lyon, elle garde des enfants. Elle explique aussi être partie pour son fils aîné, qui a fait sa scolarité dans des établissements français de Barcelone. Lorsqu’il décide de partir faire ses études de droit à l’Université Jean Moulin de Lyon, toute la famille le suit.

Olga, naturopathe de 31 ans, est également passée de Barcelone à Lyon avec son mari, mais sans parler un mot de français. « Nous voulions changer d’air » raconte-t-elle. Lyon, attractive, bien desservie par les transports, proche des Alpes, de la montagne, et surtout avec des possibilités de travail. La destination idéale pour le couple. Olga est habituée à voyager et vivre dans d’autres pays. Elle part donc heureuse à l’idée de cette nouvelle vie qui l’attend.

La difficulté de se faire des amis

Le couple va à la rencontre de ses voisins et collègues de travail dans le but de lier des amitiés, mais tout ne se passe pas vraiment comme à Barcelone. « À Lyon c’est très compliqué pour se faire des amis, raconte-t-elle avec une certaine amertume, en général ce ne sont sont pas des gens ouverts et amicaux, on peut ressentir une hostilité envers les étrangers et l’inconnu« .

En France, se faire des amis peut être un vrai challenge

Olga tombe finalement enceinte. Pour elle, l’arrivée des enfants, les allers-retours au parc et à la garderie lui permettront de faire connaissance avec d’autres parents, se faire un cercle d’amis. Mais ses espoirs seront vite balayés. « Parfois les parents ne se disent même pas bonjour, explique-t-elle, à Barcelone, parler avec les autres au parc, même si on ne se connait pas, est naturel ». Le couple finit tout de même par se faire des amis dans la ville. Surtout des personnes qui ont vécu dans d’autres pays, ou qui ont des conjoints étrangers. Sol partage le même constat : « il est difficile de s’intégrer dans la société lyonnaise si vous n’y avez pas déjà des amis« .

Lucia, elle, fait partie des plus de 100.000 Espagnols vivant à Paris selon le Ministère de l’Emploi et de la Sécurité sociale d’Espagne. Elle a fait le chemin inverse du film « l’Auberge espagnole« , quittant Barcelone pour Paris en tant qu’Erasmus en licence cinéma audiovisuel. Elle tombe sous le charme de la ville et reste pour faire un master de recherche en histoire du cinéma. Elle n’en partira plus, et est désormais professeur d’espagnol dans un collège tout en finissant son doctorat en histoire du cinéma. Lier des amitiés profondes a toujours été un challenge pour la jeune femme qui reconnaît toutefois qu’une fois entré dans leur cercle, les Parisiens sont « des amis fidèles et généreux« .

Des habitudes différentes

Outre le fait qu’à Barcelone, il est normal de dîner à 22h ou encore d’arriver 30 minutes après l’heure d’un rendez-vous, d’autres éléments distinguent les habitants des deux pays. Pour Olga, qui habite maintenant près de Grenoble, la sécurité n’est pas la même. À Barcelone elle sortait où et quand elle le voulait sans avoir peur d’être agressée. « À Lyon, la manière dont certains me regardaient lorsque je passais me faisais peur, je n’avais jamais ressenti cette sensation de peur auparavant ». Près de chez elle, des jeunes se battaient et vendaient de la drogue, « je n’avais jamais vu autant de voitures brûlées de toute ma vie dans une ville« .

La vie en France est plus chère qu’à Barcelone, « alors pour les sorties c’est pas top » nous raconte Maria, Barcelonaise installée à Paris. Elle poursuit : « à Paris, les apparts sont très petits, du coup ce n’est pas si commun de faire des repas à la maison avec des amis, donc rester avec des amis signifie dépenser de l’argent et en ce sens, Barcelone offre plus de possibilités ».


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Mais la différence la plus importante pour les expatriés barcelonais en France se situe au niveau du travail. Les conditions salariales sont meilleures en France, il y a plus d’offres d’emploi et on travaille 35 heures par semaine (40h en Espagne). Beaucoup sont venus pour cela, la plupart restent pour les mêmes raisons.

Barcelonais et Catalans avant tout

Lorsqu’ils sont interrogés sur un possible retour à Barcelone, tous répondent que la ville leur manque mais qu’ils ne pensent pas revenir y vivre.  « Bien sûr que je pense à rentrer des fois, confie Lucia, mais bon, j’ai un travail stable ici, je suis en couple et propriétaire d’un bien alors je le vois comme un projet à long terme. »

Lucia devant la délégation du gouvernement catalan à Paris le 9 novembre 2014 lors du premier vote sur l’indépendance de la Catalogne

Pour beaucoup, le sentiment d’appartenance à la communauté catalane est devenu plus important qu’avant, notamment depuis les derniers événements en Catalogne. Des rassemblements sont organisés pour les fêtes catalanes, pour se retrouver autour d’un plat local ou tout simplement voir un mach de football. À Lyon, chaque dernier mardi du mois, les Catalans de la ville se rejoignent dans un bar. Il existe même un comité de soutient au peuple catalan. Sur Facebook, des groupes s’organisent comme Catalans a França, Catalans a Lyon, Catalans a Paris ou encore Catalans de Montpellier

Et bien sûr, l’engouement séparatiste a aussi dépassé les frontières. Lucia a voté pour l’indépendance dès la première consultation indépendantiste le 9 novembre 2014. Sol, elle, explique que depuis le référendum du 1er octobre, son entourage est plus informé sur Barcelone et la Catalogne en général. « Pour la première fois, les gens arrivent à placer correctement la Catalogne sur une carte! » plaisante-elle.