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Lutte à mort entre Carles Puigdemont et la gauche indépendantiste

independance catalogne

La gauche indépendantiste a réussi hier à bloquer l’investiture présidentielle de Carles Puigdemont. L’homme de Bruxelles accuse le coup mais s’accroche.

Entre la fureur de vaincre et l’envie de jeter l’éponge. Ce sont les deux états émotionnels dans lesquels se trouve Carles Puigdemont. Malgré l’interdiction du Tribunal constitutionnel espagnol de se faire investir président de la Catalogne tout en résidant à Bruxelles, Puigdemont voulait que le parlement catalan désobéisse et vote en sa faveur, hier à 15h comme c’était prévu. Contrairement à la France, on ne vote pas directement pour un président mais pour des députés qui votent ensuite pour investir le président de la Catalogne.

Les indépendantistes avec le groupe de Carles Puigdemont (34 sièges), la gauche républicaine -ERC-  (32) et l’extrême-gauche de la Cup (4) détiennent la majorité absolue. Dans des conditions normales, c’est Carles Puigdemont qui aurait été investi puisqu’il est arrivé en tête des listes indépendantistes le soir des élections.

ERC  préside le parlement catalan en la personne de Roger Torrent. Ce dernier a annoncé hier matin, que malgré qu’il soutienne publiquement Carles Puigdemont, la séance d’investiture est suspendue jusqu’à nouvel ordre. A partir de ce moment, est apparue au grand jour les multiples divisions qui existent au sein de l’indépendantisme depuis des mois, voire des années.

Les deux faces indépendantistes

Depuis des décennies, le souverainisme catalan est dirigé par le centre-droit. Jordi Pujol, Artur Mas et Carles Puigdemont ont dirigé la Generalitat de Catalunya, tous issus de la même mouvance du parti centriste Convergencia. Dans l’histoire moderne, la gauche républicaine indépendantiste (ERC) n’a jamais réussi à obtenir, faute de votes dans les urnes suffisants, la présidence de la Catalogne.

En 2015, ERC a dû se fondre, plus ou moins de force, dans la coalition Junts Per Si qui a donné le pouvoir à Puigdemont en remplacement d’Artur Mas. La gauche a dû une nouvelle fois jouer les seconds rôles. Après la déclaration d’indépendance, ERC ne soutenait déjà plus en coulisses Carles Puigdemont. Les sondages étaient flatteurs pour Oriol Junqueras, le leader d’ERC. Toutes les enquêtes annonçaient un raz-de-marée pour la gauche. Jusqu’à ce que Puigdemont annonce sa candidature depuis Bruxelles. Un coup dur pour ERC qui avait essayé que l’ancien président ne se présente pas en échange d’un poste officiel d’ambassadeur catalan dans la capitale belge. ERC a fait une campagne étrange, où le parti reconnaissait Puigdemont comme président légitime mais invitait les électeurs à voter pour Junqueras. Carles Puigdemont est une icone indépendantiste, dur d’appeler directement à voter contre lui sans passer pour un traître. ERC perd les élections au profit de Puigdemont, mais ce dernier a besoin du vote des parlementaire de gauche pour être investi, même symboliquement, président de la Catalogne.

Présidence symbolique

La semaine dernière le plan était clair : le parlement votait l’investiture de Puigdemont. Ce dernier n’acceptait pas la charge à cause de l’État espagnol qui le persécute. Auréolé du vote du parlement en sa faveur, Puigdemont pouvait tranquillement continuer à représenter la Catalogne avec une série de voyages officiels qui étaient déjà programmés. Carles Puigdemont aurait proposé un de ses fidèles, probablement l’ancien porte-parole Jordi Turull, pour présider la Generalitat à sa place.

Un scénario catastrophe qu’a voulu éviter à tout prix le gouvernement espagnol de Mariano Rajoy. Carles Puigdemont qui obtient un vote favorable de la chambre catalane puis qui parade à l’étranger était une humiliation que l’Espagne ne pouvait pas se permettre. L’exécutif espagnol a saisi, dans des conditions juridiquement douteuses, le Conseil constitutionnel pour que le parlement n’obtienne pas le droit d’investir Carles Puigdemont. Dans une résolution mi-chèvre mi-chou, le Constitutionnel autorisa une investiture de Puigdemont uniquement si il se présentait devant le juge qui demande son arrestation, puis physiquement au parlement.

Tenace, Puigdemont demande au président du parlement catalan Roger Torrent de désobéir à l’Espagne et de forcer son investiture à distance. Chose que refusa de faire Torrent, d’une manière particulièrement habile, en suspendant le débat d’investiture le temps que les garanties juridiques se fassent pour investir Puigdemont. Chose qui n’arrivera bien sûr jamais.

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Puigdemont est sonné. Poussé dans les cordes, si il ne se retire pas, de nouvelles élections catalanes pourraient avoir lieu au printemps et la majorité indépendantiste pourrait être perdue au parlement. En attendant, l’article 155 de la Constitution qui suspend l’autonomie de la Catalogne resterait en vigueur. A part Carles Puigdemont, qui pendant ce temps ne disparaîtrait pas de la scène, absolument personne n’a intérêt à de nouvelles élections.

Deux stratégies différentes

Au-delà des luttes de pouvoir entre les hommes, les partis ont deux stratégies différentes pour emmener la Catalogne vers son indépendance. Que l’on ne s’y méprenne pas : les indépendantistes garderont le pouvoir et le projet de séparation de la Catalogne d’avec l’Espagne est un objectif plus que jamais d’actualité. Carles Puigdemont et ses amis veulent continuer sur le chemin de l’unilatéralité et la désobéissance envers l’État espagnol. Une route qui passe par le maintien de l’article 155 et des nouvelles peines de prison pour les politiques qui suivent cette voie.

Le président du parlement Roger Torrent devait l’emprunter selon Puigdemont, quitte à finir en prison. Un comportement qui agace les troupes d’ERC arguant du fait que le président du parti Oriol Junqueras est en prison tandis que Carles Puigdemont passe sa vie tranquillement devant les médias depuis la Belgique. Nous avons besoin d’un gouvernement, pas de nouveaux martyrs, affirme-t-on chez la gauche. Le but est d’avoir un nouvel exécutif catalan qui soit débarrassé de l’article 155 et de mettre en place des politiques sociales afin de séduire plus d’électeurs et d’élargir la base de l’indépendantisme qui n’a jamais dépassé les 50%. Dans ce cas-là, la République catalane vit ses derniers jours et ils vont me sacrifier constate Puigdemont dans un sms privé qui a été filmé en cachette par un journaliste de Telecinco.

A priori, cela reste à confirmer sur le plan juridique, le parlement catalan a encore deux mois pour se trouver un président avant que de nouvelles élections soient convoquées.