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NOTRE AVIS – La Prison Model de Barcelone, une visite dérangeante

Définitivement fermée en juin dernier, « la Model » ouvre désormais ses portes au public les vendredis et samedis, en attendant que la Mairie décide ce qu’elle fera de cet immense bâtiment en plein centre de la ville. Une visite insolite qui ne laisse personne indifférent.

Photos:CO/Equinox

En sortant du métro Entença, en plein cœur du bourdonnant quartier de l’Eixample, on aperçoit déjà les hauts murs grillagés de la prison la plus célèbre de Catalogne. Depuis la décision de sa fermeture en 2015, les prisonniers ont été progressivement transférés dans d’autres maisons d’arrêt et la Model a été officiellement fermée le 8 juin 2017, soit 113 ans jour pour jour après son inauguration.

La prison, construite en 1904, devait servir de modèle pour le vaste projet de réforme du système pénitentiaire du début du XXe siècle, et le surnom de « Modelo » est finalement resté. Mais il semblerait que le but ait été perdu de vue, tant le concept de prison modèle apparaît totalement opposé à la réalité.

A l’entrée du premier patio intérieur, la petite cabine de sécurité est restée, mais l’accès est désormais libre. Pas de file d’attente, pas de portique de sécurité, la facile et rapide entrée dans l’enceinte même de la prison est presque déroutante.« C’est bien l’entrée de la prison? On peut rentrer comme ça, directement? »

Arrivée immédiate dans la salle des parloirs, où l’on est frappé par les dimensions de chacun d’entre eux, la promiscuité, et la frustration provoquée par la vitre séparant le prisonnier de ses visiteurs. Et le bruit peut-être aussi. Les prisonniers étaient-ils nombreux ici en même temps? Y avait-il un minimum d’intimité des conversations? Ou un grand brouhaha? C’est sans doute ce qui manquera le plus dans cette visite : un guide, un audioguide ou des panneaux explicatifs qui nous aideraient à mieux imaginer le quotidien dans ces murs désormais vides, et qu’on aimerait entendre parler, nous raconter toutes ces tranches de vie inhabituelles, ces instants d’une routine subie et écrasante. 

 

La visite se poursuit dans différentes cellules, restées presque en l’état. La plupart n’ont plus de lits, mais les marques sur les murs permettent de deviner deux ou trois couchettes. Pourtant, il y eut pire. Pendant les années les plus noires du franquisme, la surpopulation carcérale était telle qu’on pouvait s’y entasser à 10 ou 11. En 1940. la prison comptait 13.000 pensionnaires, alors qu’elle était conçue pour 1000. Des opposants politiques comme Jordi Pujol, devenu plus tard président de Catalogne, et des homosexuels, comme le célèbre artiste Ocaña, arrêtés pour leurs idées ou leur mode de vie, y côtoyaient délinquants et criminels.

L’état des cellules est d’un délabrement frappant. Visiter en hiver permet d’imaginer le froid qui régnait dans l’enceinte. De nombreux témoignages évoquent aussi l’odeur pestilentielle qui caractérisait l’endroit, désormais effacée par l’évacuation de lieux, probablement un grand nettoyage général et plusieurs mois d’aération. Toutefois l’état de saleté avancé des toilettes, douches, lavabos et autres recoins n’a lui pas pu être récupéré, ce qui permet de se rendre compte de l’insalubrité des cellules.

Il est particulièrement appréciable de pouvoir visiter la prison dans n’importe quel ordre, de passer autant de temps que souhaité dans les cellules ou autres pièces, et de pouvoir revenir à son gré dans les parties déjà visitées. Tout n’est pas accessible, mais on pourra quand même voir la bibliothèque, les cabines des gardiens, les douches communes, et apercevoir le réfectoire.

Le tour s’achève le plus souvent dans la cour extérieure, où les pensionnaires pouvaient respirer, faire du sport, voir le ciel. Le plus étonnant y est sans doute la proximité de la vie extérieure. On y voit les balcons des immeuble voisins,  on distingue même l’hôtel 4 étoiles Torre Catalunya de Sants. Mais la hauteur des murs grillagés demeure aussi impressionnante que suffocante.

La visite dure un peu moins d’une heure, si on prend vraiment son temps. En quittant la Model, nul ne peut prétendre garder la même image du système carcéral. Restera tout de même cette envie d’en savoir plus, cette petite frustration, qui sera vite comblée par les nombreux articles disponibles sur le web et un excellent documentaire de TV3 encore visible sur YouTube (en cliquant ici).

Prison Model Barcelone – Infos pratiques

Plus d’information sur le site internet de la prison ici

Horaires : Accès libre les vendredi de 15h à 18h et les samedi de 10h à 18h

Adresse : Carrer d’Entença 155, Barcelone