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Mariano Rajoy tente de faire disparaître le catalan dans les écoles

Le gouvernement espagnol menace de mettre fin à l’éducation donnée exclusivement en langue catalane. Un sacrilège pour le camp souverainiste. 

Une simple case à cocher qui peut se transformer en une bombe pour la langue catalane dans les écoles. Dans le cadre de l’article 155 de la Constitution espagnole qui a pris le contrôle du gouvernement de Catalogne suite à la déclaration d’indépendance, Mariano Rajoy offre aux parents la possibilité que les élèves suivent les cours en langue espagnole. Les formulaires de pré-inscription contiendraient désormais une case d’option linguistique pour que le castillan aussi puisse être choisi comme langue véhiculaire dans les salles de classes catalanes. Un totem qui tomberait, tant l’immersion linguistique qui impose le catalan de la maternelle au lycée est devenue sacrée dans les cercles politiques souverainistes catalans.

Si c’est Marcial Marín, secrétaire d’État à l’Éducation à Madrid, qui serait chargé de modifier le modèle éducatif catalan actuel, l’initiative ne vient pas du gouvernement espagnol. Les cerveaux les plus ancrés dans l’idéologie anti-catalane sont à l’origine de cette demande depuis des décennies. Ciutadans, ce parti anti-indépendance qui est arrivé en tête des élections catalanes du 21 décembre, s’est rapproché de l’ancien premier ministre, l’ultra-conservateur Jose-Maria Aznar pour relancer ce serpent de mer de la politique espagnole.

Pour la droite espagnole la plus nerveuse face au souverainisme catalan, l’article 155 doit aller beaucoup plus loin que ce qu’a mis en place Mariano Rajoy et doit démanteler les deux jambes et la tête du système catalan. La police catalane est la jambe droite, les secteurs madrilènes les plus nationalistes demandent le contrôle des Mossos d’Esquadra par le ministère de l’Intérieur espagnol. La jambe gauche, ce sont les médias publics (TV3 et Catalunya Radio) qui sont accusés de propagande. La tête est l’éducation qui doit être en castillan et voir ses programmes révisés. Le gouvernement de Mariano Rajoy s’appuie sur une pétition du groupe syndical AMES (Acción para la mejora de la Enseñanza Secundaria), visant à modifier le modèle éducatif catalan actuel, pour menacer de lancer son initiative.

Rajoy, ce machiavel espagnol

Dans les sphères du pouvoir depuis plus de 40 ans, Mariano Rajoy n’est pas un idéologue. Cependant, Ciutadans tente de le doubler sur sa droite en demandant les mesures les plus drastiques contre la culture catalane. La presse espagnole applaudit. L’intelligentsia exulte. La droite dramatique espagnole pourrait être déçue. Rajoy n’aime pas s’aventurer dans des vietnams politiques, et cette annonce pourrait avoir deux objectifs. Reprendre la main face aux demandes de Ciutadans en montée dans les sondages, et tenter une nouvelle fois de faire disparaître Puigdemont.

L’article 155 s’éclipsera en même temps qu’un nouveau gouvernement catalan siégera au Palau de la Generalitat de Barcelone. Pour former le gouvernement, il faut que les indépendantistes s’unissent. Puigdemont reste en embuscade, et refuse de laisser sa place pour que les 71 députés indépendantistes investissent un président qui réside en Catalogne et pas à Bruxelles, et qui ne soit pas poursuivi par la justice.

Depuis quelques jours, de nombreux secteurs catalans, indépendantistes ou non, expliquent sur tous les tons qu’il faut un gouvernement catalan pour le bon fonctionnement des services publics et des institutions. Beaucoup de projets, surtout dans les secteurs de la santé et de la recherche, sont bloqués depuis décembre faute de ministres catalans en place.

Avec la pression sur la langue catalane, Rajoy espère sans doute que les amis de Puigdemont l’invitent à se retirer. Et la tactique semble porter ses fruits. Les députés indépendantistes Jordi Xuclà (à droite) et Teresa Jordá (à gauche) ont tous deux rejeté ce modèle linguistique dénonçant un abus de pouvoir. D’autre part, ils incitent à former un gouvernement, réel et efficace, de toute urgence pour mettre fin à l’application de l’article 155 en Catalogne et reprendre le contrôle des institutions publiques, y compris du modèle éducatif catalan.