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[ANALYSE] Ciudadanos, version espagnole d’En Marche ou extrême-droite?

Ciudadanos est-il un parti d’extrême-droite, comme l’affirme une certaine frange de l’indépendantisme catalan, ou la version espagnole d’En Marche d’Emmanuel Macron, comme eux-même se décrivent? Décryptage.

Ciutadans, « citoyens » en français, est né à partir de la plateforme civique Ciutadans de Catalunya le  à Barcelone. Un groupe d’intellectuels, professeurs d’université, présentent au CCCB un manifeste pour la création d’un nouveau parti politique en Catalogne afin de lutter contre le nationalisme catalan en général et l’immersion linguiste en particulier, cette disposition légale qui donne la priorité au catalan dans l’enseignement public. Le parti connait peu de succès à sa création mais le jeune Albert Rivera en devient le leader charismatique. Alors âgé de 27 ans, il est élu en 2006 député au parlement catalan, où Ciutadans ne dispose que de 3 parlementaires. En 2012, le parti améliore légèrement son score et obtient 9 sièges au parlement catalan.

Ciutadans affirme alors se positionner au centre-droit de l’échiquier politique et se place à la gauche du Partido Popular, mais à la droite des socialistes.  Le parti va connaitre son premier succès électoral au moment où le président catalan Artur Mas commence le processus indépendantiste. Lors des élections catalanes de 2015, alors que les souverainistes annoncent qu’ils déclareront l’indépendance s’ils gagnent les élections, Ciutadans explose son score passant de 9 à 25 députés.

L’ambition nationale

Porté par ce nouvel élan, Albert Rivera part à Madrid où il espère gagner la présidence du gouvernement espagnol. En Catalogne, c’est Inès Arrimadas qui devient chef de l’opposition. Ciutadans va radicaliser son discours au fur et à mesure que les indépendantistes déploient leur feuille de route vers la République Catalane. Après la déclaration d’indépendance du 27 octobre, Ciutadans défend la mise en détention d’une partie du gouvernement catalan, estimant par ailleurs que Mariano Rajoy et le Partido Popular ont lamentablement échoué face aux indépendantistes.

Le parti orange plaide pour des mesures beaucoup plus musclées : mise sous tutelle des médias de service public (TV3 et Catalunya Radio), la fin du monopole de l’enseignement en catalan, et la fin des subventions et financements des entités séparatistes. Ce discours ferme provoque des réactions épidermiques. Une certaine presse catalane et les réseaux sociaux qualifient en permanence Ciutadans d’extrême droite.

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Mais la réalité est plus nuancée. « En aucun cas il n’est possible de définir Ciutadans comme un parti d’extrême droite, affirme le politologue Silvio Falcón, Ciutadans au départ parti catalan a voulu se présenter et croître dans l’Espagne tout entière. Tout cela s’est fait rapidement, et pour devenir un parti de masses, il a souvent utilisé le nationalisme  espagnol comme élément d’attraction pour capter des militants et des candidats ». Résultat de cette croissance rapide qui a dû ratisser large : dans de petites communes espagnoles, Ciutadans a présenté des candidats au passé parfois trouble.

Le journaliste Jordi Borras, invité cette semaine sur Equinox Radio à l’occasion de la réédition de son livre « Desmontant Societat Civil Catalana », est du même avis. Pour ce spécialiste de l’ultra-droite, Ciutadans ne fait pas partie de cette mouvance. « Ciutadans ne peut pas être qualifié d’extrême-droite, même si à titre individuel certains de ses membres font partie des réseaux les plus radicaux » estime le journaliste.

Le Macron espagnol?

Le président de la République française Emmanuel Macron a lui-même revendiqué sa proximité idéologique avec Albert Rivera. Les deux se réclament du centre politique et extrêmement européiste. Pour le politologue Guillem Pujol, « il y a des éléments comparables entre En Marche et Ciutadans, l’Espagne n’avait pas de droite libérale, étant donné que la tradition du PP vient davantage du conservatisme que du libéralisme, et Ciutadans est devenu le parti le plus business-friendly de la scène politique espagnole ».

Plus sévère, le professeur de sciences politiques à l’Université de Barcelone Silvio Falcon fait remarquer que le parti « En Marche de Macron n’a attiré aucun membre du Front National, les députés du parti ou de la majorité présidentielle venant plutôt des Républicains et du Parti Socialiste », alors que « certains candidats Ciutadans ont un passé d’extrême-droite ».

Selon les sondages, si les élections législatives espagnoles avaient lieu aujourd’hui, Ciutadans arriverait en tête et serait en mesure de former un gouvernement.