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La répression a été inefficace, le nouveau président encore plus indépendantiste

Deux millions de votants ont choisi une option indépendantiste aux élections catalanes du 21 décembre dernier. Même si le seuil des 50% n’a pas été atteint, grâce au découpage électoral, l’indépendantisme possède la majorité absolue en nombre de députés au parlement. Et Carles Puigdemont, a lui-même choisi son successeur : Quim Torra.

Cet éditeur littéraire, ancien directeur de musée et écrivain, est élu ce matin 131e président de la Generalitat grâce aux votes de la gauche et la droite indépendantistes. Après une hésitation, l’extrême-gauche ultra-indépendantiste a donné hier son feu vert à l’investiture. Lors d’un conclave, les militants de la Cup ont demandé à leurs 4 députés de s’abstenir, permettant ainsi l’élection de Torra. La répression de l’Espagne contre l’ancien gouvernement de Carles Puigdemont n’a servi à rien. Comme c’était à prévoir, frapper de peines de prison d’anciens ministres ne solutionne pas le problème indépendantiste. Carles Puigdemont a désigné un successeur, peut-être encore plus indépendantiste que lui.

Depuis la déclaration d’indépendance du 27 octobre, les institutions catalanes sont suspendues via l’article 155 de la Constitution espagnole. Demain, ou mercredi, quand les ministres catalans seront nommés par le président Torra, l’article 155 pendra automatiquement fin. Dans les couloirs du pouvoir à Madrid, on veut tourner la page de l’article 155 rapidement, sans fleurs ni couronnes. La Catalogne reprendra sa place de simple autonomie au sein de l’Etat espagnol. Sauf que Carles Puigdemont et Joaquim Torra continuent leurs actions politiques comme si la Catalogne était une nation indépendante. La nouvelle feuille de route du gouvernement catalan est d’écrire une Constitution, texte fondateur des lois, régissant la Catalogne comme État indépendant. De ce fait, un nouveau conflit violent va s’ouvrir avec l’État espagnol.

Objectif : désobéir

Mariano Rajoy, même s’il est mal à l’aise avec cet outil, menace de réactiver l’article 155 pour suspendre le gouvernement Torra dans les prochaines semaines si des mesures contraires à la constitution espagnole sont prises. Désobéir au Tribunal constitutionnel semble justement une priorité du nouveau président catalan. Reprenant une proposition de la Cup, Quim Torra va demander à son gouvernement de représenter tous les textes de lois suspendus lors de la dernière législature par le Tribunal constitutionnel espagnol. Prenant pour exemple la loi sur la pauvreté énergétique – calquée sur le modèle français, qui empêche de couper l’eau, l’électricité et la gaz aux familles les plus pauvres en hiver- Torra a déploré que ce texte ait été annulé l’an dernier. « Quelqu’un qui pense que la lutte contre le changement climatique n’a servi qu’aux indépendantistes est dans l’erreur (…) Avec la République, tout le monde aura des droits et personne ne les perdra » s’est ému le nouveau président dans son discours d’investiture. Seize, c’est le nombre de lois qui ont été retoquées par l’autorité constitutionnelle et qui vont donc être présentées dans les prochaines semaines. Autant d’occasion de créer des conflits avec le gouvernement Rajoy.

Dans son discours de politique générale, Torra a mentionné des initiatives en matière d’éducation, de violence sexiste, de protection des droits des LGBT, un plan choc pour augmenter le parc de logements sociaux, pour le secteur de la culture – un «véritable pilier» de l’État providence, qui devrait avoir un budget plus élevé – et le sport. Dans le domaine économique et social, Torra s’est engagé à mettre en place un salaire minimum de 1.100 euros bruts mensuels.

Le tempo judiciaire

Une législature qui, dans tous les cas, sera très courte. Carles Puigdemont, qui tire les ficelles, a d’ores et déjà annoncé que probablement en octobre prochain, Quim Torra dissolverait le parlement pour provoquer des élections législatives anticipées. L’idée est de rappeler les Catalans aux urnes au moment-même où l’ancien gouvernement Puigdemont sera jugé dans un procès qui promet d’être spectaculaire.

La principale force d’opposition Ciutadans n’a pas pour objectif de calmer le jeu. Au petit matin, croisée au parlement, Inès Arrimadas chef de l’opposition demandait à l’auteur de ces lignes de ne pas oublier de dire sur Equinox que le nouveau président est un raciste. « Le monde entier doit savoir que la Catalogne a le président le plus xénophobe d’Europe » s’emporte Arrimadas dans ces couloirs très feutrés du parlement. L’attaque de Ciutadans est sur trois flancs : Joaquim Torra est un indépendantiste radical, un raciste et le gouvernement de Mariano Rajoy est incompétent pour stopper les séparatistes. Ciutadans qui veut doubler Rajoy sur sa droite espérant remporter les élections générales de fin 2019 ne changera pas d’angle de tir. Dans cette logique, Ciutadans demande de ne pas lever l’article 155 pour que la Catalogne reste sous le contrôle espagnol.