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CATALOGNE – Ces “immigrés” qui militent pour l’indépendance

TRIBUNE – Une association réunit des Espagnols nés hors de Catalogne et y résidant, “immigrés” récents ou de deuxième, troisième génération, dont parfois l’unique point commun est de soutenir les revendications indépendantistes. Zoom sur un phénomène peu banal.

Vendredi matin (9 juin), le président catalan Puigdemont a annoncé la tenue d’un référendum indépendantiste le 1er octobre prochain. Il est soutenu dans sa démarche par son vice-président Oriol Junqueras et le groupe parlementaire indépendantiste. Aucun décret de convocation au référendum n’a été signé pour l’instant, mais le bras de fer qui opposera le gouvernement espagnol à la Generalitat semble inévitable.

Comme évoqué récemment dans ces mêmes colonnes, il semble qu’il y ait, dans cette époque d’horizontalité politique, un troisième acteur de poids : la société civile. Les citoyens auront probablement un rôle dans cette confrontation, et je vous propose de découvrir une partie d’entre eux qui est, le moins qu’on puisse dire, assez surprenante…

Des origines différentes, un objectif commun

Pourquoi surprenante ? En tant que Français vivant à Barcelone, et provenant donc d’un pays bien centralisé, le sujet indépendantiste m’a toujours intrigué et fasciné. C’est en menant mon doctorat sur l’« immigration » espagnole en Catalogne que j’ai découvert Súmate, une association d’hispanophones en faveur de l’indépendance de la Catalogne. Le fait que des Espagnols nés hors de Catalogne se réunissent n’est pas vraiment surprenant. Certains d’entre vous connaissent peut-être la Feria de Abril ou l’existence des Casas Regionales. En revanche, leur rassemblement pour réclamer l’indépendance de la Catalogne est complètement inédit.

Súmate a été créé en 2013 à Bellvitge, une ville réputée pour compter parmi sa population des personnes venues d’autres régions d’Espagne, ou des Catalans d’adoption, selon le point de vue. Elle s’identifie au mouvement du 15-M (mouvement citoyen d’où est né Podemos) et s’affiche donc comme étant une association issue de la société civile. Pourtant, certains de ses membres sont rattachés à des partis politiques dont ERC, CDC, Iniciativa ou encore à des syndicats. Elle est également soutenue par Omnium Cultural, une association qui œuvre pour la promotion de la langue et de la culture catalanes.

Afin d’apprendre à mieux les connaître, je vous propose de découvrir leur clip de présentation ci-dessous. Dans cette courte vidéo, des membres de Súmate, clairement identifiés comme des personnes nées hors de Catalogne et y résidant, déclarent leur amour pour l’Espagne et la Catalogne. Mais rapidement, ils énumèrent une suite de situations qui les gênent, comme le fait de payer les péages, de recevoir peu de bourses pour les étudiants ou d’utiliser des trains qu’ils jugent vétustes. L’impôt, comme pour la plupart des indépendantistes, est vite placé au centre de leur discours. Selon eux, les services dont ils disposent ne sont pas à la hauteur des impôts payés.

Société civile ou organisation politique?

La vitrine de Súmate met en avant la société civile, l’alliée tant convoitée pour affronter le gouvernement espagnol. Dans leur clip et sur leur site internet, la parole est donnée au citoyen lambda afin qu’il expose ses convictions. Toutefois, il s’agit bien d’une machine politique, dirigée par sa toute nouvelle présidente Janvier Montse Sanchez, qui a succédé à Chema Clavero, affilié au syndicat CCOO et ex-membre du PSUC (ancien parti communiste catalan), lui-même ayant remplacé Eduardo Reyes, désormais député de Junts pel Sí au Parlement de Catalogne. Quant au porte-parole de Súmate, il s’appelle Antonio Baños et est ex-député de la CUP.

Reyes a pris la parole vendredi et a affirmé que la question pour le référendum, « Voulez-vous que la Catalogne soit un État indépendant et républicain ? », est « claire et simple ». Il a ajouté qu’il soutiendra « ce que dira le peuple », et a demandé que les démarches pour mener à bien la convocation se fassent le plus tôt possible. Le dimanche 4 juin, le porte-parole de Súmate, Antonio Baños, avait déclaré que le référendum devait se réaliser « en accord avec les autorités espagnoles ».

Il semble que Súmate ait bien envie de jouer un rôle dans les revendications indépendantistes, un soutien aussi atypique que déterminé sur lequel Carles Puigdemont devrait pouvoir compter.