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Histoires et secrets de la Barcelone souterraine

Barcelone n’est pas seulement la ville que l’on voit à la surface, il existe une Barcelone sous terre sans laquelle l’autre ne pourrait pas exister. Découverte. 

Bien qu’elle passe inaperçue pour la plupart des passants, la vie ne serait pas possible sans cette gigantesque structure de tubes malodorants et humides. Les égouts sont nécessaires pour une ville, comme le système digestif l’est pour l’être humain. Barcelone possède ainsi 1.693 kilomètres d’égouts, soit environ la distance entre la capitale catalane et Berlin. Ces tubes recueillent l’eau provenant de l’usage des habitants et de la pluie à un volume d’entre 5000 et 7000 litres par seconde.

Des canalisations devenues abris et cachettes

Barcelone, ville de fondation romaine, a eu des égouts depuis sa création. Il est encore possible de voir les premières canalisations à Ciutat Vella, désormais hors service. Les Romains avaient créé un impôt pour les maintenir, qui a disparu à l’arrivée du Moyen-Âge. Jusqu’au XVIIIe siècle, l’hygiène de la ville se basait sur un système de fosses septiques privées, où chaque maison gérait deux puits: l’un pour l’eau sale, et l’autre pour l’eau propre. Au fil des années, ce système déclencha de nombreuses épidémies partout dans la ville. Mais ce ne fut qu’en 1885, après une épidémie de choléra qui coûta la vie à plus de 1300 personnes, que l’hygiène devint vraiment une priorité. Les nouvelles infrastructures avaient été intégrées dans le Plan Cerdà, dont la construction avait débuté 25 ans auparavant, et qui permis une restructuration et une expansion de la ville, avec notamment la création du quartier de l’Eixample.

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Pendant le XXe siècle, les égouts furent tout d’abord très utilisés par les pistolers (membres des guérillas entre 1919 et 1923) comme moyen de déplacement secret. L’utilisation de ces espaces pour la violence politique fut si grande qu’en 1936, la police commença à les surveiller. Le gouvernement de la Seconde République (1931-1939) remodela les infrastructures des égouts. De nouvelles canalisations furent construites, et deux stations d’épuration étaient en projet. Mais l’arrivée de la guerre civile en 1936 interrompit les travaux. Les tunnels déjà construits devinrent des refuges antiaériens pour les Barcelonais. C’était la cachette parfaite pour des sympathisants de Franco mais aussi pour ses détracteurs. Ces derniers s’en servirent aussi pendant les persécutions du franquisme.

Évasions et cambriolages

Après la mort du dictateur en 1975, bien que les égouts soient moins fréquentés, ils continuaient d’abriter des événements de toute sorte. En 1978, ils ont ainsi permis l’évasion de 45 prisonniers de prison La Model. Ces derniers construisirent un tunnel depuis la prison jusqu’aux égouts, avant de sortir par un puits au milieu de la rue, à la grande stupéfaction des passants. Huit ans de recherche ont été nécessaires pour tous les retrouver.

Une autre célèbre histoire est celle d’une bande de voleurs italiens qui accédèrent au coffre-fort de la banque Hispano Americano… par les égouts en 1985.

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De nos jours, la Fàbrica del Sol, une institution de la ville, a créé le programme ‘Com Funciona Barcelona?’, pour organiser des excursions dans les installations sous-terraines de la ville. Marcher à l’intérieur des égouts donne l’impression d’être dans le tube digestif d’une bête immense. Tous les murs sont humides, car durant les épisodes de fortes pluies les canaux se remplissent à ras bord. Dans les tunnels, il souffle un air frais mais humide, chargé avec la puanteur des eaux.

Et au-delà de l’odeur, ce qui attire l’attention, ce sont les sons. De temps en temps, le bourdonnement de l’eau est interrompu par des bruits qui traversent les tunnels. Une grande partie provient des voitures qui roulent sur les couvercles métalliques des puits d’entrée. Mais régulièrement, un fracas ressemblant à un tonnerre envahit les égouts: c’est le métro.

Les techniciens des égouts ne travaillent qu’avec la clarté de leur lampe frontale. “Normalement, les tunnels sont obscurs, on allume les lumières seulement pour les visites” nous raconte Raquel Nisa, technicienne.

La mythique place du Diamant 

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Tout au long de son histoire, Barcelone a été bombardée à de nombreuses occasions, notamment pendant la guerre civile. Et quand les bombes de l’armée de l’Alzamiento Nacional rendirent la vie impossible dans les rues, 1402 refuges apparurent sous le sol de la ville. Aujourd’hui, seuls trois sont aujourd’hui ouverts aux visites, comme celui de la place du Diamant, au cœur du quartier de Gràcia.

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Ce fut une course contre la montre pour le construire en quelques mois en 1937. “Les voisins de la place l’ont fait à coups de pioches et de pelles” raconte Josep Maria Contel, actuel directeur du refuge. Organisés par quelques maçons du quartier, les citoyens creusèrent deux puits pour extraire la terre de l’intérieur et introduire les briquets pour couvrir les murs. Contel explique que la grande organisation sociale des voisins du quartier facilita considérablement la construction. Et elle était vraiment nécessaire, car les refuges construits par la mairie furent résiduels.

Les voisins intéressés investirent leur propre argent, et établirent qu’il fallait payer deux pesetas par semaine pour y accéder pendant les bombardements. “C’était une construction publique, mais elle était en réalité privée, et les voisins voulaient récupérer l’argent dépensé” clarifie Contel. Cependant, ils ouvraient la porte si quelqu’un s’y présentait lors d’un bombardement.

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Pendant les mois de la guerre, les Barcelonais s’habituèrent à écouter de temps en temps des alarmes qui résonnaient partout dans la ville. Cela signifiait qu’il restait dix minutes avant l’arrivée d’une nouvelle horde d’avions prêts à lancer des bombes. Le refuge de la place du Diamant pouvait abriter jusqu’à 300 personnes. Mais c’est un espace très petit qui offre peu de commodités. Quelques personnes pouvaient s’asseoir sur des bancs, mais les autres devaient rester debout.

Il y avait aussi une petite infirmerie, mais seulement pour guérir des blessures superficielles. Pour maintenir l’ordre parmi les occupants, il était interdit d’avoir des armes et de parler de politique. Aujourd’hui, il est possible de visiter le refuge tous les dimanches à 11h, et tous les après-midis pendant les fêtes du quartier de Gràcia.

BONUS: La crypte de la Cathédrale de Barcelone 

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D’autres constructions sous terre de Barcelone ont eu des fonctions différentes, comme la remémoration et le culte à des figures du passé. C’est le cas de la crypte située au cœur de la Cathédrale Sainte-Croix et de Sainte Eulalie. Construite au début du XIVe siècle, elle abritait des meubles et sculptures dédiés à Sainte Eulalie, une martyre du IVe siècle.

Il existe plusieurs récits sur l’histoire de Santa Eulalie, co-patronne de la ville. La légende la plus acceptée est celle d’une jeune chrétienne très solidaire avec les pauvres. Résidant à Barcelone pendant l’occupation romaine, elle demanda à l’empereur d’arrêter les persécutions des chrétiens. Et bien qu’elle fut torturée, elle ne renonça jamais à sa chrétienté. Les restes de son corps furent trouvés par un évêque en 878, et depuis, demeurent dans la crypte. En 1339, le sculpteur italien Lupo di Francesco réalise un sarcophage gothique pour garder sa dépouille, encore présent aujourd’hui. Il s’agit d’un cercueil en pierre de style gothique, soutenu par huit colonnes et dont le couvercle et les côtés sont décorés avec des reliefs représentant des scènes de la vie de la martyre.