Antoine Détis, du guide du Sortard à la startup HRTech à succès

par Rédaction Equinox

Antoine Détis est CEO de Tool4staffing, une startup qui entend « révolutionner la relation candidats-entreprises ». Après seulement 2 ans d’existence, vous comptez près de 70 clients, dont des entreprises comme Deloitte ou BPI France. Rencontre

As-tu toujours voulu créer une entreprise? 

À 16 ans, j’étais trop jeune pour monter une SA ou une SARL. J’ai donc créé une association loi 1901 : L’Orgaz a organisé près d’une trentaine de soirées, regroupant chacune plusieurs centaines de personnes dans des endroits peu orthodoxes ( villas de luxe, pépinières, temples…). Toujours bénéficiaires, nous reversions les bénéfices à des associations caritatives.

Un modèle très éloigné des entreprises qui ont suivi : cette expérience t’a-t-elle donné des bases pour la suite ?

Nos évènements nécessitaient des mois de planification, la création et l’exécution d’idées originales jamais testées auparavant, un calcul des marges au cordeau. En outre, le jour J, il fallait manager une dizaine de personnes dans des conditions de stress et de pression hors du commun. Côté financement nous avions monté un système de “business angels” avant l’heure, où des investisseurs adultes récupéraient une partie des marges. Outre les fabuleux souvenirs, avoir cette expérience entrepreneuriale avant 20 ans, en complément de mes études d’ingénieurs, a été fabuleusement enrichissant.

Tu t’es toutefois engagé vers des études plus conventionnelles.

Après 2 ans de prépas j’ai intégré l’Ecole Nationale Supérieure des Techniques Avancées, du groupe Paritech. C’est une école d’application de Polytechnique qui, à l’époque, était dans le top 10, et destinait la plupart de ses élèves aux boites du CAC40. J’en suis sorti diplômé ingénieur, avec une spécialisation en science de l’information, des stage réalisés dans le marketing digital, une forte passion pour le web et…l’envie de créer ma boite.

Toujours dans le monde de l’évènementiel ?

A cette époque j’étais passionné de musique électronique. Avec un ami nous voyagions beaucoup en Europe pour découvrir tous les pendants de cette scène. Nous étions en 2008, et il était très compliqué de s’informer sur les bons endroits où sortir dans des villes pourtant proches comme Prague ou Bratislava. Les guides ne parlaient que des bons restaurants, monuments et musées à visiter. Le concept de “party holidays” commençaient tout juste à faire florès, et de plus en plus de gens nous demandaient des conseils pour savoir où partir en week-end festif.

C’est donc là que vous avez sorti le Guide du Sortard : quel en était le concept ?

Comme son nom l’indique, c’est un Guide du Routard pour ceux qui partent en voyage sans vraiment se focaliser sur les musées. Nous avons rédigé des fiches descriptives ultra détaillés, et avec un ton assez décalé, sur près de 80 discothèques. Une fois le site sorti, l’optimisation SEO a fait le reste : nous avons rapidement frôlé les 10K visiteurs / mois, sans le moindre coût d’acquisition directe. C’était une V1, très artisanale, et la V2 devait intégrer le modèle de monétisation…mais elle n’a jamais vu le jour. Et pourtant : 12 ans après le site est encore en ligne, mais ses fiches ne sont plus mises à jour…pourtant il reçoit encore entre 4 ou 5 000 visiteurs uniques par mois !

Pourquoi ne pas avoir sorti la V2 ?

La crise de 2008 est passé par là. En parallèle du Sortard je vendais du service de développement pour payer les factures. Comme l’explique très bien Rand Fishkin dans Lost & Founder : l’avantage du service c’est qu’il ne suppose aucun investissement initial, contrairement à une startup qui doit pouvoir se financer pendant plusieurs mois, voire
années, pour trouver son modèle. Nous avions 24 ans, aucun capital. À cette époque les investisseurs devenaient frileux, surtout pour une boite sans track record. Mon partenaire a accepté un job chez Microsoft et moi j’ai dû me focaliser sur des clients qui m’achetaient du service. Ça allait durer quelques années. Si vous voulez vraiment monter une startup, et pas
une boite de service, je conseille encore aujourd’hui de s’assurer un financement miminum, pour ne pas céder à des décisions court-termistes.

startup barcelone antoine detis

Les bureaux de Tool4Staffing à Barcelone

De là est né Web H2O, plus tard renommé Upcloud Me ?

Exactement. Nous avons dans un premier temps pris un axe très web et front-office. Notre but était d’aller là où WordPress et les CMS ( ndlr: des outils de gestion de sites Internet ) n’allaient pas. Nous servions beaucoup de startups et d’entreprises dont le modèle nécessitait d’aller plus loin que les frameworks classiques, sans forcément les budgets des grands comptes. Nous avons alors développé une technologie extrêmement innovante, un espèce de “super wordpress” qui nous permettait de générer des plateformes web complètes sans réinventer la poudre à chaque fois.

Pourquoi le changement de marque en cours de route ?

Au bout d’un moment nous avons réalisé que la partie front-office de nos sites n’étaient que la partie émergée de l’iceberg. Le vrai élément structurant, y compris en terme de business model, c’était le back-office, l’outil d’administration. Notre technologie s’est donc focalisée là dessus, jusqu’à ce qu’on nous commande de plus en plus de back-offices…sans aucun
front-office. En gros : des logiciels Saas. Nous y avons vu une opportunité, et avons pivoté vers le “custom Saas” : notre technologie exclusive permettait de faire des logiciels qui cumulaient les avantages du Saas, tout en restant très flexibles. C’est cette techno qui, encore aujourd’hui, est un “unfair advantage” majeur pour Tool4staffing.

Quel a été le déclencheur pour lancer le projet Tool4staffing ?

UpcloudMe se portait bien. Nous étions monté à une dizaine de collaborateurs et croissions organiquement. Notre techno et notre focus Saas nous permettaient de faire des margesbien plus confortables qu’une société de service informatique classique. Mais commercialement nous stagnions, avec une cible trop étendue et peu définie.

L'équipe de Tool4Staffin

L’équipe de Tool4Staffing à Barcelone

Nous avons alors cherché des verticaux sur lesquels nous pourrions scaler plus facilement. Tool4staffing a été un de ces verticaux. Dans un premier temps cela n’a été qu’un produit phare de UpcloudMe, que nous avons prudemment testé et fait évoluer sur 4 ou 5 clients bêta-testeurs. Puis à l’aune de son succès nous avons basculé définitivement début 2018 et
jeté toutes nos forces dans cette bataille.

Tu parlais de la technologie UpcloudMe, mais qu’est-ce que cette expérience du service a apporté à Tool4staffing ?

La technologie est un point important : encore aujourd’hui elle nous permet de rajouter des fonctionnalités à moindre coût, et de faire évoluer le logiciel bien plus vite que la concurrence. Mais cette expérience nous a également munis d’un sérieux bagage en gestion de projet. Tool4staffing est hautement personnalisable et nos clients bénéficient de méthodologies et de process très rigoureux. L’approche projet et le customer care sont dans l’ADN de l’entreprise, plus que si nous avions commencé par un produit.

Même si tu es ingénieur, ton parcours est assez hors du commun, si tu devais y trouver un fil rouge ?

Ca va paraître un peu galvaudé mais je dirais que je me suis toujours intéressé aux gens, à leurs motivations, leurs envies, leurs angoisses. Clients, prospects, partenaires, providers…comprendre l’incentive de tous ces acteurs, y compris ceux dont les enjeux sont parfois loin des nôtres, et les aligner dans un projet commun, c’est ça qui m’éclate. Convaincre un agriculteur de nous prêter son infrastructure pour un événement électro, proposer à des clubs serbes plus de visibilité sur notre site, défendre une conception peu orthodoxe d’une techno face à des développeurs, comprendre les difficultés des recruteurs face à un marché du recrutement en pleine transformation, intégrer des startups HRTech à notre plateforme…je crois que comprendre les autres et leurs proposer des solutions, plutôt qu’arriver avec ses préjugés/intuitions, c’est ça le secret des projets qui fonctionnent.

 

 

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