Hélicoptères : le problème qui plane sur Barcelone

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Barcelone vue du ciel. Ses plages, ses monuments, son stade… Dans la capitale catalane, les touristes se sentent parfois pousser des ailes pour voir la ville sous un angle inédit. Mais à quel prix ? 

A en croire la plupart des Barcelonais, les hélicoptères touristiques n’existent pas. Pourtant, il faut attendre une semaine avant de pouvoir grimper dans l’un d’entre eux, tant la demande est forte. Ils survolent toute la côte. Et ce, cinq jours sur sept par semaine. Au moins.

A bord de ces vols privatisés ? Des touristes espagnols ou étrangers. « C’est 50-50 », assure Jorge Romero, le chef des opérations de Barcelona Helicoptéro, l’une des trois entreprises barcelonaises.

« Il ne faut pas voler très haut, sinon on ne voit rien »

Le tour le plus court dure 12 minutes à Barcelone, et peut monter à 35 minutes en allant dans les montagnes. Ce sont autant de fois où les habitants des quartiers de bord de mer, et de la vieille ville, aperçoivent ou entendent les hélicoptères depuis leurs terrasses.

« Nous volons à environ 1.500 mètres de haut. Il ne faut pas voler très haut, sinon on ne voit rien. Les gens doivent pouvoir deviner les choses », précise le pilote de Barcelona Helicoptéro. La plus basse altitude autorisée par le Gouvernement est de 800 mètres. Côté distance, les engins s’écartent tout de même des plages, de 200 à 300 mètres. Histoire qu’en cas de problème, l’hélicoptère tombe dans l’eau.

Mais avec une distance si proche, comment ne pas l’entendre ? L’engin serait-il silencieux ? « C’était définitivement bruyant », répond Rebecca, une touriste londonienne qui s’était essayée au vol en 2019.

Par manque de fréquence, alors ? Peu probable. Les pilotes de Barcelona Helicoptéro peuvent voler jusqu’à 16 fois par jour. « Mais nous volons à des heures non dérangeantes, entre 10h et 14h », indique Jorge Romero. Cela peut toutefois varier en fonction des saisons. Les autorisations s’étendent depuis l’heure suivant le lever du soleil, jusqu’à celle d’après son coucher.

Des vols qui passent inaperçus ?

Mais certains Barcelonais ont l’ouïe fine. « Je les entends surtout les week-ends. Ils partent du port et font leur tour par la côte », témoigne Joaquín Martín. Lui habite dans le quartier de Fort Pienc, à deux pas de Passeig Sant Joan. Et à 3 km de la plage. C’est avant tout là-bas, selon lui, que les habitants pourraient être dérangés. « Ici, ça s’entend mais bon. Ça va ».

Il faut dire que le brouhaha lointain des hélicoptères se font dans la masse. « De toute façon, il y a beaucoup de bruit », souligne la vice-présidente de l’association des voisins de Fort Pienc. Même son de cloche pour le quartier Raval. Entre les bouchons, les voitures et les motos, les habitants de la vieille ville deviennent presque des « habitués ».

Ajouté à ce mélange, le bruit d’un hélicoptère sur la côte passe inaperçu. « Je ne savais même pas que ces tours existaient. Mais si c’est durant la journée, à des heures décentes, ça va », relativise Antonio Martínez Gómez, président de l’association des voisins du Raval.

« C’est insupportable »

Enfin, ça dépend. En 2005, le syndicat de Greuges s’indignait de « l’agression sonore produite par les vols d’hélicoptères touristiques ». Il dénonçait des vols trop bas, de l’entreprise Cathelicopters notamment, gênant « les voisins qui habitent les étages les plus élevés des immeubles ».

Eva vit à Citutat Vella. « Et quand un hélicoptère survole le quartier, surtout s’il vole bas, c’est insupportable. Les vitres du balcon tremblent par l’écho, à cause des rues étroites. Alors, je n’ose même pas imaginer les vols touristiques, où il faut voler bas sinon les touristes ne voient rien ». 

Vidéo : Eva V.

Des vols de la Guardia Civil, aussi

Il est vrai qu’en décembre dernier, celui de la Guardia Civil de Barcelone ne pouvait pas se vanter de sa discrétion. L’intervention anti-drogue en avait réveillé plus d’un. « Pourquoi il y a un hélicoptère ? Il y a un feu ? », « Pourquoi un hélicoptère survole Barcelone à cette heure ? », pouvait-on lire sur Twitter.

Mais Jorge Romero rassure. Selon lui, seuls les hélicoptères de la police sont autorisés à voler si bas en ville. « Il y a des règles à respecter en ville, c’est compliqué », explique celui qui effectue, aussi, des vols d’urgences médicales. Les autorisations pour les vols touristiques sont limitées.  Prendre de la hauteur à Barcelone, par simple plaisir, reste donc limité à la mer. Il y a pire tout de même.

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