Malgré un taux de tabagisme et de consommation d’alcool supérieur à la moyenne, l’Espagne se hisse de nouveau sur le podium mondial de l’espérance de vie. Comment expliquer ce paradoxe ? Système de santé performant, alimentation méditerranéenne, climat doux et sociabilité semblent former le secret d’une longévité à l’espagnole.
Selon le rapport Health at a Glance 2025 de l’OCDE, l’Espagne a atteint une espérance de vie de 84 ans, un record historique qui la place sur la troisième marche mondiale, derrière seulement quelques pays comme le Japon ou la Suisse. Cette réussite peut surprendre quand on sait que près de 20 % des adultes fument quotidiennement et que la consommation d’alcool dépasse la moyenne des pays développés.
Pour comprendre cette longévité, il faut considérer « la combinaison de plusieurs facteurs protecteurs », insiste le Dr Miralles de la Fondation Santé et Vieillissement de Barcelone, notamment l’accès aux soins, le soutien familial et la possibilité de pratiquer une activité physique régulière.
L’alimentation méditerranéenne et le mode de vie
Le régime méditerranéen reste un pilier : légumes, fruits, poisson et huile d’olive limitent l’impact des maladies cardiovasculaires et métaboliques. L’Espagne affiche un taux d’obésité inférieur à la moyenne OCDE (15 % contre 19 %) et seulement 3,6 % de la population est diabétique, contre 8,6 % en moyenne.
L’activité physique et le plaisir de vivre jouent un rôle clé. Bárbara Martínez, 90 ans, qui donne des cours de gymnastique gratuits à la plage de Bogatell a reçu en novembre dernier la Médaille d’Honneur de la Ville de Barcelone pour avoir promu la santé à travers le sport, résume son quotidien « Je me lève à six heures, je range ma maison, je sors mon chien et je vais à la gymnastique. » Avec un grand sourire, Barbara insiste sur le partage : « Je suis millionnaire ! Il n’y a pas d’argent qui puisse payer la joie que je vois sur les visages des gens. » Sa philosophie ? Discipline, bonheur et entraide. Ces habitudes quotidiennes nourrissent à la fois énergie, santé et sociabilité.
Le climat doux et ensoleillé favorise l’activité physique et le bien-être psychologique. Les liens sociaux sont également cruciaux : « disposer de relations solides améliore la qualité de vie et la santé mentale », rappelle Aida Solé-Auró, sociologue à l’Université Pompeu Fabra. Les repas partagés, les interactions fréquentes et les réseaux familiaux solides réduisent le stress et prolongent la vie.
Avec 4,4 médecins pour 1 000 habitants, un nombre suffisant de pharmaciens et de soignants pour personnes âgées, l’Espagne assure aussi un suivi médical attentif. Le Dr Miralles souligne que « les personnes peuvent facilement accéder aux soins primaires, contrôler les facteurs de risque cardiovasculaire et participer aux programmes de dépistage précoce du cancer », ce qui contribue directement à la longévité. La médecine moderne se concentre également sur l’accompagnement et le confort des personnes âgées afin que leurs dernières années restent dignes et autonomes.
Les défis d’une population vieillissante
Car l’Espagne fait face à un vieillissement rapide de sa population. La pyramide des âges se rétrécit à sa base et s’élargit dans les générations supérieures. La natalité continue de baisser : en 2024, seuls 318 005 enfants sont nés, soit 0,8 % de moins qu’en 2023, marquant le niveau le plus bas depuis le début des registres de l’INE (Institut National de Statistiques) en 1941. Pour la huitième année consécutive, le solde végétatif reste négatif, avec 116 056 décès de plus que de naissances.
Dans ce contexte, le défi est d’augmenter l’espérance de vie « sans incapacité », pour que les années gagnées soient vécues de manière autonome et signifiante, explique le docteur Miralles. Les dernières années de vie doivent rester dignes, avec un soutien adapté pour les maladies chroniques. Même avec Alzheimer, Parkinson, diabète ou insuffisance cardiaque, la prévention et les environnements favorables permettent de continuer à participer à la société.

