Depuis la pandémie, les sorties culturelles et nocturnes se font plus rares, la tendance à rester davantage chez soi s’ancre durablement dans toute l’Europe. La capitale espagnole semble faire figure d’exception. Reportage.
Photos : Cocorico Madrid
Un mardi soir en fin d’après-midi le quartier de Chamberí, le bar-restaurant Castizo est en pleine préparation. « Ça se remplit tous les jours de la semaine, il y a toujours le monde, et pourtant à 5 euros le verre, on ne peut pas dire que ce soit pour les prix ! » Jess, serveuse, vit depuis 10 ans à Madrid. La jeune Hondurienne est désormais habituée à une vie nocturne qui ne s’arrête jamais, dans les quartiers populaires comme dans les zones plus chics, comme ici.
« Il y a toujours eu une offre de sorties du lundi au dimanche, mais l’évolution est hallucinante depuis que je suis arrivé », raconte Rémi Escanade, Français installé à Madrid depuis 2011 et associé du groupe gastronomique haut de gamme Azotea Grupo. « Depuis le Covid, l’offre a explosé, et en particulier l’offre de qualité ». La fermeture européenne des établissements nocturnes durant la pandémie a remis Madrid sur le devant de la scène.
La capitale espagnole était « le seul endroit d’Europe où on continuait de faire la fête », se rappelle le directeur artistique. Fêtes clandestines, fêtes en restant assis et séparés, mais fêtes quand même. « Madrid s’est fait connaitre comme la destination où aller pour bien manger et pour l’ambiance ». Les prix, au passage, ont fortement augmenté, au grand dam des Madrilènes… qui n’en ont pas pour autant arrêté de sortir. Si la ville attirait auparavant pour ses bières pas chères, elle mise désormais sur la qualité.
Capitale européenne de la fête
L’année dernière, Madrid a ainsi été désignée par le magazine Time Out comme la capitale européenne de la fête, et deuxième destination mondiale après Las Vegas. Plusieurs atouts l’ont propulsée en tête du classement : la qualité de son offre nocturne mais aussi la diversité et le nombre d’établissements. « Madrid a su se réinventer et proposer une offre de vie nocturne qui n’a rien à envier aux grandes capitales mondiales. Le fait qu’elle dépasse des destinations comme Ibiza dans un classement international montre que la ville est devenue un véritable pôle d’attraction pour un public haut de gamme », avait alors déclaré David de las Heras, directeur de l’iconique club Teatro Kapital. Le restaurant situé au dernier étage de la discothèque mise d’ailleurs sur une expérience à la fois festive et gastronomique. Et dans l’ensemble de la ville, le nombre d’établissements étoilés a doublé en 10 ans.
Mais la capitale espagnole ne surfe-t-elle pas tout simplement sur une popularité post-covid qui dure un peu ? Une mode éphémère ? « Cela fait quelques années que l’on dit que c’est une bulle, que ça va exploser, mais les nombreuses discothèques de la ville sont toujours pleines, et les restaurants sont pleins une semaine avant, il faut parfois réserver trois semaines en avance pour avoir une table », analyse Rémi Escande.
Pour ce spécialiste de l’événementiel, l’innovation et l’audace sont au coeur du succès madrilène. On ne s’y contente pas d’ouvrir des restaurants, on y invente des concepts. « C’est de plus en plus obligatoire d’avoir un DJ, ou un spectacle, un magicien, ça fait un peu partie de ce qu’on attend d’une soirée maintenant à Madrid ». Les restaurateurs osent, les Madrilènes suivent. Avec enthousiasme et, promet le Français, « une ambiance de malade n’importe quel jour de la semaine ».

