Madrid séduit de plus en plus d’entrepreneurs français. Entre dynamisme économique, qualité de vie et ouverture vers l’Amérique latine, la capitale espagnole s’impose comme une destination privilégiée et stratégique.
« Madrid est devenue une clé pour le développement à l’international des startups françaises », affirme Blandine Weill, CEO de Spark Island, un groupe de loisirs créé l’an dernier.
La capitale espagnole est aujourd’hui une destination à la mode dans le monde de l’entrepreneuriat. « Un phénomène qu’on a déjà vu à Londres, il y a une quinzaine d’années », précise Philippe Chaplain, entrepreneur arrivé en 1992 en Espagne. En trente ans, il a vu Madrid changer de statut. « Avant, l’Espagne attirait moins, notamment à cause d’un pouvoir d’achat plus faible que dans d’autres pays européens. Aujourd’hui, l’écart se réduit », constate-t-il.
La ville est désormais dans le Top 10 européen pour l’investissement dans les startups avec 1,2 milliard d’euros, et numéro 1 en Espagne devant Barcelone. Un tournant s’est opéré à la fin des années 2010, entre les tensions sur l’indépendance de la Catalogne et la pandémie de Covid. « Madrid n’a pas pâti de l’arrêt économique, au contraire, elle a enregistré de nouveaux visiteurs », note Philippe Chaplain. La ville a œuvré pour faciliter l’installation de talents, étudiants comme entrepreneurs.
Selon l’agence publique Invest Madrid, les entreprises françaises ont investi plus de 3,7 milliards d’euros par an en Espagne, au cours des cinq dernières années, dont environ 74 % en Communauté de Madrid.
Blandine Weill parle même de « cœur névralgique quand on veut faire du business en Espagne. Depuis quelques années, beaucoup de startups françaises tech ont mis de grands moyens en Espagne. Historiquement, c’était plus les Etats-Unis, l’Allemagne ou l’Angleterre, mais l’Espagne est passée à la troisième place pour les filiales et les employés».
Qualité de vie et accueil chaleureux
Les entrepreneurs franchissent les Pyrénées pour plusieurs raisons. La première : quitter un marché français « saturé, compétitif », précise Philippe Chaplain. À Madrid, la mentalité joue un grand rôle. « Je me suis senti le bienvenu, entouré de gens ouverts et désireux de faire avancer les choses », confie-t-il. Il vante également un environnement plus simple pour entreprendre : « il y a un cadre administratif et fiscal plus souple qu’en France ».
Arrivé à Madrid « un peu par hasard » depuis Lisbonne, Julien Chauvin a opté pour la capitale espagnole pour sa « qualité de vie, le soleil, son dynamisme et la sécurité, notamment pour les enfants ». Co-fondateur d’EVA Madrid, une société de loisirs en réalité virtuelle, il souligne que ces critères étaient prioritaires pour son installation.
Blandine Weill ajoute que l’accès au marché ibérique est stratégique : « Quand on internationalise une startup, l’Espagne est un must-have. Et ça ouvre ensuite la porte vers l’Amérique latine ».
Une passerelle pour l’Amérique latine
Philippe Chaplain abonde : « mettre le pied en Espagne, c’est aborder l’énorme marché d’Amérique du sud ». Il prend l’exemple de son fils, engagé dans une entreprise spécialisée dans l’IA et la radiologie : « Ils l’ont embauché pour attaquer le marché portugais avant d’enchaîner par le Brésil ».
Profitant de cet attrait, l’Espagne s’impose comme une première étape et rattrape son retard. Son marché se solidifie et représente une opportunité pour les pays européens qui souhaitent étendre leur business. « La population grandit et beaucoup d’immigration arrive en Espagne, constate l’entrepreneur. Ils vont légaliser 500 000 travailleurs d’un coup. Ça fait penser à la France des années 70, 80 ».
Parmi les nouveaux arrivants, Philippe Chaplain constate une diversité de profils : « On voit de tout : fintech, intelligence artificielle, alimentaire, logistique… c’est très varié, ça se croise avec la force de l’Espagne dans les services ».
Il vient lui-même de monter sa deuxième affaire en Espagne. Toutes deux dans l’immobilier. Il observe un apport international dans la création d’entreprises, notamment dans la finance.
Eldorado sous conditions
Maîtriser l’espagnol est également un atout. « Si on veut tout faire en anglais ça ne marche pas », prévient Blandine Weill. Lancer une entreprise à Madrid est plus simple qu’en France, mais vigilance et préparation restent indispensables : « il y a un parcours, beaucoup de formalités », rappelle-t-elle. Des propos confirmés par l’expérience de Julien Chauvin. Son affaire a mis un peu de temps à trouver son rythme, par manque de notoriété et une localisation un peu excentrée. « On est dans un endroit qui n’est pas très passant, c’est beaucoup de bouche à oreille et de communication ».
Il constate quelques avantages par rapport à la France : salaires et charges plus faibles, flexibilité pour recruter et licencier, ce qui rend l’investissement humain plus simple et moins risqué que dans l’Hexagone.
Philippe Chaplain, également ambassadeur à Madrid de La Peña Business Club, conseille de ne pas rester seul : « c’est un guichet unique pour répondre aux questions fiscales, comptables, pour trouver des talents ou se renseigner sur la scolarisation des enfants. Ça permet de partager avec une communauté active et de conserver un contact avec ses racines françaises ».
Julien Chauvin ajoute que des réseaux comme Mazette ou Frenchfounders ont été précieux pour lancer son activité. Certains sont notamment venus tester ou faire des team buildings.
Blandine Weill, ancienne présidente de la French Tech à Madrid, conseille aussi de prendre un café avec les gens avant de se lancer : « L’Espagnol, et le Madrilène en particulier, ouvre plus facilement ses portes qu’avec des appels à froid ».
Pour le futur, Philippe Chaplain voit des opportunités dans tous les secteurs liés à la consommation et aux services, mais aussi dans le renouvelable ou la pharmacie. Il se montre positif car « l’Espagnol est un bon consommateur. Quand il aime, il y va à fond. Et quand il n’aime pas, ça se voit tout de suite ».
Madrid n’est peut-être pas encore la capitale européenne des startups. Mais pour de nombreux entrepreneurs français, c’est un endroit où tout semble plus accessible et accueillant, et où il reste encore de la place pour se lancer.








