Espagne insomniaque : nuits blanches au pays de la sieste

Près de 4 Espagnols sur 10 souffrent d’insomnie, faisant du pays un des plus touchés d’Europe avec l’Italie. Entre bruit urbain, rythmes de vie effrénés et lumière artificielle, dormir devient un véritable défi.

L’Espagne dort mal, et pas seulement les seniors. Selon la Société Espagnole de Neurologie (SEN), 43,3 % des adultes présentent des symptômes d’insomnie, et 14 % souffrent d’insomnie chronique. Le problème touche toutes les générations, mais les femmes sont plus affectées que les hommes, notamment en raison du stress, des charges familiales et de différences hormonales.

Une étude menée en 2025 par la marque Amazfit, spécialisée dans les objets connectés comme les montres ou bracelets intelligents permettant de suivre le sommeil et la fréquence cardiaque, comparait le sommeil des habitants du Royaume-Uni, de France, d’Allemagne, de Pologne, d’Italie et d’Espagne. Les résultats sont frappants : Espagnols et Italiens sont ceux qui dorment le moins. Plus d’une personne sur deux dort moins que le nombre d’heures recommandé pour un repos réparateur.

Des habitudes qui coûtent cher

Pour compenser le manque de sommeil, les Espagnols se tournent massivement vers les médicaments. Le pays est le premier consommateur européen de benzodiazépines, des somnifères comme le Xanax ou le Diazépam. Le coût est considérable : plus de 100 millions d’euros dépensés chaque année.

Mais ce ne sont pas seulement les médicaments qui sont utilisés : les compléments naturels ont trouvé un marché florissant. Selon le Conseil Général des Collèges Pharmaceutiques, plus de 550 produits en pharmacie contiennent des substances favorisant le sommeil. On retrouve notamment la mélatonine, la valériane, la passiflore, le tilleul ou l’amapola de Californie. Ces produits sont particulièrement utilisés par les jeunes et les séniors pour améliorer la qualité du sommeil, souvent sans avis médical.

Le recours aux compléments naturels

Face à la crise du sommeil, les compléments naturels sont devenus une solution répandue. Selon la Société Espagnole de Neurologie, 48,7 % des séniors de 55 à 64 ans utilisent des produits pour améliorer leur sommeil, contre 31,6 % pour les 45-54 ans et 29,7 % pour les 25-34 ans. Chez les jeunes, l’usage est souvent orienté vers la performance physique ou mentale.

La mélatonine, les plantes comme la valériane, la passiflore, le tilleul ou l’amapola de Californie peuvent aider à l’endormissement, mais les experts avertissent : ces solutions ne corrigent pas les causes profondes de l’insomnie. Stress, rythmes de vie irréguliers, lumière artificielle et bruit urbain continuent d’affecter la qualité du sommeil, même chez ceux qui prennent des compléments.

Un autre point préoccupant : la libre utilisation de la mélatonine chez les enfants, parfois sans avis médical, a récemment été signalée comme un problème par la Société Espagnole du Sommeil. Les parents se basent souvent sur des conseils d’amis ou d’internet plutôt que sur des recommandations médicales, ce qui peut avoir des effets sur le développement du rythme circadien (l’horloge interne du corps).

Barcelone : le sommeil perturbé par la ville

À Barcelone, considérée comme la ville la plus bruyante d’Europe, le bruit constant et la lumière artificielle perturbent le rythme circadien, fragilisant le sommeil réparateur. David, 42 ans, Belge installé à Barcelone depuis plusieurs années, raconte son expérience « Je dors mieux ici qu’en Belgique, mais sans ma marijuana, ça ne va vraiment pas. Ça fait plus de 25 ans que je souffre de troubles du sommeil. Je me réveille toutes les cinq heures, je referme les yeux mais je ne dors plus vraiment. Je me réveille de mauvaise humeur, je deviens passif et je n’ai pas l’énergie pour faire une activité. Je reste sur mon canapé… et je ne dors pas. »

Un constat partagé par Florent, 44 ans, originaire de région parisienne, installé à Barcelone depuis plus de vingt ans « Depuis que je suis arrivé à Barcelone, je dors beaucoup moins bien. Je trouve que l’isolation des bâtiments est très mauvaise… c’est un gros problème pour la qualité du sommeil. » Comme beaucoup d’habitants, il pointe du doigt les nuisances sonores constantes « Je me fais réveiller deux ou trois fois par nuit… souvent vers une heure du matin, puis quatre ou cinq heures… et parfois ce sont simplement les camions poubelles. »

Face à ces troubles, il a dû adapter ses habitudes « Je suis obligé de prendre de la mélatonine à effet prolongé, quasiment depuis que je suis arrivé. »

Avec le temps, les conséquences deviennent lourdes « Je n’ai pas un sommeil réparateur… ça m’affecte dans mon travail, dans mes relations personnelles et sur ma santé. Je tombe beaucoup plus régulièrement malade. » Malgré son attachement à la ville, il admet envisager un départ « J’adore cette ville… mais je me dis que j’apprécierais de vivre en dehors, dans un endroit plus tranquille pour récupérer des nuits calmes. »

Leurs témoignages illustrent le cercle vicieux de l’insomnie dans les grandes villes : fatigue chronique, recours aux substances et dégradation de la qualité de vie.

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Image de Anaïs Bertrand

Anaïs Bertrand

Diplômée de l’ESJ Paris, Anaïs Bertrand est journaliste à Barcelone depuis plus de dix ans. Elle collabore également avec Radio France, France Télévisions, M6 et Canal+, où elle couvre l’actualité espagnole sous ses angles politique, social et culturel.
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Anaïs Bertrand

Diplômée de l’ESJ Paris, Anaïs Bertrand est journaliste à Barcelone depuis plus de dix ans. Elle collabore également avec Radio France, France Télévisions, M6 et Canal+, où elle couvre l’actualité espagnole sous ses angles politique, social et culturel.
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