Selon l’estimation publiée par l’Institut national de statistique (INE), l’inflation atteint 3,3 % en mars, soit un point de plus qu’en février. Il s’agit du niveau le plus élevé depuis juin 2024, et de la progression mensuelle la plus marquée depuis près de quatre ans.
Photo : Clémentine Laurent
Cette remontée s’explique principalement par l’augmentation du prix des carburants, liée à la hausse du pétrole sur les marchés internationaux dans le contexte du conflit entre les États-Unis, Israël et l’Iran. La flambée énergétique observée depuis la fin février se répercute directement sur les ménages espagnols, qui voient leurs dépenses de transport et d’énergie augmenter.
En revanche, l’inflation sous-jacente, qui exclut l’énergie et les produits alimentaires non transformés, reste stable à 2,7 %, identique au niveau enregistré en février. Un élément qui confirme que la hausse actuelle provient essentiellement du choc énergétique plutôt que d’une augmentation généralisée des prix.
D’autres facteurs contribuent toutefois à cette évolution. La comparaison avec mars 2025, marqué par une forte baisse de l’électricité grâce à une production hydraulique élevée, accentue mécaniquement l’augmentation actuelle. La progression du pétrole renforce encore cette tendance, même si la montée en puissance des énergies renouvelables limite partiellement l’impact sur la facture électrique, selon le ministère espagnol de l’Economie.
Mais l’inflation pourrait bien se généraliser dans les prochaines semaines et les prochains mois. La hausse du coût des carburants se répercute sur le prix du transport, et donc progressivement sur les prix des biens et services. Les économistes évoquent également un risque d’effet rebond si les entreprises répercutent ces coûts sur leurs prix ou si les salariés réclament des augmentations pour compenser la perte de pouvoir d’achat.
Plan gouvernemental contre l’inflation
Face à cette hausse, le gouvernement espagnol a annoncé des mesures fiscales sur l’énergie. Selon certaines estimations, elles pourraient représenter jusqu’à 90 euros d’économies d’ici juin pour les automobilistes. Malgré ces mesures, les prix restent soumis aux tensions internationales, notamment sur le diesel, influencé par le coût du pétrole et du transport maritime.
L’OCDE prévoit désormais une inflation autour de 3% en Espagne pour l’ensemble de l’année, à condition que le conflit ne s’aggrave pas. Une prolongation de la guerre pourrait entraîner une nouvelle hausse des prix de l’énergie, avec des effets plus larges sur l’économie.
Malgré ce contexte, les grandes données macroéconomiques restent solides. Le chômage est passé sous la barre des 10% pour la première fois depuis 17 ans, et la croissance espagnole a atteint 2,8% en 2025, un rythme bien supérieur à celui de plusieurs grandes économies européennes.





