L’Espagne s’attend à un pic touristique favorisé par le conflit au Moyen-Orient. Les réservations en montrent déjà les premiers frémissements.
« On ne peut pas le dire trop fort, mais oui, la guerre va nous ramener beaucoup de monde en Espagne ». Pour cet hôtelier français installé en Catalogne, le mouvement a déjà commencé. Depuis quelques semaines, son établissement reçoit davantage de réservations de dernière minute pour des séjours touristiques et, surtout, des séminaires d’entreprises. « Les sociétés qui avaient prévu des séjours plus lointains se rabattent sur des destinations sûres comme la nôtre, nous avons reçu des demandes pour des groupes d’assez grande taille et avec très peu d’avance, ce qui est vraiment inhabituel ». Un constat partagé par plusieurs organisations du secteur qui indiquent que les espaces de conférences sur la côte espagnole sont presque complets pour avril et mai, les entreprises y transférant des événements initialement prévus à Dubaï.
Selon les estimations de Turespaña, l’agence de promotion touristique espagnole, le pays va battre un nouveau record de dépenses de touristes internationaux en mars et avril, avec 21 milliards d’euros et 15 millions de visiteurs. « On observe à court terme une réorientation du tourisme depuis la Méditerranée orientale vers la Méditerranée occidentale, a déclaré cette semaine le ministre du Tourisme Jordi Hereu, cela se traduit par un déplacement des flux depuis des pays comme la Turquie ou l’Égypte vers d’autres destinations comme l’Italie, la Grèce ou l’Espagne. » Une situation similaire avait déjà été observée lors des dernières grandes crises mondiales : la pandémie et la guerre en Ukraine.
Tourisme national
Depuis le début du conflit au Moyen-Orient, une forte hausse des réservations de vols depuis le Royaume-Uni a parallèlement été observée vers les destinations espagnoles. Ryanair et Jet2 ont indiqué que les recherches pour Málaga, Alicante et Palma avaient augmenté de 30 % en mars. L’Andalousie est pour l’instant la région qui enregistre la plus forte hausse de réservations, suivie par Madrid et Barcelone.
La Catalogne, région la plus visitée du pays, espère bien tirer son épingle du jeu en attirant les touristes internationaux en quête de destination stable, mais aussi les touristes espagnols qui reporteront leurs voyages plus lointains. « Une grande partie du public national ne voyagera pas » et restera sur le territoire pour les vacances de Pâques, estime le syndicat catalan des restaurants et discothèques. Selon les professionnels du secteur, face à l’« incertitude » mondiale, la Catalogne et les autres régions du littoral s’imposent comme un « lieu refuge » pour de nombreux voyageurs.
« Habituellement, l’Espagne capitalise sur ces grandes crises mondiales qui touchent d’autres grandes destinations touristiques, même si c’est encore un peu tôt pour le dire, ajoute notre hôtelier, nous nous attendons surtout à une augmentation pour mai et juin ». Le secteur, qui pensait avoir touché son plafond de verre l’année dernière avec 97 millions de touristes, pourrait bien battre encore tous ses records.





