Depuis plusieurs décennies, La Jonquère et Le Perthus, à la frontière franco-espagnole, constituent un véritable paradis du shopping pour Français de passage. Mais dans un contexte inflationniste, où le niveau de vie se ressert entre les deux pays, le détour en vaut-il encore le coup ? Reportage.
Un dimanche après-midi ensoleillé d’avril à La Jonquère. Les voitures affluent sans interruption sur les immenses parkings récemment habilités dans cette zone commerciale géante, en bord d’autoroute. L’immense majorité arbore une plaque d’immatriculation française, et presque tous les départements sont représentés.
« Nous avons passé 4 jours à Barcelone, et nous faisons un petit arrêt sur le chemin », explique Aurélie, originaire de Dijon. Dans son caddie, plusieurs bidons de lessive et d’adoucissant, de l’huile d’olive, du Pastis et de la charcuterie. « La lessive à 4,50 euros et le saucisson à 1 euro, c’est imbattable ! « , rit-elle, sans se faire trop d’illusion toutefois sur la qualité des produits. La famille de trois enfants reprendra la route, après un ultime crochet à la station-essence, où la différence de prix avec l’Hexagone peut dépasser les 40 centimes par litre, grâce aux mesures gouvernementales espagnoles. « Rien que pour ça, ça vaut le coup de s’arrêter ».
Evelyne, venue avec parents et enfants, repart avec deux caddies pleins. « Surtout de l’alcool, jusqu’à 30-40% moins cher qu’en France, de la lessive premier prix, beaucoup moins chère que nos premiers prix en France, de l’huile d’olive et de la charcuterie », énumère joyeusement la quinquagénaire, expliquant ramener des provisions pour toute sa famille. « Je fais aussi un peu de stock, avec l’inflation qu’on va avoir avec la guerre, ça me fait penser à l’époque du confinement », reconnait-elle.
La crainte d’une nouvelle inflation
Pour Eve, la quarantaine, il y a aussi un petit relent de pandémie dans l’air. « On voit que les gens font plus de stocks, et franchement je les comprends, moi je travaille dans l’événementiel et j’ai surtout pris de gros paquets de bonbons, un peu d’alcool et des petits gâteaux ». La crainte d’une nouvelle hausse des prix liée au conflit au Moyen-Orient accélère la nécessité de la chasse aux bonnes affaires. « Oui, je fais des stocks ! », confirme Lucie, la trentaine et deux caddies pleins à ras bord. « Ça vaut le coup surtout sur les parfums, les cigarettes et l’alcool, on fait beaucoup d’économies ». La jeune Toulousaine, qui vient souvent depuis son enfance, estime toutefois que c’est moins intéressant que dix ans auparavant. « On voit que les prix ont augmenté ici aussi ».

L’Espagne a lentement rattrapé le niveau de vie européen au cours des 20 dernières années, même s’il reste encore légèrement inférieur, et surtout, a subi une plus forte inflation depuis la pandémie et la guerre en Ukraine. Depuis 2021, le coût de la vie a augmenté de 20% et les aliments de 40%.
Le royaume du low-cost
Alors si les prix restent parfois bien plus intéressants qu’en France sur certains produits, notamment à cause des taxes appliquées, c’est aussi sur la qualité que rognent les supermarchés frontaliers, véritables paradis du low-cost. « La charcuterie premier prix, on la trouve au même tarif dans un supermarché discount de Barcelone, explique Stéphane, Perpignanais qui vit dans la capitale catalane depuis une quinzaine d’années, mais c’est vrai que tu fais des affaires en achetant de grosses quantités, par exemple la bouteille d’un litre de Baileys est au même prix que 75 cl à Barcelone ». Idem sur les bidons d’huile d’olive, les maxi-paquets de bonbons ou autres gels douche. Lui fait parfois le crochet quand il rentre en France, mais « pas systématiquement » et uniquement parce que c’est à côté de l’autoroute.
Nombreux sont d’ailleurs les frontaliers qui préfèrent désormais se rendre dans un supermarché Mercadona, notamment à Figueres, pour trouver un peu plus de variété avec les mêmes prix bas, voire « encore moins cher », nous confie par téléphone un retraité dans un village français proche de la frontière. Mais quelle que soit la destination, faire quelques courses en Espagne reste avantageux pour les prix encore légèrement inférieurs, mais aussi pour un peu d’exotisme et de diversité.





