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Carles Puigdemont annonce au parlement européen la « révolution catalane tranquille »

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Le président catalan Carles Puigdemont, le vice-président Oriol Junqueras et le ministre des Affaires étrangères Raul Romeva étaient ce mardi au parlement européen pour défendre leur demande de référendum d’indépendance de la Catalogne. Une action qui déclenche les polémiques en Espagne.

Le président du gouvernement catalan l’a rappelé sur les ondes d’Equinox en décembre dernier : un référendum portant sur l’indépendance de la Catalogne aura bel et bien lieu en septembre prochain. Reconnu ou non par l’Etat espagnol, Carles Puigdemont ajoutait toujours sur notre antenne que l’indépendance serait déclarée unilatéralement si le oui gagnait avec 50% des votes plus une voix. Devant le refus du gouvernement espagnol d’autoriser la tenue d’un référendum légal, les dirigeants catalans veulent à tout prix internationaliser le débat. Dans ce climat de haute tension, on comprend l’envie et le besoin du gouvernement catalan de s’exprimer au sein du parlement européen.

Cependant les portes ne s’ouvrent pas facilement. L’exécutif catalan n’a pas pu s’exprimer dans l’hémicycle du parlement, mais dans une petite salle annexe devant 350 députés européens. De plus, la traditionnelle réception parlementaire des voeux a été programmée à la même heure. La délégation catalane crie au complot, persuadée que la diplomatie espagnole est derrière ce contre-temps. « Totale coïncidence » répond-on du côté du parlement européen.

Déclaration d’amour à l’Europe

C’est le conseiller catalan des Affaires étrangères Raul Romeva qui a débuté la conférence, pour faire une véritable déclaration d’amour à l’Europe. L’ancien député européen s’est exprimé en catalan, en espagnol, en anglais et en français pour rappeler que « l’Europe est une idée chère au coeur des Catalans, qui sont inquiets pour leur avenir » avant d’ajouter : « nous ne venons rien réclamer, simplement nous expliquer sans intermédiaire (…), nous avons le sentiment de faire partie de l’Europe qui reste une source d’inspiration pour notre réalité ». Le ministre de l’Économie catalan Oriol Junqueras a dénoncé le gouvernement espagnol qui selon lui « a depensé l’argent du fond des retraites pour régler les frais courants », avant de se féliciter du fait que « la Catalogne progresse plus vite économiquement que le reste de l’Europe », leitmotiv souvent répété par les indépendantistes.

Le président catalan Carles Puigdemont s’est ensuite exprimé en français pour annoncer rien de moins que la « révolution catalane tranquille ». Après avoir longuement souligné le rôle qu’ont joué les Catalans dans la démocratie espagnole (en soutenant Madrid lors de l’entrée dans la zone euro, pendant les années de plomb du terrorisme basque ou encore pendant la crise économique), C. Puigdemont s’est plaint du traitement réservé à la Catalogne par l’Etat central. Le président catalan a indiqué aux représentants européens que le conflit politique avec l’Espagne durait depuis 2010, année au cours de laquelle le tribunal constitutionnel a rejeté le texte du statut d’autonomie qui donnait plus de pouvoir à la Catalogne.

Carles Puigdemont a déploré que le gouvernement espagnol ne veuille pas dialoguer avec la Catalogne pour organiser un référendum. « Nous sommes prêts à tout négocier avec l’État espagnol : la date, la question, le niveau de participation » a-t-il expliqué. Le chef de l’exécutif catalan a également assuré que le référendum aurait bien lieu en septembre prochain, et que si l’option indépendantiste gagnait, la transition vers le nouvel État « se ferait d’une manière ordonnée, avec la sécurité juridique et les meilleures garanties(…) dans le cadre de l’Union européenne, en accord avec les normes européenne »

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Le gouvernement catalan au parlement européen

La Catalogne gagnerait des appuis internationaux

Selon nos confrères du journal « Es Diaro », les services de renseignements espagnols auraient remis une note au président Mariano Rajoy afin de l’informer que la diplomatie catalane avait obtenu, officieusement, des avancées significatives en Autriche, Slovénie, Croatie, République tchèque, Slovaquie et Hongrie. Ces pays se seraient montrés plutôt favorables à l’idée d’un référendum séparatiste en Catalogne, ouvrant une brèche dans la puissante diplomatie espagnole qui cherche à torpiller la campagne internationale catalane. Il faut cependant nuancer cette information par le fait que les « petits pays de l’Est » sont en tension permanente avec les membres fondateurs de l’Union européenne notamment sur la question des migrants. On peut supposer que ce groupe de pays peut se servir du conflit catalan pour tenter de déstabiliser l’axe franco-italo-espagnol-allemand.

Esteban González Pons, chef des députés européens de la droite espagnole (PP), s’est montré particulièrement hostile à cette conférence, interdisant aux parlementaires de son groupe d’y assister. Les députés conservateurs grinçant au passage que cette venue du président catalan devrait réjouir « Marine Le Pen, Farage et toute l’extrême droite, car ils se ressemblent de plus en plus. » Le ministre espagnol des Affaires étrangères s’est, lui, voulu plus mesuré estimant que « l’Espagne était une démocratie et un état de droit » et appelant à « respecter cette conférence ».