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Indépendance : Puigdemont joue au « ni oui ni non »

Carles Puigdemont devait ce matin répondre officiellement à Mariano Rajoy si oui ou non il avait proclamé l’indépendance de la Catalogne mardi dernier.

Le « ni oui, ni non », ce jeu populaire qui peut vite devenir exaspérant, semble avoir un adepte en la personne de Carles Puigdemont. Mardi dernier, alors que toute la Catalogne retenait son souffle, sous les regards d’un millier de journalistes internationaux, Carles Puigdemont se déroba en déclarant l’indépendance de la Catalogne qu’il suspendra 8 secondes plus tard. Une formulation si alambiquée que le chef du gouvernement espagnol Mariano Rajoy a envoyé  un courrier officiel adressé au Président de la Generalitat pour demander une réponse simple : “Avez-vous proclamé, oui ou non, l’indépendance de Catalogne mardi dernier?”.  


Lire aussi : La réponse de Puigdemont à Rajoy (en espagnol)


Dans sa lettre de réponse, Carles Puigdemont rappelle, dans un ton particulièrement suave et diplomatique, que les indépendantistes ont gagné les élections catalanes en septembre 2015 et que 80% des Catalans veulent un référendum, ce qui selon Puigdemont donne une légitimité pour l’organisation du référendum du 1er octobre dernier.

Le président de la Catalogne déplore, une fois de plus, la répression du gouvernement espagnol : la violence policière le 1er octobre, les gardes à vues, la fermeture des sites web annonçant le référendum et les descentes de police dans les médias faisant la promotion du vote. Puigdemont demande à rencontrer officiellement Mariano Rajoy pour ouvrir le dialogue. En revanche, aucune clarification disponible pour savoir si l’indépendance a été déclarée ou non.

Le gouvernement de Catalogne risque d’être suspendu

L’envoi de la lettre de Mariano Rajoy n’est rien d’autre que l’enclenchement de la procédure de l’article 155 de la constitution espagnole qui permet de suspendre l’autonomie de la Catalogne. et de prendre le contrôle de la totalité ou d’une partie des compétences de la Generalitat : éducation, police, justice ou financement. Article de la constitution imposé en 1978 par l’armée en échange de compétences attribuées aux autonomies, il n’a encore jamais été appliqué une seule fois. Personne ne pensait l’appliquer, c’est un article dissuasif. Attention, dit l’Espagne a ses autonomies, nous avons l’article 155. L’appliquer est passer à un autre stade.

Selon les premières sources, le 155 serait utilisé pour dissoudre le parlement de Catalogne et ainsi provoquer de nouvelles élections. En cas d’une convocation électorale, Carles Puigdemont et ses ministres seraient démis immédiatement de leurs fonctions et remplacés par un gouvernement technocratique. Un exécutif provisoire qui resterait en place entre 3 et 5 mois, le temps que le processus électoral accouche d’un nouveau parlement et d’un nouveau gouvernement.

Une tâche pas facile pour Madrid. La mobilisation dans la rue va être très forte face à l’application de l’article 155 et la nomination du gouvernement provisoire est sensible. Madrid hésite à nommer des fonctionnaires inconnus du grand public, ou au contraire ressortir les vieilles gloires du catalanisme modéré des années 2000, comme l’ancien associé d’Artur Mas, le chrétien-démocrate Josep Antoni Duran i Lleida.

Enfin, en convoquant de force de nouvelles élections, l’exécutif espagnol prend le risque que les partis indépendantistes ne présentent pas de candidats afin de boycotter le scrutin. Un pari cependant risqué pour les indépendantistes qui disparaîtraient du paysage politique pendant 4 ans. En jouant au ni oui ni non, Puigdemont a tenté de concilier les deux grandes tendances de l’indépendantisme. D’un côté Artur Mas et ses amis qui freinent de toutes leur forces la déclaration d’indépendance et de l’autre, la gauche et l’extrême gauche qui veulent achever le processus en déclarant une bonne fois pour toutes la déconnexion avec l’Espagne.

Mariano Rajoy et Carles Puigdemont jouent une partie de ping-pong endiablée : aucun des deux ne veut être le premier à prendre une mesure radicale aux yeux du monde. Puigdemont ne veut pas déclarer de force l’indépendance, et Mariano Rajoy ne veut pas être celui qui applique pour la première fois la bombe atomique qu’est l’article 155 de la constitution. En ce début de semaine, la main repasse à Madrid.