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L’indépendantiste romantique

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OPINION DE NICO SALVADO, FONDATEUR D’EQUINOX 

Cette semaine, la cofondatrice d’Equinox, Aurélie Chamerois, par ailleurs correspondante barcelonaise pour plusieurs grands médias français, m’expliquait que ses collègues parisiens n’étaient pas spécialement choqués par les peines de prison préventive frappant les leaders indépendantistes. “Les indépendantistes catalans ne vivent pas dans le même monde que ces journalistes parisiens, ce sont des romantiques, des poètes, trop imprégnés de l’oeuvre de Verdaguer” ajoutait-elle.

Si l’on suit ce raisonnement, l’indépendantiste catalan serait un romantique. Une théorie qui se défend car le romantisme, ce mouvement culturel apparu à la fin du XVIIIe siècle en Angleterre et en Allemagne, s’exprime dans la littérature, la peinture, la sculpture, la musique, la politique et la danse. Et si “Catalunya es una nació”, c’est avant-tout et uniquement une nation culturelle. L’influence catalane, dans son histoire, a effectivement imprégné la littérature. Le rayonnement de l’écriture continue de nos jours à Barcelone, qui reste une capitale des maisons d’édition. En revanche, la Catalogne a toujours été absente des domaines militaires, de la conquête des territoires -exception faite de Jaume I- et de la diplomatie internationale. C’est pour cela que le statut de nation catalane, hormis culturel, reste sujet à polémique.

Aujourd’hui le catalan romantique est légion. Il est l’avant-scène du mouvement indépendantiste. Carles Puigdemont en est l’incarnation physique, presque mélancolique. Ce Géronais a choisi comme filière d’étude la philologie catalane,  la philologie consistant à retrouver les origines d’un langage à partir de documents écrits. Ce n’est pas un hasard. Comme beaucoup de ses voisins, l’ancien président vit le présent comme la continuité directe de 1714. Puigdemont vit dans l’Histoire provoquant ainsi une “réaction du sentiment contre la raison, exaltant le mystère, cherchant l’évasion et le ravissement dans le rêve, le morbide et le sublime, l’exotisme et le passé”. Une définition du mouvement romantique qui colle parfaitement à la vision indépendantiste. Oriol Junqueras, autre tête du souverainisme, a passé de nombreuses semaines dans les archives secrètes du Vatican et en a examiné des manuscrits. Le romantisme est patient.

Le journaliste et éphémère député de la Cup Antonio Baños revendique son droit à l’utopie (lire le livre La rebelión catalana). Son confrère Aleix Renyé, qui a traversé la frontière française à pied sous la neige pour fuir le post-franquisme, est aussi un bel exemple de ce romantisme catalan. Vivant dans un espace temps se mouvant entre 1714, 1936, 1975, le 9 novembre 2014 et le 27 octobre 2017, le romantisme d’Aleix Renyé se traduit par une lutte sans relâche pour la préservation de la langue dans la Catalogne nord administrée par la France (lire le livre La llesqueta del septentrió). 

C’est peut-être ce romantisme, finalement, qui rend si pacifique le mouvement indépendantiste. Quelle solution concrète offre le romantisme? Le philosophe roumain Cioran, adepte du pessimisme, dans ses Syllogismes de l’amertume opine que “les romantiques furent les derniers spécialistes du suicide. Depuis, on le bâcle…”