Seuls et confinés : comment les Français de Barcelone s’en sortent

par Colombe Freynet

Face aux mesures de confinement, les barcelonais ne sont pas tous logés à la même enseigne. La capitale catalane recense plus de 205.000 habitants vivant seuls. Equinox a recueilli le témoignage de quatre Français qui expérimentent la quarantaine en solitaire, et parfois dans de très petits espaces. 

Photo de couverture: Anaïs

« Je ne me laisse pas le droit de déprimer, surtout quand on sait qu’on va rester enfermés encore des semaines ». Clément, 36 ans, freelance dans l’audiovisuel et confiné dans le quartier de la Barceloneta, supporte le quotidien.  « De nature très social, ça fait un grand changement de me retrouver seul maintenant » confie-t-il. Originaire des Ardennes, il est installé à Barcelone depuis trois ans et demi et avait l’habitude de sortir en ville pour pratiquer le skate, ou en mer, pour faire du paddle.  « Faire du sport, en extérieur et avec ses amis, c’est motivant, alors que tout seul et en appart, c’est plus difficile ».

Rester positif

Ne rien lâcher, conseille le sportif, mais surtout « ne pas céder à l’impatience de la fin du confinement«  car, dans ces conditions, « c’est comme un marathon: si au premier kilomètre on a envie d’accélérer pour passer la ligne d’arrivée, on y arrivera pas, donc il faut tenir le coup ». Confiné dans un 25 mètre carrés, sa terrasse le sauve: « je vois la mer de ma terrasse donc ça me donne l’impression qu’il y a de l’espace ».

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La vue de l’appartement de Clément

Sur les hauteurs de la ville, Maggy, 76 ans, est confinée dans appartement en attique dans le quartier de Guinardó. « J’évite de sortir car je fait partie de la population à risque et j’ai un système immunitaire très fragile » raconte-t-elle. Une amie trentenaire apporte ses courses au pas de sa porte, elle les nettoie bien ensuite. Mais ses habitudes lui manquent:  « quand je faisais mes courses, je m’arrêtais toujours au bar du coin pour lire le journal et prendre un café, car ils y font un excellent café ».

La retraitée, qui vit à Barcelone depuis sa jeunesse, allait aussi au centre civique du quartier pour prendre des cours de dessin. « Je continue à dessiner, je fais des sudokus, je lis les informations et regarde des émissions de voyage à la télévision, je dors beaucoup et je sors sur ma terrasse à 20h pour applaudir les soignants » ajoute-elle. « Ça a été un peu dur au début, mais je me suis habituée. Heureusement j’ai une petite chatte adorable, cela me fait de la compagnie. Au début, elle était très perturbée par le silence ». Maggy reçoit également beaucoup d’appels de ses amis, et elle s’est mise aux vidéos-conférences. « Parfois j’enchaîne littéralement les appels, je n’arrête pas! »… sous l’œil agacé de son animal de compagnie qui préférerait un peu plus de calme.

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Maggy, 76 ans, utilise les appels Zoom et Whatsapp pendant le confinement

En dépit de présence humaine…

La solitude se fait vite ressentir. C’est le cas d’Anna, 24 ans, en échange universitaire à Barcelone depuis le début de l’année. La Bordelaise reste seule dans son appartement du quartier de la Sagrada Familia, tandis que ses colocataires ont fait le choix d’être rapatriés. « Mes journées sont décalées: j’ai perdu le rythme scolaire, et les cours en vidéo-conférence ne font pas le poids par rapport au lien qu’on avait avec les professeurs en présentiel ».

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Anna, confinée dans le quartier de la Sagrada Familia

Habituée à recevoir du monde et profiter des réjouissances de son séjour de quelques mois, l’étudiante exprime ses regrets: « J’aurais voulu profiter davantage de la vie à Barcelone, si j’avais su qu’on aurait été en quarantaine, je n’aurais pas refusé certaines sorties par flemme, je ne serais pas restée une minute de plus dans mon appart ». Elle ajoute « j’étais dans une bonne dynamique pour rencontrer de nouvelles personnes, et tout s’est arrêté d’un coup ».

…les bons côtés de l’isolement

Si Anna manque de contact humain, elle trouve néanmoins du positif à ce confinement en solitaire. « Je profite de ce temps pour me retrouver moi-même, c’est une période d’introspection dont j’avais besoin pour prendre soin de moi. Parfois, je procrastine, mais je me dis vite que le temps est trop précieux pour être perdu dans la paresse ». L’étudiante, après avoir terminé l’intégralité de ses séries Netflix, s’adonne désormais à un nouveau loisir pour contrer l’ennui: la peinture. Elle souhaite reproduire à la perfection les détails de la Sagrada Familia qui veille sur elle depuis sa fenêtre.

Plus au nord de la ville, dans le quartier de Les Corts, Anaïs, 30 ans, vit également assez bien la situation dans son studio. Surveillante dans une école française, elle n’a pas choisi d’être rapatriée en France: « comme on ne savait pas quand les élèves allaient reprendre les cours, je ne voulais pas risquer de rester coincée en France au cas où je devais être amenée à revenir en catastrophe ». D’ordinaire casanière, la Biterroise s’est construite une routine à la maison et varie les activités. « Je ne m’ennuie vraiment pas : j’ai toujours un petit truc à faire, je regarde un film, je m’instruis, je cuisine… « 

La seule chose qui lui manque, c’est le fait de bouger: « Au moment de la digestion je ressens dans mon corps qu’il y a quelque chose qui ne va pas… du coup j’essaie de faire les cents pas et de monter mes marches autant que je peux ». Même si la solitude n’est pas un problème pour la Française, le manque de visibilité sur la situation la tracasse: « le problème c’est qu’on ne sait pas combien de temps ça va durer, ni jusqu’à quand. On n’a pas de date limite, puisque ça change tout le temps. Ça commence à faire un peu long » conclut-elle. Dimanche dernier, l’Espagne entrait déjà dans sa quatrième semaine de confinement.


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