Stéphane Vojetta : « Je veux avoir une liberté d’action et de parole totale »

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Après avoir éliminé Manuel Valls lors du premier tour, Stéphane Vojetta est arrivé devant le candidat de la NUPES au second. Le macroniste reste député des Français vivant en Espagne, au Portugal, en Andorre et à Monaco. Interview. 

Photo de couverture : Jesús Feria / La Razon. 

Que signifie votre victoire ?

Elle a une double signification. D’abord, au premier tour, le facteur décisif a été cette primaire macroniste entre Manuel Valls et moi. Ici, il y a eu un choix clair des Français de la circonscription pour élire un modèle de député. Tandis qu’au second tour, les électeurs ont choisi un député qui pourrait s’intégrer dans la majorité.

Est-ce que finalement l’élimination de Manuel Valls ne s’inscrit pas dans une dynamique de grand « dégagisme » marquée également par les défaites de l’ancien ministre Jean-Michel Blanquer ou celle du président de l’Assemblée nationale Richard Ferrand, figures de la Macronie ?

Non, je ne pense pas. L’élimination de Manuel Valls a eu lieu deux semaines plus tôt que celle de Richard Ferrand car comme vous le savez, les Français de l’étranger ont voté en avance par rapport à la métropole. Et pendant ces 15 jours, il s’est passé beaucoup de choses. Le message délivré par les électeurs contre Manuel Valls était purement local.

40% des députés sortants de la République en Marche n’ont pas été réélus, alors forcément dans le lot on retrouve les personnalités que vous citez. Des fois, des défaites serrées à quelques voix près. Je n’utiliserais pas ce mot de « dégagisme », mais j’évoquerais plutôt des reports de voix surprenants. Beaucoup de votants de la NUPES se sont reportés sur le Rassemblement National plutôt que sur un candidat de la majorité présidentielle.

Un « tout sauf Macron » qui vous inquiète ?

Non, je ne pense pas cela. Je crois en revanche qu’il faut arrêter avec ce front républicain. On a perdu un temps fou avec ça au lieu de faire campagne. Chaque électeur a sa liberté de vote sans passer par ces consignes d’appareils.

Beaucoup d’analystes ont dit que la laïcité perdait deux défenseurs avec les éliminations de Manuel Valls et Jean-Michel Blanquer. Étant à l’origine de l’élimination de Manuel Valls, vous sentez-vous obligé de reprendre ce combat pour la laïcité au sein du parlement ? 

Les analystes l’ont surtout dit pour Jean-Michel Blanquer. Je ne suis pas l’éliminateur de Manuel Valls. Il aurait perdu au second tour face au candidat de la NUPES, j’en suis sûr.  Et il n’y avait pas que lui dans l’élection, j’ai gagné face à 10 candidats. Concernant la laïcité, j’ai toujours dit que c’était un combat important et je n’ai pas changé d’avis.

Vous êtes un ancien proche d’Alain Juppé. Les Républicains doivent-ils agir de concert avec les Macronistes ?

De concert non car ça impliquerait un cadre très lourd. Mais je pense que les Républicains, comme les élus de la gauche modérée, doivent indiquer une volonté de travailler de manière constructive selon les textes de loi qui seront présentés. Annoncer aujourd’hui un refus définitif de voter toutes les lois me parait une erreur.

Pendant la campagne, vous avez dit sur Equinox vouloir vous impliquer davantage dans les domaines des affaires économiques. Puisque c’est votre thème de prédilection, pensez-vous que le président de la commission des finances devrait être un élu de la France Insoumise ou du Rassemblement National ? 

D’abord, je souhaiterais être dans la commission des affaires économiques, qui n’est pas la même que celle des finances. Ensuite, j’espère que le président de la commission des finances, que ce soit un membre de la France Insoumise, du RN ou des LR, jouera son rôle avec honnêteté intellectuelle et volonté de faire avancer les choses sans rien bloquer. Le président de la commission des finances n’est pas un preneur de décision. C’est avant tout un arbitre, un facilitateur de débat. Notamment pour celui du projet de la loi des finances, qui est le texte annuel le plus important. Au sein de la commission, la présidence est un lieu de sérénité, pas une plateforme médiatique.

La possible dissolution de l’Assemblée nationale par le président de la République est-elle un scénario catastrophe ? 

je n’ai pas envie de me projeter là-dedans. J’espère que les élections seront le plus loin possible et que l’on ira au bout de la législature. Alors oui, l’Assemblée actuelle est atypique. Mais le peuple a parlé. Il faut aujourd’hui trouver des élus responsables. D’ailleurs, sans majorité absolue, le débat sera beaucoup plus riche que lors de la précédente législature.

La vie des expatriés va-t-elle changer avec votre réélection ?

Bien sûr que non, car 95% de la vie quotidienne des expatriés dépend de la politique nationale ou régionale de l’endroit où ils vivent. Mais je vais faire en sorte qu’on aille de l’avant sur la dématérialisation de l’administration et de l’emploi francophone. Mon objectif est également que l’on traite la question de la résidence de repli dans la première loi budgétaire du quinquennat qui sera examiné à la rentrée.

Puisque vous parlez de la politique locale, dimanche en Andalousie, la droite traditionnelle a obtenu une majorité absolue lors de l’élection régionale anticipée, est-ce une bonne nouvelle ?

Qu’un parti démocratique puisse avoir une majorité sans avoir besoin de l’extrême gauche et de l’extrême droite est très sain.

Ces élections andalouses confirment aussi la disparition de Ciudadanos, parti centriste jumeau d’En Marche. Est-ce une préfiguration inquiétante de l’avenir du Macronisme ?

Je ne suis pas un homme de parti, je suis indépendant, je l’ai encore prouvé lors du 1er tour de l’élection législative. Je ne sais pas si on peut parler de préfiguration, mais en tous cas ça dit quelque chose. On doit être attentif à ce qu’il se passe dans des pays où nous résidons, qui nous ressemblent car ils sont en Europe.  Le résultat des élections andalouses nous disent que, tôt ou tard, on revient sur les configurations ou partis plus traditionnels. Mais vous savez, il va se passer des choses pendant cinq ans en France. Il y a un rôle que jouera Edouard Philippe.

Justement allez-vous siéger dans le groupe d’Horizons d’Edouard Philippe ou celui du Modem de François Bayrou qui font aussi partie de la majorité ? Ou allez-vous revenir au sein de la République en Marche qui a donné l’investiture à Manuel Valls au premier tour ?

Lors du second tour, j’ai été soutenu par tous les partis de la majorité alors aujourd’hui je parle avec tout le monde. Je veux être efficace et obtenir une liberté de parole, alors j’irai là où on me garantira ces deux aspects.

Renaud Le Berre, le candidat de la NUPES, a gagné Barcelone avec 52% des voix. Barcelone, ville de startups et coeur de la circonscription dans laquelle vous êtes venu de nombreuses fois, est-ce une déception pour vous ?

Renaud Le Berre est implanté depuis des années à Barcelone, c’est normal et logique que les électeurs le reconnaissent. Les votants ont valorisé les candidats locaux. Sur Barcelone, entre le candidat de la Nupes et moi, c’est 400 voix d’avance pour lui. A Madrid, où je vis depuis 15 ans, j’ai 2000 voix d’écart, on entre tout de suite dans une autre dimension. Je ne suis pas déçu. Je continuerai de venir à Barcelone car, comme vous le dites, c’est le coeur de la circonscription.

Quelle est votre relation aujourd’hui avec Manuel Valls ?

Je n’en ai jamais eu et je n’en ai toujours pas.

Et avec Samantha Cazebonne, la députée dont vous étiez le suppléant et qui est aujourd’hui sénatrice ?

Nous avons eu un échange de messages, mais nous n’avons pas eu le temps de nous appeler. J’ai un agenda chargé.

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