Tribus barcelonaises : dis-moi où tu habites, je te dirai qui tu es

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À Barcelone, comme ailleurs, les quartiers forgent l’identité de la ville. Autant d’écosystèmes dans lesquels évoluent les protagonistes de véritables tribus modernes. 

Car, si un Parisien aguerri sait, d’un coup d’œil distinguer un habitant du XIème d’un résident du XVIème arrondissement, il en va de même pour un Barcelonais. Petit guide pratique.

Le bobo de Gràcia

Il se repère facilement : jeans large (voire salopette), tote bag à l’effigie d’une librairie indépendante, Birkenstock aux pieds, et longboard à la main. Derrière ses lunettes rondes, on devine un regard chafouin, prêt à débusquer un futur hotspot. Il consacre ses samedis à chiner au marché des Encants, et ses soirées à des ateliers de céramique avant d’enchaîner sur une performance de Shibari.

Sa phrase préférée ? On va bruncher ? Je connais un super pop-up store où on peut manger du granola en faisant du roller.

Son rêve le plus fou ? Exporter le concept des DJ set dans les boulangeries à Barcelone. Vaste programme.

Son pire cauchemar ? Qu’on le prenne pour un touriste avec ses claquettes. Peut-être est-ce pour cette raison qu’il s’obstine à mettre des chaussettes dedans ?

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Le skateur du Raval

Skateur le jour, fêtard la nuit, le Ravalencus Skatosaurus, suit un régime flexitarien à base de redbull et de cigarettes roulées.

On le retrouve dès les premières heures du matin devant le MACBA, en retour de soirée, après avoir erré toute la nuit entre l’avenue Parallel et la Plaça Reial (comprenez : entre l’Apollo et le Moog). Chaussés de baskets qui datent du début des années 2000 à l’époque où il était sponsorisé par le magasin de skate de sa petite ville natale, il collectionne les planches et les petites copines pour une raison qui échappe à toute personne saine d’esprit.

Polytoxicomane, il travaille dans un bar ou dans une association cannabique, et, pour les plus intégrés d’entre eux dans une fripe de la Carrer de Taller où il croise régulièrement le bobo qu’il qualifie de « hipster ».

Sa phrase préférée : « On se retrouve après ? » (sans préciser après quoi).

Son  rêve le plus fou ? Participer aux Jeux Olympiques.

Son pire cauchemar ? Un réveil avant midi.

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Le startuppeur de Poblenou

Costume sans cravate, et baskets blanches aux pieds, : ce specimen ne se déplace qu’à trottinette électrique, et se veut incarner « l’innovation. »

Son bureau ? Un coworking avec vue sur mer, où il aligne des pitchs sur le potentiel de « l’IA générative pour révolutionner la livraison de poke bowls » concoctés en partenariat avec Chat GPT. Son frigo ne contient que du kombucha, et son calendrier est saturé d’évènements de networkings qui ressemblent à des soirées, mais avec moins de bière et plus de badges autour du cou.

Sa phrase préférée : « Tous les génies de la Tech ont commencé dans leurs garages. »  

Son  rêve le plus fou ? Devenir le Steve Job barcelonais.

Son pire cauchemar ? Que ses parents lui coupent les vivres.

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L’influenceuse du Born

Elle fait du yoga, boit des smoothies et affiche son sourire éclatant sur son feed Instagram impeccable. Avec ses longues robes fluides, son chapeau de paille et son sac en osier, elle se prend un peu pour Jane Birkin mais en mode française en Espagne. (Elle essaie d’ailleurs de se convaincre que son amoureux skateur a autant de talent que  Serge Gainsbourg, mais n’a été que moyennement convaincue par sa dernière performance au Nevermind.)

Sa phrase préférée : « Il ne faut pas croire ce qu’on voit sur les réseaux. Beaucoup de gens pensent que je suis hautaine, mais j’adore rencontrer mes abonnés. »  

Son  rêve le plus fou ? Dépasser les 10 000 abonnés.

Son pire cauchemar ? Devoir vendre des photos de ses pieds sur OnlyFan.

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Le digital nomad de Barceloneta

Tatouage géométrique, t-shirt blanc impeccable, short beige et laptop toujours chargé : le nomade digital a élu Barcelone, le temps d’un été pour combiner graphisme et vacances. Il “travaille” au bord de l’eau, mais personne n’a jamais vu son écran afficher autre chose que Spotify et Slack, ni ne comprend comment il peut se concentrer dans un chiringuito dont les enceintes crachent de la musique à fond.

Sa phrase préférée : « Le 9-5, très peu pour moi ! »  

Son  rêve le plus fou ? Publier en format papier, son eBook « Comment gagner 10 000 euros par mois en travaillant seulement 4 heures par semaine. »

Son pire cauchemar ? Retourner au salariat.

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Le Barcelonais pur jus

Il n’en peut plus de voir sa ville se transformer en Disneyland pour touristes, mais arrive toutefois à rester zen et souriant (à part en manif). On peut le trouver au sommet d’un Casteller, déguisé en diable lors d’un correfoc, ou simplement en terrasse à siroter sa caña avec son groupe de potes. Il n’a pas besoin de son téléphone pour se repérer, connaît les meilleurs spots pour manger des bombas, et sait exactement quel jour quel musée est gratuit. 

Il vit, là où les loyers n’ont pas encore trop augmenté : comme à Clot par exemple. Bref, dans une dimension parallèle où les serveurs se contentent de vous balancer un glaçon dans votre café con hielo et ne vous font pas payer 35 euros pour un petit déj. 

Sa phrase préférée : « Si tu étais venu il y a quelques années, tu aurais peut-être connu la vraie Barcelone. »  

Son  rêve le plus fou ? Retrouver la ville dans laquelle il a grandi.

Son pire cauchemar ? Que la cité comtale perde son âme catalane.

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