Cet été, Equinox rouvre les dossiers criminels les plus marquants d’Espagne. Enquêtes glaçantes, disparitions mystérieuses, procès médiatiques : retour sur ces histoires vraies qui fascinent autant qu’elles dérangent.
C’est notre série estivale, avec un nouvel épisode tous les dimanches.
Piégées par des promesses d’emploi, droguées à leur arrivée, forcées de se prostituer 24h/24 sous une vidéosurveillance. En janvier 2025, la police espagnole a fait tomber un réseau mafieux chinois d’une cruauté implacable. Derrière des portes closes, des salons ou de simples appartements, l’esclavage sexuel continue de ronger l’Europe, en particulier l’Espagne.
En Espagne, environ 114 500 femmes se prostituent, selon un rapport de El Feminista publié en 2024. Derrière ce chiffre, 80 % d’entre elles seraient exposées à des réseaux de traite. Ces organisations fonctionnent en exploitant la vulnérabilité des victimes, parfois mineures, par la violence, la dette ou la contrainte. Privées de liberté, surveillées 24h/24, ces jeunes femmes sont soumises à l’exploitation sexuelle ou au trafic de drogue.
Tian Xia She est l’un des réseaux sexuels le plus sordide. Cette mafia chinoise est dirigée par des « chefs » qui ciblent des jeunes femmes asiatiques, en leur promettant une vie meilleure en Espagne. Une fois sur place, elles sont vendues à des hommes fortunés pour leur première relation sexuelle, avant d’être enfermées et exploitées dans des appartements transformés en maisons closes. Certaines victimes devaient accueillir jusqu’à dix clients par jour. Les refus étaient sévèrement punis, et les téléphones confisqués pour empêcher toute communication extérieure.
Un traitement inhumain
Tian Xia She illustre parfaitement cette brutalité organisée. C’est en janvier dernier que la police a réussi à mettre fin à ce réseau après deux ans d’enquête. Et la découverte fait froid dans le dos. Exploitation d’une trentaine de femmes dans des conditions inhumaines : surveillance constante, et obligation de se prostituer jour et nuit dans des appartements. Parmi les victimes, des mineures contraintes de se prostituer ou vendre de la drogue pour financer l’organisation. Un véritable cercle vicieux.
Lors de cette opération, les enquêteurs ont perquisitionné des propriétés à Madrid (neuf), Barcelone (quatre) et Illescas (Tolède), ainsi qu’une autre en Croatie. Deux armes à feu, 180 000 € en espèces, des machettes, des pare-chocs extensibles, des poings américains, une importante quantité de drogue « Agua de Dios », utilisée par la communauté chinoise pour se détendre sexuellement ainsi que dix véhicules haut de gamme. Au total, une trentaine d’arrestations.
Vidéo d’El Mundo – Arrestation de trente membres en lien avec une Mafia chinoise qui vendait des femmes à des fins de prostitution
Au cours de l’enquête, la police a mis les mains sur une mécanique de recrutement bien redoutable. Embauches via de fausses promesses d’emploi ou de mariage, le transport est organisé depuis la Chine et c’est une fois arrivées en Espagne, que les jeunes femmes sont brutalement exploitées. Chacune d’elles devait rembourser une dette de 40 000 à 60 000 euros, justifiée par les frais de voyage, les faux papiers et les loyers des appartements.
Depuis cette affaire, le gouvernement espagnol a renforcé la lutte contre la traite : contrôles renforcés dans les lieux fréquents de prostitution, extension des réseaux d’aide aux victimes, et surtout un projet de loi abolitionnisme à l’étude. En 2024, 648 victimes ont été libérées, soit une hausse de 22 % par rapport à l’année précédente. Mais les ONG alertent : ces chiffres ne représentent que la partie visible de l’iceberg. Les victimes craignent de parler ou restent invisibles aux yeux des services sociaux. A noter, que 72% de ces femmes sont très jeunes voire mineures.
L’affaire Tian Xia She n’est pas un cas isolé, mais un révélateur brutal d’un système où la violence, l’esclavage et le silence sont les piliers d’un commerce criminel. En Espagne, il est urgent que la réponse politique et judiciaire prenne enfin la mesure de cette réalité.