La plupart des grandes villes européennes sont dotées de vastes parcs où flâner. Pourtant, à Barcelone, la question revient souvent : où sont ces grands parcs urbains ? Bien que la capitale possède des espaces verts, leur densité et leur distribution ont souvent été jugées insuffisantes par rapport à d’autres villes.
Pour comprendre l’héritage urbain barcelonais, il est indispensable de se replonger dans l’histoire de la construction de la ville. Au XIXᵉ siècle, Ildefons Cerdà, ingénieur, urbaniste et architecte, met en place le plan Cerdà : un plan d’aménagement et d’extension urbaine de Barcelone qui donna naissance au quartier moderne d’Eixample (ou “extension” en catalan).
À l’origine, l’urbaniste avait intégré dans son plan de l’Eixample la création d’îlots ouverts et de jardins à l’intérieur des blocs pour favoriser la lumière, l’air et la vie sociale, mais ces espaces n’ont jamais été concrètement aménagés comme prévu dans sa vision originale (National Geographic España, 2024).
Aujourd’hui reconnue comme l’une des villes les plus compactes et densément peuplées d’Europe, dans la capitale catalane, chaque mètre carré est utilisé pour répondre à des besoins essentiels comme le logement ou les infrastructures. Selon la revue internationale Urban Forestry and Urban Greening, Barcelone a une couverture d’espaces verts publics accessible bien en dessous de la moyenne européenne et une majorité de la population n’a pas un espace vert à moins de 300 m de chez elle, comme le recommande l’OMS pour la santé publique.
Les espaces verts comme reflets d’inégalités territoriales
Contrairement à certaines métropoles européennes du nord, Barcelone ne dispose pas de vastes terrains naturels plats à transformer en parcs centraux. Une grande partie de la végétation importante est concentrée à Montjuic et principalement dans la montagne du Collserola qui forme une ceinture verte autour de la ville plutôt qu’un parc urbain intégré. Même si cette zone offre des sentiers de randonnée et des espaces naturels prisés par les habitants, elle n’est pas aussi accessible ni intégrée que le serait un parc urbain dans le centre-ville et les zones densément bâties du centre restent pauvres en espaces verts publics.
Barcelone dispose certes de plus de 600 parcs et jardins, mais la majorité sont trop petits et trop dispersés. Ils offrent seulement la moitié de l’espace vert recommandé par l’OMS (7 m² par habitant au lieu de 10 à 15 m²), ce qui creuse les inégalités entre quartiers centraux et périphériques.
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Pour pallier ce manque de grands parcs urbains, Barcelone a développé une multitude de mini espaces verts, comme des micro oasis de proximité. Des jardins comme le Parc del Centre del Poblenou, le jardin du Palais de Pedralbes, les petits Jardins de Can Miralletes à Camp del Arpa, le parc du Guinardó, le parc nouveau parc de Glories, le parc de la Ciudadella. Au coeur de Eixample se cachent également de petites places secrètes et végétalisées au centre des îlots comme les Jardins de Carme Biada qui offrent des espaces de fraîcheur et de respiration au cœur de quartiers densément construits. S’ils ne remplacent pas de grands parcs centraux, ces espaces témoignent d’une autre manière de penser la nature en ville : fragmentée, de quartier, et intégrée au quotidien.
Politique urbaine et plans d’avenir : un défi à long terme
Même si la capitale catalane ne manque pas totalement d’espaces verts, son héritage urbanistique dense et ses contraintes géographiques ne lui ont pas permis jusqu’alors de disposer de grands parcs centraux comparables à ceux d’autres capitales européennes. La municipalité reconnaît ce déficit et a déjà engagé des plans pour y remédier d’ici 2030. Depuis 2020, Barcelone a déjà pris les choses en main et commencé à mettre en place de véritables initiatives pour renforcer l’infrastructure verte, des pistes cyclables et diminuer l’emprise de la voiture, libérant ainsi de l’espace pour des usages piétons et verts (Via Laetana, Plaça d’En Joanic, etc).
Cependant, ce changement prend du temps, car transformer des zones déjà bâties en parcs urbains nécessite toujours des arbitrages politiques, des ressources financières importantes et parfois même des expropriations ou des reconversions de terrains. Pour autant, Barcelone cherche déjà à laisser un héritage urbain visible à l’horizon 2026, année où la ville sera Capitale mondiale de l’architecture.
Parmi les projets en cours figure notamment le lancement d’un concours international d’idées visant à végétaliser plusieurs murs mitoyens jusque-là délaissés, afin de réintroduire le végétal au cœur du paysage urbain dense. Ce plan d’urbanisme ambitieux vise à développer des projets prioritaires dans les quartiers les moins verts et à créer des actions concrètes de végétalisation, de réaménagement et de reconversion de zones urbaines, dessinant ainsi une ville plus respirable, même sans grands parcs centraux.

