jeudi 22 janvier 2026

Pourquoi autant de catastrophes ferroviaires en Espagne

Quatre accidents ferroviaires ont marqué cette semaine en Espagne. Les collisions, qui ont eu lieu en Andalousie, Murcie et Catalogne ont fait au moins 46 morts et près de 200 blessés.

Ce n’est plus une simple succession d’accidents. L’Espagne traverse une accumulation de crises qui met en lumière des fragilités structurelles anciennes et contemporaines. Les 4 accidents ferroviaires de janvier 2026 ne relèvent pas du hasard. Ils traduisent un pays où le climat évolue plus vite que les infrastructures, où des choix techniques hérités du passé nécessitent des investissements difficiles à prioriser, et où les moyens humains et matériels peinent à suivre face à la multiplication des risques.

Chemins de fer : un héritage historique mal adapté aux défis actuels

Le réseau ferroviaire espagnol est riche par son histoire marqué par des choix techniques anciens et des investissements inégaux venant principalement de la dictature franquiste. La première ligne, reliant Barcelone à Mataró, date de 1848. En effet, dans la période pré-Renfe, (l’équivalent espagnol de la SNCF) le réseau ferroviaire (via les sociétés privées) s’articulait autour de plusieurs points nodaux reliés par l’axe Barcelone-Tortosa-Valence, suivant le tracé de l’antique Via Augusta romaine, colonne vertébrale du territoire. Un tracé qui changea considérablement avec la création de la Renfe. La carte, dessinée sous la dictature par le ministre des Travaux Publics, Rafael Benjumea, créa un réseau centré sur un unique point nodal.

Cette disposition radiale du réseau ferroviaire, illustrée par des cartes exposées dans toutes les gares, mettait en avant son point central : Madrid. Tous les chemins menaient ou passaient par la capitale. Le reflet d’une Espagne unique et indivisible, clé de voute de l’État franquiste. Il a donc fallut, aprñes la dictature, modifier une grande partie du réseau. Par ailleurs, autre probléme hérité du franquisme  : lécartement spécifique des rails qui visait à empêcher une invasion ferroviaire militaire. Au XXᵉ siècle, la priorité accordée au transport routier a accentué ce retard structurel, dont les effets se font encore sentir aujourd’hui dans la faible résilience du réseau.

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Si les lignes à grande vitesse ont bénéficié d’investissements massifs depuis les années 1990, les voies conventionnelles et leurs infrastructures – tunnels, ponts, talus – restent inégalement modernisées. Lors des inondations de 2024, les équipes d’Adif ont dû intervenir sur des dizaines de kilomètres de rails, révélant la vulnérabilité persistante de certaines sections face aux phénomènes extrêmes.

Entre dimanche et jeudi dernier, quatre accidents ferroviaires meurtriers ont profondément choqué le pays. Le 18 janvier, près d’Adamuz, en Andalousie, un déraillement suivi d’une collision frontale a fait 45 morts et 292 blessés sur une portion de ligne fragilisée par des glissements de terrain. Deux jours plus tard, le 20 janvier, un train de banlieue a déraillé entre Gelida et Sant Sadurní d’Anoia, au sud de Barcelone. L’effondrement d’un mur de soutènement sur les voies a causé la mort du conducteur et blessé 37 personnes. Enfin, ce jeudi une grue a heuté un train dans la ville de Cartagéne, sans faire de blessé grave. Ces drames successifs montrent que certaines lignes, qu’elles soient à grande vitesse ou locales, ne résistent plus aux conditions difficiles, transformant des incidents techniques en catastrophes humaines.

accident train catalogne

La Renfe reconnaît avoir reçu mardi, avant l’accident du train de banlieue de Barcelone, une lettre des conducteurs exigeant des mesures face aux dangers de la tempête. Le syndicat Semaf a envoyé l’alerte à 15h12, en pleine tempête en Catalogne et avec l’alerte rouge activée.

A Carthagène, selon les médias locaux, les habitants de la zone concernée par l’accident se sont plaints à de nombreuses reprises, car il s’agit d’un tronçon dangereux : il n’est ni signalé ni régulé par un feu de signalisation, ce qui fait que les passagers ne savent pas quand le train arrive ou repart.

En Catalogne, il n’y quasiment plus de trains régionaux en circulation. D’une part, Adif vérifie l’etat de tous les rails et, fait rarissime en Espagne, les conducteurs de trains se sont mis en gréve estimant que leur sécurité pas garantie,

La question n’est plus de savoir si un nouveau drame surviendra, mais si l’Espagne saura y répondre autrement que dans l’improvisation.

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