mercredi 28 janvier 2026

Comment l’Espagne va régulariser 800 000 sans-papiers en 2026

Le gouvernement espagnol a donné ce mardi le coup d’envoi à une régularisation exceptionnelle des étrangers en situation irrégulière déjà présents sur le territoire.

Photo : Clémentine Laurent

Le Conseil des ministres a approuvé l’ouverture de la procédure d’un décret, fruit d’un accord entre l’exécutif et la gauche radicale de Podemos, qui pourrait concerner entre un demi-million et 800 000 personnes.

Présentée par la ministre de l’Inclusion et des Migrations, Elma Saiz, la mesure vise à répondre à une réalité sociale installée de longue date. « C’est un jour historique », a-t-elle affirmé, estimant que l’Espagne renforce ainsi un modèle migratoire fondé sur les droits humains et compatible avec les besoins économiques du pays.

Concrètement, pourront bénéficier de cette régularisation les migrants capables de justifier d’au moins cinq mois de résidence en Espagne avant le 31 décembre dernier, à condition de ne pas avoir d’antécédents judiciaires. Les demandeurs d’asile ayant fait leur demande avant cette date sont également concernés. Les personnes éligibles obtiendront un titre de séjour initial d’un an, renouvelable, et le simple dépôt du dossier leur permettra déjà de travailler légalement. Les demandes pourront se faire dès le mois d’avril et avant le 30 juin, avec un dispositif administratif accéléré.

Une demande des secteurs économiques

L’exécutif met en avant un double bénéfice : une amélioration des conditions de vie des migrants concernés et une sécurisation juridique pour les employeurs. Dans certains secteurs, notamment l’agriculture et la construction les organisations professionnelles soulignent depuis longtemps le décalage entre les besoins de main-d’œuvre et l’impossibilité légale d’employer des travailleurs déjà présents sur le territoire.

Cette régularisation s’inscrit dans le prolongement d’une initiative citoyenne ayant recueilli 700 000 signatures, restée plusieurs mois bloquée au Parlement. Si elle paraît spectaculaire, elle n’est toutefois pas une première en Espagne. Depuis 1986, trois décrets ont permis à un total d’environ un million d’immigrés d’obtenir des papiers, la moitié lors de la grande régularisation initiée par Jose Luis Zapatero en 2005, en plein miracle économique espagnol.

Sur le plan politique, l’accord permet au premier ministre socialiste Pedro Sánchez de donner des gages à la gauche radicale, alors que les affaires de corruption et de harcèlement sexuel fragilisent le PSOE. La droite dénonce de son côté un « écran de fumée » et redoute un effet d’attraction migratoire.

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