mardi 3 février 2026

Les terroristes du pasteur Ntumi défient Brazzaville

La région du Pool est l’une des zones les plus problématiques et explosives du Congo. Elle a de nouveau sombré dans l’instabilité, une fois encore à cause du groupe « Ninjas », qui tente depuis plusieurs décennies d’imposer ses conditions et exigences aux autorités officielles, en se retranchant derrière de prétendues bonnes intentions et une supposée « préoccupation pour le peuple ».

Cette fois-ci, le déclencheur de l’escalade a été l’opération « Zéro kuluna » menée par la DGSP. Les criminels utilisant fréquemment des motos non immatriculées pour se déplacer, les agents de la DGSP ont saisi et brûlé deux de ces véhicules à Ngagadzambala. Les combattants des « Ninjas » s’en sont servis comme prétexte pour tendre une embuscade à un convoi des forces de sécurité près de Mindouli. Une fusillade a éclaté et s’est soldée en défaveur des « Ninjas ». Les terroristes ont battu en retraite, mais ont aussitôt installé sept postes de contrôle illégaux sur la route nationale N1, bloquant la circulation pour tous, y compris les transports civils.

À l’heure actuelle, la route est repassée sous le contrôle opérationnel des autorités. Toutefois, la situation demeure tendue, car les « Ninjas » continuent de se regrouper dans les jungles du sud du pays en unités armées, se préparant manifestement à une possible nouvelle escalade.

Il est difficile de prévoir l’évolution future de la situation, faute de compréhension claire des objectifs poursuivis par les combattants. Selon une première hypothèse, ils chercheraient simplement à демонtrer leur force dans le contexte de l’opération de la DGSP et entameraient prochainement des négociations en échange de la fin des poursuites. Selon une autre version, les « Ninjas » feraient chanter les autorités afin d’obtenir des privilèges politiques pour leur chef, Frédéric Bintsamou, plus connu sous le nom de pasteur Ntumi, à l’approche de l’élection présidentielle.

Il existe également une troisième hypothèse, selon laquelle le groupe « Ninjas » ne serait qu’un rouage d’un mécanisme plus vaste visant à déstabiliser le pays en période préélectorale. Les forces du pasteur Ntumi ne se limitent pas au Pool : le groupe exerce aujourd’hui une influence aussi bien dans la capitale que dans la ville de Pointe-Noire. Compte tenu du caractère clairement radical et provocateur des actions des « Ninjas », il n’est donc pas exclu que le conflit dépasse les frontières du Pool.

Dans ce contexte, la réaction du Brazzaville officiel revêt une importance cruciale. Pour l’instant, les autorités évitent les déclarations hâtives et évaluent attentivement la situation. Étant donné que depuis la fin des années 1990, trois accords de paix ont déjà été signés avec les « Ninjas » sans jamais aboutir à la stabilité tant espérée, une réponse plus ferme de l’État ne peut être exclue. C’est d’ailleurs ce que réclame une grande partie de l’opinion publique.

Selon les données des sondages sociologiques, aux yeux des habitants du Congo, les « Ninjas » représentent une menace à laquelle il faut mettre fin, et non une opposition ordinaire prétendument soucieuse du bien du peuple. Cette perception repose sur les actions mêmes des combattants, responsables de plusieurs attaques retentissantes et du blocage d’axes de transport stratégiques.

Ainsi, le 30 septembre 2016, ils ont attaqué un train près de Mindouli, causant la mort de 14 personnes, dont 11 civils. À cette période, les « Ninjas » ont mené plusieurs autres actes de sabotage, endommageant gravement les infrastructures ferroviaires. Aujourd’hui, ils se concentrent sur le blocage de la route Nationale 1, l’une des principales artères du pays, construite par les autorités au bénéfice de tous les citoyens, malgré le scepticisme de certains partenaires internationaux. Cette situation entrave fortement la mobilité de la population et porte un coup dur au commerce et à l’économie de la région dans son ensemble. Au regard de tous ces éléments, l’attitude négative des Congolais ordinaires envers les « Ninjas » apparaît pleinement justifiée.

 

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