Les deux derniers mois ont été exceptionnellement pluvieux en Espagne, et notamment dans la capitale catalane. Le climat a-t-il durablement changé ? Eléments de réponse.
« On n’en peut plus de cette pluie ! On se croirait à Paris », sourit Anne-Laure, la quarantaine, installée à Barcelone depuis 6 ans. « Je n’ai jamais vu ça depuis mon arrivée ». Et pour cause : le mois de décembre a été le 8e le plus pluvieux du siècle et janvier le 2e. Deux mois consécutifs de précipitations intenses. « Le mois de janvier a été extrêmement humide : 119 litres par mètre carré, soit 85 % de plus que la normale, explique Rubén del Campo, porte-parole de l’Agence météo espagnole (AEMET), ça n’a absolument rien de normal »,
« Nous vivons actuellement un épisode de pluies très abondantes. En mars 2025, on a enregistré le troisième mois de mars le plus pluvieux de toute la série historique. Ce qui est frappant, c’est la concentration des pluies sur des périodes relativement longues, de plusieurs semaines, suivies de longues phases sans pluie », précise le météorologue
Les précipitations sont aussi beaucoup plus intenses, comme en ont témoigné les récentes DANA qui ont frappé le pays, et les inondations devenues récurrentes. Une accélération qui a d’ailleurs poussé le maire d’Alcanar, petite commune au sud de la Catalogne, à démissionner en décembre dernier. En sept ans, il a dû gérer cinq inondations. Et pour lui, le coupable est clair : le changement climatique. « Une atmosphère plus chaude et une mer plus chaude évaporent davantage d’eau. Une atmosphère plus chaude retient aussi plus de vapeur d’eau. Lorsque les conditions sont réunies pour qu’il pleuve, il peut donc tomber plus de pluie simplement parce qu’il y a davantage de vapeur disponible », confirme notre météorologue.
Des conditions météorologiques exceptionnelles
Mais au-delà du changement climatique, c’est aussi un phénomène météorologique qui explique les incessantes tempêtes qui balaient la péninsule ibérique depuis deux mois.« L’anticyclone des Açores, qui joue habituellement un rôle de bouclier, n’est pas à sa position habituelle. À sa place, on observe un anticyclone très puissant situé à des latitudes plus élevées, entre le Groenland et la Scandinavie. Comme les dépressions ne peuvent pas circuler par là, elles empruntent une trajectoire plus méridionale, qui les conduit directement vers la péninsule Ibérique », explique Rubén del Campo.
Pour José Miguel Viñas, météorologue chez Meteored, la persistance du phénomène est tout à fait exceptionelle. « Qu’il y ait un épisode de mauvais temps en hiver est normal. Ce qui l’est moins, c’est qu’il dure autant de semaines sans changement clair de tendance, et qu’à court terme, rien n’indique une amélioration », observe-t-il.
Mais selon lui, l’épisode actuel « n’est pas représentatif de ce qui a dominé ces dernières années ni de ce qui semble se profiler à l’avenir ». Les pluies seront certes plus extrêmes avec le changement climatique, mais pas forcément sur des périodes aussi longues.
Les experts soulignent d’ailleurs que, malgré les précipations historiques vécues cet hiver, l’Espagne n’est pas immunisée contre une prochaine sécheresse.
