La régularisation de tous les sans-papiers annoncée par le Premier ministre espagnol Pedro Sánchez fin janvier provoquerait une arrivée de clandestins installés en France dans l’objectif d’obtenir, eux aussi, un permis de résidence. Décryptage.
C’est du jamais vu en Europe. Le gouvernement espagnol a donné le feu vert à une régularisation massive de tous les immigrés présents sur le territoire depuis au moins 5 mois au 31 décembre 2025, et avec comme seule autre condition de présenter un justificatif de non-antécédents pénaux. Une folie qui va mener tout droit « à l’appel d’air », s’est alors insurgée la droite conservatrice du Partido Popular et l’extrême-droite de Vox.
Et depuis cette semaine, plusieurs médias espagnols indiquent que l’appel d’air a déjà commencé. A Alicante notamment, des Algériens seraient venus de France pour tenter d’obtenir leur régularisation. Une information confirmée à Equinox par un porte-parole du syndicat de policiers SUP, qui ajoute que des arrivées ont également été observées à Saragosse, sans encore pouvoir parler d’un véritable phénomène.
Dans les files d’attente du consulat du Maroc à Barcelone, beaucoup sont déjà passés par la France, mais sont arrivés ici il y a déjà plusieurs mois. Amza a ainsi passé deux ans dans l’Hexagone, avant de partir deux ans en Belgique, puis de venir en Espagne où, lui avait-on déjà dit à l’époque, « c’est plus facile pour les papiers ». Le jeune homme espère simplement pouvoir travailler légalement et aller rendre visite à sa famille, qu’il n’a pas revue depuis 5 ans. Derrière lui, un quinquagénaire accompagne un ami arrivé d’Allemagne il y a quelques mois, et qui s’est déjà vu refuser la régularisation plusieurs fois. Il espère bien que cette fois-ci, ce sera la bonne.
Moins de passages vers la France
La police espagnole, elle, craint toutefois que bien plus de clandestins passent la frontière pour venir tenter leur chance en Espagne. « À Irún (frontière franco-espagnole côté pays basque NDRL), les agents estiment que cela pourrait se produire à court terme : à tout moment, des migrants en provenance de France ou d’autres pays européens pourraient franchir la frontière vers l’Espagne, nous indique le porte-parole de la SUP, mais ils constatent déjà que les passages vers la France diminuent, tandis qu’un nombre croissant de migrants choisissent de rester en Espagne ».
Mais comment pourront-ils justifier 5 mois de résidence en Espagne avant le 31 décembre 2025 ? « Ils sont prêts à tout faire pour obtenir leur régularisation, on ne sait pas si ça va fonctionner, mais on peut s’attendre à tout », estime le syndicat policier. Selon des sources à Bruxelles citées par le média Euronews, l’une des principales inquiétudes de l’Union européenne concerne la possibilité que les migrants régularisés puissent voyager librement à travers l’Europe et donc tenter de s’installer dans d’autres pays européens sans autorisation.
Le gouvernement espagnol, lui, assure que les octrois de permis de résidence seront parfaitement encadrés et n’auront qu’une validité d’un an dans un premier temps. Selon les premières estimations, entre 500 000 et 800 000 personnes pourront bénéficier de cette mesure historique.
