Chauvin, radin, hipster… Le Catalan, et spécialement le Barcelonais, traîne parfois une réputation un peu raide.
Français, installés ici depuis dix ans (mais toujours un peu touristes dans l’âme), avec nos valises pleines de tics de languagues, d’accents à couper au couteau, de comparaisons douteuses, et de réflexes pavloviens, nous n’avons vraiment pas de leçons à donner…. On reproche au Catalan son chauvinisme, mais on parle de la France à la moindre occasion. On le dit fermé, tout en restant entre Français. On ironise sur son attachement à la langue, sans apprendre trois phrases correctement. Voici donc un guide pratique à destination de celles et ceux qui voudraient éviter, à tout prix, de finir un 14 février à débattre de linguistique, d’identité et de roses hors de prix.
Toute ressemblance avec des situations vécues serait évidemment fortuite.
Dire que le catalan est un dialecte
Voici l’arme fatale pour vous débarrasser d’un prétendant venu rompre votre (pourtant si fragile) paix intérieure d’un audacieux « com va? ». Levez un sourcil perplexe et demandez, l’air sincèrement curieux, quel est cet étrange mélange d’espagnol, de français et d’italien. Silence. Regard figé. Léger tremblement de la mâchoire.
Il vous expliquera, avec une patience admirable (qu’on n’aurait probablement pas si quelqu’un qualifiait le français de “patois latin amélioré”), que le catalan est une langue à part entière, qu’elle a survécu aux interdictions, qu’elle porte une histoire et une identité.
Vous pourrez alors enchaîner avec un « ah bon ? » dubitatif et glisser que, quand même, les travaux de Sagrada Família trainent un peu pour annuler d’un coup la Saint-Valentin, la Sant Jordi, et probablement les trois prochains cafés.
Comparer Barcelone à Madrid (ou pire, à Paris)
Rien ne refroidit plus vite une idylle catalane qu’une comparaison maladroite. Dire que Barcelone est « un peu comme Madrid mais avec la mer » refroidira les plus chevronnés mais en ajoutant que « ça vous rappelle le sud de la France », vous vous assurez de ne jamais vous intégrer. Et si, dans un moment d’inspiration, vous comparez la crème catalane à la crème brûlée en expliquant que « c’est pareil mais en moins bon », vous entendrez presque le claquement du couperet qui tombe.
Imaginez qu’on vous explique que Paris, « c’est un peu comme Lyon mais en plus grand ». Il y a des susceptibilités universelles.
Lui donner rendez-vous le 14 février
Votre voisin catalan est tenace. Il vous propose un verre. Vous acceptez, mais à une condition : le 14 février, dîner aux chandelles, rose rouge, playlist internationale de slows dégoulinants…
Car ici, le 14 février n’est pas une évidence culturelle. Beaucoup y voient une importation commerciale, un folklore globalisé qui sent le marketing à plein nez. Insister pour célébrer l’événement “comme il faut” peut donner l’impression de forcer une tradition qui, dans la mère patrie de la Sainte-Jordi ne fait pas consensus.
Lui demander de payer l’addition
Variante post-Saint-Valentin toute aussi radicale. Lors du premier rendez-vous, ne vous embarrassez pas de votre portefeuille. En Catalogne, le partage de l’addition est souvent la norme, perçue comme plus rationnelle, égalitaire. Proposer de couper en deux n’est pas choquant. Insister pour que l’autre paie tout, en revanche, peut transformer un rendez-vous galant en moment de gêne intense. Demander frontalement à un catalan de régler l’addition le soir de la Saint-Valentin, sous prétexte que “c’est romantique” ou que “c’est comme ça chez moi”, revient à introduire une hiérarchie là où il n’y en avait pas. Le malaise est immédiat, palpable, et rarement rattrapable par votre délicatesse de ne pas commander de dessert.



