mardi 17 février 2026

Barcelone : trottoirs sous tension pour les piétons

Trottinettes et piétons à Barcelone

Dans une ville qui vante la mobilité durable et la reconquête de l’espace public, les piétons devraient être rois. Pourtant, de plus en plus d’habitants de Barcelone disent se sentir vulnérables lorsqu’ils circulent à pied. L’essor des trottinettes, la pression des livraisons et les incivilités du quotidien transforment les trottoirs en espaces de slalom permanents.

À Barcelone, flâner ou faire ses courses à pied fait partie du quotidien. Déambuler dans les ruelles étroites de la vieille ville ou arpenter les larges avenues de l’Eixample n’est pas seulement un trajet, c’est une manière de vivre. Mais la réalité vécue par de nombreux habitants est moins paisible. Bruits de sonnettes qui surgissent dans le dos, engins qui frôlent les coudes, traversées tendues : chaque pas devient un exercice de vigilance.

Une enquête récente du RACC (club automobile local) a mis des chiffres sur ce malaise. Près d’un piéton sur deux (47%) reconnaît éprouver de l’inquiétude lors de ses déplacements quotidiens. Un résultat qui surprend dans une métropole engagée depuis des années dans la réduction de la place de la voiture, mais qui révèle aussi la complexité du partage de l’espace public à l’ère des mobilités multiples. En 2025, à Barcelone, 5 piétons ont perdu la vie et des milliers ont été blessés dans des accidents, preuve que la vulnérabilité des marcheurs n’est pas qu’un ressenti.

Trottoirs saturés, règles floues

La première source de tension évoquée par les marcheurs est l’irruption massive des véhicules de mobilité personnelle. Les trottinettes électriques, en particulier, cristallisent les critiques. Trop rapides, trop silencieuses, parfois conduites par des usagers peu formés, elles donnent l’impression d’un danger imprévisible. Beaucoup de piétons racontent devoir modifier leur trajectoire à la dernière seconde, accélérer ou s’arrêter net pour éviter la collision.

Le problème n’est pas uniquement lié à la vitesse. Il tient aussi au sentiment que les normes sont mal comprises, voire ignorées. Circuler sur les trottoirs, slalomer entre les familles, remonter à contresens une zone partagée : autant de pratiques observées quotidiennement. Pour celui qui marche, il devient difficile d’anticiper le comportement de l’autre. Le lieu censé garantir sécurité et tranquillité devient un espace fragile et incertain.

Cette cohabitation tendue nourrit une fatigue. Sortir faire une course ou accompagner un enfant à l’école demande une attention constante. Certains habitants disent même modifier leurs horaires ou leurs itinéraires pour éviter les moments de forte affluence. Le trottoir cesse d’être un lieu de détente ; il devient un couloir où chacun négocie sa survie à coups de regards rapides.

Les piétons aussi face à leurs contradictions

Si les utilisateurs de trottinettes sont souvent montrés du doigt, l’étude du RACC rappelle que les marcheurs ne sont pas exempts de reproches. L’usage du téléphone portable en marchant est devenu omniprésent. Casque sur les oreilles, yeux rivés à l’écran, beaucoup reconnaissent également franchir la chaussée hors des passages prévus ou lorsque le feu est rouge.

Ces entorses, banalisées par l’habitude, créent des situations ambiguës avec les cyclistes et les conducteurs de trottinettes, qui, eux aussi, tentent de circuler sans encombre. La responsabilité se dilue, chacun estimant être dans son droit ou pressé par le temps.

Les spécialistes de la sécurité routière parlent d’une perte de culture commune. Pendant longtemps, la hiérarchie était claire : le piéton d’abord, puis le reste. L’arrivée de nouvelles pratiques, combinée à la transformation rapide de l’urbanisme, a brouillé les repères. Sans pédagogie forte ni contrôles visibles, la règle paraît négociable, interprétable, parfois optionnelle.

Quelles pistes pour apaiser la marche en ville ?

La municipalité multiplie pourtant les initiatives pour tenter de rééquilibrer les usages. L’extension des zones à trafic limité, l’aménagement de pistes cyclables séparées et la signalisation spécifique pour les engins électriques visent à clarifier qui peut aller où. L’objectif est simple : réduire les points de friction en attribuant à chacun un espace identifiable.

Mais sur le terrain, la transition demande du temps. Les infrastructures évoluent plus vite que les habitudes. Les associations de quartier réclament davantage de présence policière pour sanctionner les comportements dangereux, tandis que d’autres acteurs insistent sur l’éducation et la prévention.

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